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La Montagne (Vichy) - - Annonces Classées -

de fonc­tion­ne­ment im­pré­vues.

Ma­thias hé­si­tait à en­trer dans l’éta­blis­se­ment d’où ne fil­trait au­cun bruit de voix, au­cun son ma­ni­fes­tant une pré­sence hu­maine. Il son­gea que, d’ici à une de­mi-heure sans doute, les en­fants al­laient sor­tir de l’école pri­maire toute proche en se bous­cu­lant un peu, avec des cris et des rires. Lui aus­si, de cinq à dix ans, avait fré­quen­té ce lieu où, croyait-il alors Ces na­tifs joui­ront d’une bonne ré­pu­ta­tion et se­ront naï­ve­ment, était con­cen­tré tout le sa­voir hu­main.

À cette pen­sée, le jeune homme eut un sou­rire at­ten­dri et ses yeux bleu fon­cé s’éclair­cirent sou­dain. Grand, bien bâ­ti, Ma­thias avait une belle che­ve­lure brune tou­jours un peu in­dis­ci­pli­née mal­gré ses ef­forts ; quelques pe­tites boucles re­tom­baient au­tour de son vi­sage, adou­cis­sant ses traits vo­lon­taires. Il se sa­vait beau et plai­sait aux jeunes filles qui, de­puis ses seize ans, se dis­pu­taient ses fa­veurs ; à pré­sent, il n’en voyait qu’une, les autres, toutes les autres n’exis­taient pas. Éli­na, et elle seule, fai­sait battre son coeur ; les jeunes gens consi­dé­raient qu’ils étaient dé­jà fian­cés et fai­saient de beaux pro­jets d’ave­nir. Ma­thias était con­fiant, les pa­rents d’Éli­na l’avaient en grande es­time, ils lui don­ne­raient leur fille, c’était cer­tain.

Il se dé­ci­da enfin à pous­ser la porte du bar de l’hô­tel. Un ser­veur d’une ving­taine d’an­nées es­suyait soi­gneu­se­ment des verres à pied qu’il ran­geait au fur et à mesure sur des éta­gères, der­rière lui. Ma­thias le sa­lua, de­man­da s’il pou­vait voir M. Ar­mand, le pa­tron. Le ser­veur sai­sit le com­bi­né té­lé­pho­nique pla­cé au bout du bar en de­man­dant : « Et vous êtes mon­sieur ?… – De­lau­nay », ré­pon­dit Ma­thias, un peu ému à l’idée de re­voir Pierre Ar­mand.

Le pro­prié­taire du lieu al­lait-il le re­con­naître ? Il y avait si long­temps qu’il n’était pas re­ve­nu ici, pas même pour l’en­ter­re­ment de sa tante Pau­line. Pour­tant, il au­rait bien vou­lu ac­com­pa­gner à sa der­nière de­meure celle qui lui avait ser­vi de mère dès ses trois ans. Hé­las, il était loin alors et avait ap­pris trop tard qu’elle était morte dans la pe­tite mai­son d’Au­vergne hé­ri­tée de ses pa­rents.

Per­du dans ses pen­sées, Ma­thias avait à peine en­ten­du le ser­veur faire part de sa de­mande. Il re­vint sur terre lorsque ce der­nier lui dit :

« Mon­sieur Ar­mand va ar­ri­ver dans une mi­nute. As­seyez-vous donc. Je vous sers quelque chose ? »

Ma­thias re­fu­sa po­li­ment et s’ins­tal­la dans un angle, au fond de la pe­tite salle longue et étroite. Presque aus­si­tôt le pa­tron fit son en­trée. Le jeune homme se le­va et sou­rit au sexa­gé­naire qui s’avan­çait, la main ten­due.

« Ma­thias ! C’est bien toi ? Mais tu es un homme à pré­sent ! Tu as quel âge, vingt, vingt-deux ans ?

– Vingt-trois, mon­sieur Ar­mand. Je vois avec plai­sir que vous al­lez bien, j’es­père qu’il en est de même de votre épouse. Ce­la me fait tout drôle de me re­trou­ver ici, vous sa­vez…

– C’est qu’on ne t’a pas vu de­puis des lustres ! Qu’est-ce que tu de­viens ? As­sieds-toi donc, tu me ra­con­te­ras un peu. »

Ins­tal­lés face à face, les deux hommes se sou­rirent.

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