Phi­lippe face au dé­fi de l’au­to­ri­té

La Montagne (Vichy) - - France & Monde Actualités La Bourse -

Édouard Phi­lippe af­fronte un double dé­fi : as­su­rer son au­to­ri­té visà-vis de mi­nistres ten­tés par la « li­ber­té de pa­role » comme Fran­çois Bay­rou, et trou­ver sa place dans le tan­dem avec le pré­sident.

Avec le cas du garde des Sceaux, confron­té à des soup­çons d’em­plois fic­tifs vi­sant des élus Mo­Dem alors même qu’il pré­sente son pro­jet de loi de mo­ra­li­sa­tion pu­blique, le Pre­mier mi­nistre a dû af­fron­ter son pre­mier « couac ». Re­ca­dré par son chef de gou­ver­ne­ment pour avoir ap­pe­lé des jour­na­listes qui en­quê­taient sur ces soup­çons, le pa­tron du Mo­Dem a per­sis­té à dé­fendre son bon droit et à re­ven­di­quer de s’ex­pri­mer « chaque fois qu’il au­ra quelque chose à dire ».

Même si les deux hommes se sont af­fi­chés, sou­riants, à la sor­tie du Con­seil des mi­nistres, et si Ma­ti­gnon a mi­ni­mi­sé « un quart d’étin­celle », l’épi­sode a ré­veillé des sou­ve­nirs du quin­quen­nat Hol­lande : les couacs avec les mi­nistres avaient ryth­mé les pas­sages de Jean­Marc Ay­rault puis de Ma­nuel Valls à Ma­ti­gnon.

Ma­cron « jauge » Phi­lippe

Nom­mé Pre­mier mi­nistre sans avoir été mi­nistre, comme JeanMarc Ay­rault, Édouard Phi­lippe doit prou­ver qu’il a les épaules pour un poste ré­pu­té comme le plus dur de la Ve Ré­pu­blique, aux ar­bi­trages per­ma­nents. Comme pour l’affaire Fer­rand, Em­ma­nuel Ma­cron, sou­cieux de construire sa stra­té­gie « ju­pi­té­rienne » d’un pré­sident au­des­sus de la mê­lée, a lais­sé son CONFIANCE. « Ma­cron veut évi­ter de le court-cir­cui­ter ».

Pre­mier mi­nistre gé­rer.

L’épi­sode Bay­rou, « ça ne re­lève pas du pré­sident de la Ré­pu­blique », a clai­re­ment tran­ché le porte­pa­role du gou­ver­ne­ment, Ch­ris­tophe Cas­ta­ner, lors du compte­ren­du du Con­seil des mi­nistres où, a as­su­ré le se­cré­taire d’État, l’affaire n’a pas été abor­dée.

Pio­ché au sein du par­ti Les Ré­pu­bli­cains pour dé­sta­bi­li­ser la droite aux lé­gis­la­tives, l’an­cien

maire du Havre a bien rem­pli son of­fice : LR, dé­mo­bi­li­sé et si­phon­né par le par­ti du pré­sident, La Ré­pu­blique en Marche, se di­rige vers une de ses plus lourdes dé­faites aux lé­gis­la­tives. Même si Em­ma­nuel Ma­cron n’a plus be­soin de s’al­lier avec la droite pour s’as­su­rer une ma­jo­ri­té, Édouard Phi­lippe n’est pas me­na­cé de perdre son poste de Pre­mier mi­nistre.

« Ma­cron est at­ten­tif, il veut évi­ter de le court­cir­cui­ter, il veut qu’il réus­sisse. Il trouve qu’il fait bien le job. Il est en train de le jau­ger », ré­sume un mi­nistre proche du chef de l’État.

Flirt avec la ligne

Du­rant la cam­pagne, Édouard Phi­lippe est al­lé sou­te­nir tout ce que la droite compte de can­di­dats « Ma­cron­com­pa­tibles », pro­té­gés par l’ab­sence d’ad­ver­saire LREM. Il a même flir­té avec la ligne en s’af­fi­chant avec Maël de Ca­lan, can­di­dat LR jup­péiste comme lui, qui af­fron­te­ra au se­cond tour un can­di­dat LREM dans le Fi­nis­tère. Sans of­fi­ciel­le­ment le sou­te­nir. Il a aus­si ap­por­té son sou­tien à Pier­reYves Bour­na­zel, can­di­dat LR dans le XVIIIe ar­ron­dis­se­ment face à l’ex­mi­nistre PS My­riam El Khom­ri qui re­ven­dique, elle, l’ap­pui… d’Em­ma­nuel Ma­cron.

Pro­chaine étape, après la no­mi­na­tion d’un gou­ver­ne­ment Phi­lippe 2 et l’ar­ri­vée pro­bable de quelques se­cré­taires d’État : ses dé­buts comme Pre­mier mi­nistre à l’As­sem­blée na­tio­nale. Dans un im­mense marais de dé­pu­tés LREM, les LR pro­Ma­cron « construc­tifs », qui es­pé­raient un temps jouer les fai­seurs de ma­jo­ri­té, se­ront peu nom­breux : « une tren­taine », es­père le dé­pu­té LR Thier­ry So­lère, sans doute moins se­lon un autre « construc­tif ».

C’est de­vant ce par­terre qua­si­mo­no­li­thique que le qua­dra­gé­naire de Ma­ti­gnon doit faire sa dé­cla­ra­tion de po­li­tique gé­né­rale. Au­tour du 4 juillet, se­lon son en­tou­rage. ■

PHO­TO AFP

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