2 épi­sode

La Montagne (Vichy) - - An­nonces Clas­sées -

Grâce à ce der­nier, ren­con­tré par ha­sard alors qu’il ren­trait chez lui à la fin des hos­ti­li­tés, Lu­kas et sa pe­tite fa­mille avaient en­fin trou­vé un tra­vail stable et un lo­ge­ment. Le jeune père était donc de­ve­nu ou­vrier agri­cole au­près du fils des pa­trons et de deux autres em­ployés. Frantz Meyer, le fer­mier, et son épouse, tout à la joie de re­trou­ver leur fils sain et sauf, n’avaient pu re­fu­ser d’ac­cueillir ses nou­veaux amis. Ce très jeune couple et son bé­bé étaient at­ten­dris­sants, les sou­rires de la pe­tite Éli­na avaient conquis le coeur de toute la mai­son­née, y com­pris ce­lui de la vieille ser­vante qui la com­pa­rait sans cesse à un ange du ciel.

Si le sa­laire de Lu­kas était as­sez in­si­gni­fiant, la mai­son­nette mise à dis­po­si­tion, la nour­ri­ture, le bois de chauf­fage four­nis gra­tui­te­ment suf­fi­saient au bon­heur du jeune homme et des siens. Au re­tour des beaux jours, l’été sui­vant sans doute, lorsque Éli­na au­rait un peu gran­di, on re­pren­drait la route vers le centre de la France.

De­puis plus de quatre longues an­nées, Lu­kas et Ra­chel, cha­cun de leur cô­té, avaient fui pour évi­ter la dé­por­ta­tion ; la chance leur avait sou­ri. Pour­tant, le jeune homme avait per­du son père, puis sa mère, et il était sans nou­velles de ses deux frères aî­nés. Quant à Ra­chel, elle igno­rait tout du sort de ses pa­rents. La France ve­nait tout juste d’être li­bé­rée de ses oc­cu­pants, mais la jeune femme comp­tait bien re­joindre d’ici peu sa ré­gion na­tale pour ten­ter de les re­trou­ver. Cet es­poir et son amour pour Lu­kas et leur bé­bé l’avaient sou­te­nue chaque jour, même dans les pires mo­ments ; les épreuves en­du­rées n’avaient en­ta­mé en rien sa cer­ti­tude de vivre bien­tôt des jours meilleurs.

1965.

En ce pai­sible ma­tin d’avril, le gros bourg ni­ché au fond d’une val­lée gla­ciaire, au coeur du mas­sif du San­cy en Au­vergne, était si­len­cieux. Ma­thias ve­nait de ga­rer sa voi­ture sur la place prin­ci­pale, non loin de la grande fon­taine de lave où il s’amu­sait, en­fant, à écla­bous­ser ses com­pa­gnons de jeu.

Le jeune homme je­ta un re­gard cir­cu­laire, s’at­tar­da un ins­tant sur une de­meure aux vo­lets clos qui joux­tait un hô­tel-res­tau­rant à la fa­çade ré­no­vée. Les en­ca­dre­ments des fe­nêtres et des portes, d’un brun terne dans le sou­ve­nir de Ma­thias, of­fraient à pré­sent au re­gard une teinte vert pâle agréable à l’oeil. De même, les im­menses lettres éme­raude de l’en­seigne : Grand Hô­tel-Res­tau­rant du San­cy,

se dé­ta­chaient sur un fond de cou­leur amande du plus bel ef­fet. Sur la ter­rasse bor­dée de jar­di­nières dé­bor­dant de pri­me­vères et de pen­sées jaune et vio­let, quelques tables de bis­trot et des chaises as­sor­ties at­ten­daient la clien­tèle. 11 heures ve­naient de son­ner au clo­cher de la vieille église tra­pue bâ­tie de l’autre cô­té de la place ; nul doute que les ha­bi­tués du lieu ne tar­de­raient pas à ve­nir s’ins­tal­ler là pour prendre l’apé­ri­tif. (à suivre)

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