Bay­rou re­ca­dré par Phi­lippe

La Montagne (Vichy) - - Élections Législatives -

Une pre­mière es­car­mouche a op­po­sé, hier, Fran­çois Bay­rou, at­ta­ché coûte que coûte à sa li­ber­té de pa­role, y com­pris sur des en­quêtes en cours, et Édouard Phi­lippe, qui l’a rap­pe­lé à l’ordre.

«Le truc est as­sez simple : quand on est mi­nistre, on ne peut plus ré­agir comme quand on est un simple ci­toyen », a cin­glé le Pre­mier mi­nistre. Un recadrage après l’in­ter­ven­tion té­lé­pho­nique de Fran­çois Bay­rou au­près d’un des di­rec­teurs de Ra­dio France pour se plaindre, en tant que « ci­toyen » se­lon lui, d’ap­pels de ses jour­na­listes à des col­la­bo­ra­trices de son par­ti, le MoDem.

« Je le di­rai »

Mais Fran­çois Bay­rou ne l’en­tend pas de cette oreille. « Chaque fois qu’il y au­ra quelque chose à dire à des Fran­çais, à des res­pon­sables, qu’ils soient po­li­tiques, qu’ils soient jour­na­lis­tiques, qu’ils soient mé­dia­tiques, chaque fois qu’il y au­ra quelque chose à dire, je le di­rai », a ré­tor­qué le garde des Sceaux en marge d’un dé­pla­ce­ment dans le Pas­de­Ca­lais.

Une ving­taine de so­cié­tés de jour­na­listes (SDJ) se sont alar­mées de « si­gnaux ex­trê­me­ment pré­oc­cu­pants » en­voyés par le gou­ver­ne­ment en ma­tière d’« in­dé­pen­dance des mé­dias » et de « pro­tec­tion des sources », en vi­sant no­tam­ment Fran­çois Bay­rou.

Le mi­nistre de la Jus­tice en­tend conti­nuer de s’ex­pri­mer en tant que « ci­toyen », comme quand il a ret­wee­té un com­mu­ni­qué de Ma­rielle de Sar­nez, son bras droit de­puis des an­nées, membre elle aus­si du gou­ver­ne­ment.

Le nom de Ma­rielle de Sar­nez était sor­ti dans la presse comme fai­sant par­tie d’eu­ro­dé­pu­tés fai­sant l’ob­jet d’une en­quête pré­li­mi­naire suite à une dé­non­cia­tion d’une élue FN.

De­puis, une en­quête pré­li­mi­naire a été ou­verte spé­ci­fi­que­ment sur le MoDem, après un si­gna­le­ment au­près du par­quet d’un an­cien sa­la­rié sur la ques­tion des contrats des as­sis­tants par­le­men­taires eu­ro­péens (voir ci­contre).

« Tout va bien, ils bossent »

« Quand on connaît Bay­rou, ja­mais je ne l’ai vu exer­cer une pres­sion y com­pris sur un sa­la­rié ! », s’in­surge un cadre du MoDem. « Au­cune en­quête n’est em­bar­ras­sante pour nous », a as­su­ré le garde des Sceaux, hier, en se dé­fen­dant à nou­veau d’avoir vou­lu faire pres­sion sur qui­conque.

À la ques­tion, « c’est une opé­ra­tion po­li­tique ? », il a ré­pon­du : « Vous l’avez dit. C’est exac­te­ment l’im­pres­sion qui est la mienne mais je n’ai pas le droit de m’ex­pri­mer et je n’ex­pri­me­rai pas sur cette af­faire ». Et il a don­né dans le même temps la fonc­tion ac­tuelle – « un des col­la­bo­ra­teurs di­rects de la maire de Pa­ris » – de l’au­teur du si­gna­le­ment au par­quet.

Fran­çois Bay­rou a par ailleurs af­fir­mé s’être pré­mu­ni de tout conflit d’in­té­rêt en ayant « de­man­dé par ins­truc­tion écrite, il y a plu­sieurs jours dé­jà, de ne pas être in­for­mé des évo­lu­tions de cette en­quête ».

« Je ne crois pas que sa po­si­tion soit fra­gi­li­sée », avait alors in­di­qué le Pre­mier mi­nistre, proche d’Alain Jup­pé, que Fran­çois Bay­rou avait sou­te­nu lors de la pri­maire de la droite. Dans l’en­tou­rage du Pre­mier mi­nistre, pas de po­lé­mique : « Ils se sont par­lé ce ma­tin. Tout va bien, ils bossent. »

Le « syn­drome de la vice-pré­si­dence »

Il n’em­pêche. Dé­cro­cher son té­lé­phone après un article de presse et s’ex­pri­mer sur une en­quête le vi­sant est as­sez in­ha­bi­tuel pour un garde des Sceaux. « C’est dé­li­cat de s’ex­pri­mer sur ces su­jets, sur­tout en pleine loi de mo­ra­li­sa­tion », glisse pu­di­que­ment un élu cen­triste. Le pré­sident du MoDem porte en ef­fet ce pro­jet de loi, condi­tion de son al­liance avec le chef de l’État du­rant la cam­pagne.

« Le pro­blème, c’est que Bay­rou ce n’est pas quel­qu’un qui passe der­rière, sur le porte­ba­gage ! », ré­sume un de ses an­ciens com­pa­gnons de route. Il voit une cer­taine « fé­bri­li­té » chez le lea­der cen­triste qui a « pas­sé tel­le­ment de temps en de­hors des res­pon­sa­bi­li­tés ». Il est vic­time du « syn­drome de la vice­pré­si­dence », en con­si­dé­rant son ap­port comme dé­ci­sif dans la vic­toire de Ma­cron...

Une pre­mière fric­tion avait eu lieu quand Fran­çois Bay­rou avait es­ti­mé être floué dans la ré­par­ti­tion des in­ves­ti­tures aux lé­gis­la­tives. « Il est pas­sé pour le mau­vais cou­cheur mais la vé­ri­té, c’est que les mecs es­sayaient de l’em­pa­paou­ter ! », ana­lyse un cen­triste qui n’est pas MoDem. ■

PHO­TO D’AR­CHIVES AFP

ÉDOUARD PHI­LIPPE. « Quand on est mi­nistre, on ne peut plus ré­agir comme quand on est un simple ci­toyen ».

Newspapers in French

Newspapers from France

© PressReader. All rights reserved.