Les pa­rents pri­vés de devoirs à la mai­son

La Montagne (Vichy) - - Ma­ga­zine Mé­dias - Mi­chel Fillière mi­chel.filliere@cen­tre­france.com

Par­mi les prio­ri­tés du nou­veau mi­nistre de l’Édu­ca­tion na­tio­nale, les « devoirs faits » au col­lège plu­tôt qu’à la mai­son « pour ame­nui­ser les in­éga­li­tés so­ciales et sco­laires ». Nos lec­teurs pa­rents d’élèves doutent de cette pro­po­si­tion.

Ques­tion d’ha­bi­tude. Nou­veau mi­nistre de l’Édu­ca­tion na­tio­nale, nou­velle ré­forme pour lais­ser son em­preinte. Jean­Mi­chel Blan­quer a beau ré­fu­ter l’idée de lais­ser à la pos­té­ri­té une loi à son nom, vingt jours après sa no­mi­na­tion, il a avan­cé l’idée des « devoirs faits » au col­lège.

« Une ré­forme de plus », ré­agit cal­me­ment Jen­ni­fer, « et je suis im­pa­tiente d’en sa­voir plus, car quand les deux pa­rents tra­vaillent c’est de plus en plus dif­fi­cile de faire les devoirs avec les en­fants ».

« Faire les devoirs », comme si c’étaient les pa­rents qui les fai­saient ! Un constat qui fâche Co­rinne : « C’est l’élève qui doit ap­prendre, pas les pa­rents qui doivent juste contrô­ler si les exer­cices ont été faits, et sur­tout com­pris. »

Mais qu’est­ce que le tra­vail à la mai­son ? Jean­Luc a son idée. « Il consiste à

re­prendre des exer­cices pour vé­ri­fier la com­pré­hen­sion et l’as­si­mi­la­tion des no­tions étu­diées en classe ain­si que l’ap­pren­tis­sage des le­çons. Il doit être don­né à dose ho­méo­pa­thique, les en­fants ont droit, eux aus­si, à des se­maines de 35 heures ! » Sa so­lu­tion ? « Il suf­fit d’or­ga­ni­ser des études bien en­ca­drées où ré­gne­ra le si­lence et où chaque élève, au­to­nome, fe­ra son de­voir. Le sur­veillant pour­ra vé­ri­fier la réa­li­té du tra­vail fait. Quant à la jus­tesse, elle re­lève de la com­pé­tence de l’en­sei­gnant pour qui elle est un in­dice pé­da­go­gique. »

Mar­tine a une autre ap­proche : « Ar­rê­tons de tout mé­lan­ger. Il y a un temps à l’école, un temps à la mai­son, un temps à jouer. Ap­prendre, c’est le par­tage. Per­son­nel­le­ment, j’adore faire les devoirs avec ma fille. C’est un ins­tant de com­pli­ci­té et je suis sûre que ce­la peut aus­si ré­ap­prendre cer­taines choses aux pa­rents. Mes grands­pa­rents l’ont fait avec mes pa­rents, mes pa­rents l’ont fait avec moi : je suis convain­cue qu’un mi­ni­mum de ré­vi­sions es­sen­tielles est in­dis­pen­sable à la mai­son. Dix mi­nutes de ré­vi­sion, c’est mieux que 10 mi­nu­ tes de­vant la té­lé­vi­sion… »

Dis­cours iden­tique de Ni­cole, « ma­man seule qui rentre fa­ti­guée du bou­lot », qui est « ré­so­lu­ment contre les devoirs au col­lège. Mes gosses bossent de 8 heures à 16 heures, et il fau­drait en­core les faire res­ter à l’école jus­qu’à 18 heures ? Parce qu’on n’est pas ca­pable de suivre leur ins­truc­tion ? Et vous, vous y croyez à la mo­bi­li­sa­tion des profs en heures sup­plé­men­taires, des pions (as­sis­tants d’édu­ca­tion, au­jourd’hui) ou des vo­lon­taires du ser­vice ci­vique ? Et si ces heures d’études sont payantes, qui pour­ra ins­crire son en­fant à ces cours du soir ? ».

C’est vrai que cet « éven­tail d’in­ter­ve­nants » (se­lon le mi­nistre) « peut créer une forme de tranquillité en fa­mille, mais aus­si mettre le feu aux poudres chez les édu­ca­teurs dé­jà dé­bor­dés », rai­sonne Pierre­Jean.

Con­fu­cius était sans doute dans le vrai : « Le père qui n’en­seigne pas ses devoirs à son fils est au­tant cou­pable que ce der­nier s’il les né­glige. » ■

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