« J’en avais marre des coups »

La Montagne (Vichy) - - Région Faits Divers - Leï­la Aber­kane

La nuit du 21 no­vembre 2015, l’ac­cu­sé est ren­tré ivre chez sa com­pagne à Mou­lins. Il l’a frap­pée. L’at-il en­suite vio­lée ? Il le conteste. La jeune femme, bien que re­con­nais­sant avoir ac­cep­té des actes sexuels pour faire ces­ser les coups, ne parle pas de viol.

De longs si­lences en guise de ré­ponses. Anne (*), 27 ans, est sou­vent res­tée muette hier aux ques­tions du pré­sident Etienne Fra­din. Du­rant une heure, la jeune femme, pour­tant vic­time dans le pro­cès de Jé­ré­my Gué­neau qui s’est ou­vert hier de­vant les as­sises de l’Al­lier, était sur la dé­fen­sive. Elle a ré­pé­té que l’ac­cu­sé n’a pas abu­sé d’elle dans la nuit du 21 au 22 no­vembre 2015 à Mou­lins : « Pour moi, il ne m’a pas vio­lée ».

Une vi­rée entre co­pains

Si elle a ac­cep­té de pra­ti­quer deux fel­la­tions, deux so­do­mies et d’avoir deux rap­ports va­gi­naux avec son com­pa­gnon, c’était pour faire ces­ser les coups qu’elle avait re­çus. Cette nuit­là, Jé­ré­my Gué­neau est ren­tré soûl d’une vi­rée entre co­pains dans une boîte de nuit de La­me­nay­sur­Loire (Nièvre). Alors qu’il rentre à Mou­lins, sa voi­ture part dans le fos­sé.

Il ap­pelle Anne pour qu’elle vienne le cher­cher. Un coup de fil ponc­tué d’in­sultes. Elle re­fuse et rac­croche. À 5 heures du ma­tin, l’ac­cu­sé dé­barque chez elle, dans le cen­tre­ville de Mou­lins, ouvre la porte d’un coup d’épaule avant de dé­co­cher d’autres coups : « Il m’a ta­pé au vi­sage, sur la cuisse », ex­plique Anne. Le pré­sident Fra­din com­plète en lui re­mé­mo­rant sa dé­ po­si­tion : « Il vous a ti­ré par les che­veux, vous a ser­ré le cou, vous a pla­qué la tête contre le mur ». Il a aus­si vio­lem­ment je­té le té­lé­phone por­table de sa com­pagne qui s’est en­cas­tré dans le mur.

C’est dans ce contexte que la jeune femme qui vi­vait avec Jé­ré­my Gué­neau de­puis un peu plus d’un an, a ac­cep­té des actes sexuels qu’elle au­rait nor­ma­le­ment re­fu­sés : « J’ai dit oui car je vou­lais que les coups s’ar­rêtent. J’en avais marre ». Anne ne consi­dère pas pour au­tant avoir su­bi ces rap­ ports : « C’est mon com­pa­gnon, donc c’est pas un viol ».

L’avo­cat gé­né­ral Jean­neC­han­tal Ca­piez a ten­té de lui faire prendre conscience du contraire : « Un viol, ce n’est pas uni­que­ment un homme avec une ca­goule qui vous prend dans un par­king sombre. Un rap­port sexuel, même avec son com­pa­gnon, doit être consen­ti ».

Anne a dé­po­sé plainte puis, du­rant l’ins­truc­tion, elle l’a re­ti­rée. Dans ce pro­cès, elle ne se consti­tue pas par­tie ci­vile. S’il re­con­naît les vio­lences, Jé­ré­my Gué­neau ne re­con­naît pas le viol.

(*) Pré­nom d’em­prunt.

PHO­TO D’ILLUS­TRA­TION

Le pro­cès de Jé­ré­my Gué­neau s’achève au­jourd’hui à Mou­lins. Il en­court vingt ans de ré­clu­sion.

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