Liai­sons dan­ge­reuses

La Montagne (Vichy) - - Élections Législatives - FLO­RENCE CHÉDOTAL flo­rence.che­do­tal@cen­tre­france.com

Foi de Béar­nais, il n’est pas en­core né ce­lui qui di­ra à Bay­rou ce qu’il peut dire ou non. Quand bien même l’in­té­res­sé semble, quant à lui, fort dis­po­sé à dire aux autres ce qu’ils doivent faire… De quoi parle­ton ? D’un garde des Sceaux qui, ou­bliant sa fonc­tion, dé­croche son té­lé­phone pour re­mon­ter les bre­telles d’un jour­na­liste en­quê­tant sur le MoDem, ac­ces­soi­re­ment le par­ti du­dit mi­nistre d’État. Un mo­ment d’éga­re­ment, une ré­ac­tion hu­maine, a plai­dé le Pre­mier des mi­nistres, re­ca­drant tout de même le tou­jours maire de Pau. « Cause tou­jours »…, lui a ré­tor­qué en sub­stance Bay­rou, peu en­clin vi­si­ble­ment à la contri­ tion. Et plus pres­sé de dis­pen­ser la mo­ra­li­sa­tion de la vie pu­blique que de se l’ap­pli­quer.

Peut-être Bay­rou de­vrait­il évi­ter de mar­cher ain­si sur les pieds du Pre­mier mi­nistre et se mé­fier car son uti­li­té est, di­sons­le, de­puis di­manche soir un peu moins évi­dente, et sa peau vaut moins cher, au re­gard de l’in­va­sion de « mar­cheurs » canal his­to­rique qui s’an­nonce à l’As­sem­blée. La foudre de Ju­pi­ter pour­rait très vite s’abattre et lui clouer le bec. Ma­cron, qui a dé­jà prou­vé son at­ta­che­ment à la dis­ci­pline d’équipe et à une com­mu­ni­ca­tion ver­rouillée, pour­rait s’aga­cer de ces couacs et le ren­voyer, par le pre­mier train, dans ses contrées pa­loises.

Après, il ne faut pas se trom­per. L’acte de Bay­rou n’est pas, comme il le jus­ti­fie avec gloire, à mettre sur le compte de la li­ber­té de ton, de pa­role ou en­core moins d’ex­pres­sion. Hors su­jet. Faire pres­sion, intimider et me­na­cer re­lèvent d’une pra­tique bien plus in­quié­tante.

D’au­tant plus in­quié­tan­ te qu’elle s’ins­crit dans un contexte gé­né­ral et en­tre­te­nu de mé­fiance face à la presse. L’opi­nion, dans sa ma­jo­ri­té, ne pleure pas sur les mal­heurs des « jour­na­leux », bous­cu­lés par ce nou­veau pou­voir. Juste re­tour de bâ­ton, ap­plau­dissent cer­tains, pour des mé­dias qui sont al­lés, un temps, trop loin dans la col­lu­sion et à qui ça ne fait pas de mal d’être re­mis à leur place. Mais, sans nier la né­ces­si­té pour la presse de se ques­tion­ner, on au­rait tort de se ré­jouir et de se lais­ser prendre à ce pe­tit jeu dan­ge­reux et im­ma­ture. Dans d’autres pays moins gâ­tés où on peut mou­rir d’in­for­mer, on se trompe ra­re­ment sur la dé­fi­ni­tion de la li­ber­té d’ex­pres­sion. ■

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