Une belle his­toire d’ici

COM­MERCE ■ Le mi­nistre de l’Éco­no­mie, Bru­no Le Maire, a exi­gé de la « ré­ci­pro­ci­té » dans le com­merce in­ter­na­tio­nal et des règles « res­pec­tées » par tous. FRUITS ■ Malgré les deux épi­sodes de gel au prin­temps, qui a en­traî­né de grosses pertes dans cer­taine

La Montagne (Vichy) - - France & Monde - Do­mi­nique Dio­gon do­mi­nique.dio­gon@cen­tre­france.com

Un blé ex­clu­sif produit par un seul et même cé­réa­lier pour un meu­nier pas­sion­né puis fa­çon­né par des bou­lan­gers dans la plus pure tra­di­tion, c’est l’his­toire d’une ba­guette, La Belle d’ici, qui s’écrit dans l’Al­lier.

Les rou­tiers est­eu­ro­péens, qui li­ment 24h/24, tels des for­çats des temps mo­dernes, le ma­ca­dam fu­neste de la RCEA, s’en contre­fichent cer­tai­ne­ment au­tant que de leur pre­mier char­ge­ment. Mais à hau­teur de Bres­nay, au lieu­dit Les Gyp­ciers, der­rière un mur an­ti­bruit s’écrit une belle page de l’agri­cul­ture bour­bon­naise où se conjuguent tra­di­tion ré­in­ven­tée, éloge du cir­cuit court et de la pa­role don­née.

Jé­rôme Gi­raud re­vient tout juste de sa li­vrai­son ma­ti­nale à la mi­no­te­rie Ber­na­tot à Bres­soles, dis­tante de 9 km du champ où poussent les épis de camp ré­my, une va­rié­té rus­tique de blé au coeur d’un par­te­na­riat unique qui donne un produit unique, une ba­guette haut de gamme 100 % bour­bon­naise : la (bien nom­mée) Belle d’ici. « Je crois qu’on peut dire que nous sommes sur du cir­cuit court. Et puis, tous les jours, je peux man­ger du pain fa­bri­qué avec mon blé. Peu d’agri­cul­teurs peuvent en dire au­tant », ri­go­let­il.

Le cé­ra­lier à la car­rure de rug­by­man et Lionel Ville­rot, le pa­tron de Ber­na­tot, se connaissent de­puis toujours. Ou presque. Entre eux pas be­soin de contrat. Tout se fait na­tu­rel­le­ment. « Mon père, Re­né, tra­vaillait dé­jà avec son père. Ce­la fait trente ans que nous culti­vons du camp ré­my et nous de­vons être les seuls dans l’Al­lier. Ses ren­de­ments sont in­fé­rieurs de 20 % à d’autres va­rié­tés plus ré­centes mais ses qua­li­tés bou­lan­gères sont très stables quelles que soient les condi­tions mé­téos », sou­ligne Jé­rôme Gi­raud.

Même si les ren­de­ments sont in­fé­rieurs, le cé­réa­lier s’y re­trouve quand même ques­tion va­lo­ri­sa­tion. « La dif­fé­rence est de 40 € à la tonne. Quand un blé tra­di­tion­nel part au­tour de 165 €, nous sommes à 205 €. La plus­va­lue qualitative com­pense lar­ge­ment le manque de pro­duc­ti­vi­té. Mais notre par­te­na­riat avec Ber­na­tot va plus loin puis­qu’ils me prennent tout le reste de mon blé. Je cultive des va­rié­tés, comme le sois­son ou l’apache, spé­cia­le­ment pour eux. Je les livre toute l’an­née sui­vant leurs be­soins. C’est vrai­ment une re­la­tion quo­ti­dienne. »

Autre intérêt pour le Bour­bon­nais, l’ab­sence d’in­ter­mé­diaire. « Le fait de trai­ter en direct avec un meu­nier fa­ci­lite le tra­vail. En­suite, je bé­né­fi­cie d’une ré­mu­né­ra­tion su­pé­rieure. Car si je de­vais vendre à une co­opé­ra­tive, je tou­che­rais 15 € de moins à la tonne. » Adepte d’une « agri­cul­ture com­plè­te­ment rai­son­née », Jé­rôme Gi­raud « traite le moins pos­sible à la fois pour des raisons éco­no­miques et éco­lo­giques. Je pré­fère une dose di­mi­nuée en pré­ven­tif plu­tôt qu’une grosse dose quand la ma­la­die est dans la plante. Je pra­tique également chaque an­née les re­li­quats d’azote dans les sols pour voir où on en est et apporter en­suite juste ce dont le sol a be­soin comme en­grais. »

Les belles terres bour­bon­naises font le reste. « Le camp ré­my cor­res­pond bien à notre ter­roir et à nos cô­teaux ar­gi­lo­cal­caires. C’est une va­rié­té rus­tisque qui donne un goût de noi­sette au pain. » Une sa­veur qui plaît puisque Jé­rôme Gi­raud est obli­gé chaque an­née d’aug­men­ter les sur­faces de camp ré­my. « Je suis pas­sé en 2017 de 18 à 23 hec­tares mis en culture », sou­ligne­t­t­il. « La de­mande aug­mente pour plu­sieurs raisons, ana­lyse Lionel Ville­rot. D’abord parce que la ba­guette est bonne mais aus­si parce que nous met­tons en avant un sa­voir­faire (ci­des­sous) et un par­te­na­riat en cir­cuit court qui a plu tout de suite. Ce­la nous per­met de le dé­ve­lop­per et de le mar­ke­ter. L’uti­li­sa­tion des ré­seaux so­ciaux avec une page Fa­ce­book et un site in­ter­net avec géo­lo­ca­li­sa­tion pour trou­ver où ache­ter La Belle d’ici a boos­té les ventes. Nous sommes pas­sés en l’espace de quelques an­nées de 3 à 4 bou­lan­gers clients à plus d’une ving­taine. »

Et le pa­tron de la mi­no­te­rie Ber­na­tot ne compte pas s’ar­rê­ter là. « Si, demain, dix nou­veaux bou­lan­gers veulent s’ins­crire dans cette dé­marche, nous trou­ve­rons des so­lu­tions. Mais nous n’avons pas vo­ca­tion à être na­tio­nal mais plu­tôt à rayon­ner sur l’Al­lier et les dé­par­te­ments li­mi­trophes », conclut­il. ■

« Nous n’avons pas vo­ca­tion à être na­tio­nal »

FRANÇOIS-XA­VIER GUTTON

UNIQUE. Jé­rôme Gi­raud est le seul cé­réa­lier de l’Al­lier à culti­ver du camp ré­my, une va­rié­té de blé rus­tique au goût de noi­sette qui donne une ba­guette de tra­di­tion fran­çaise haut de gamme.

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