Homme de la réuni­fi­ca­tion La chi­rur­gie car­diaque perd Ch­ris­tian Ca­brol

La Montagne (Vichy) - - France & Monde Actualités La Bourse - AFP

Hel­mut Kohl, père de la réuni­fi­ca­tion al­le­mande, pi­lier de la construc­tion eu­ro­péenne et dé­ten­teur du re­cord de lon­gé­vi­té à la chan­cel­le­rie après-guerre (19821998), est mort hier à 87 ans.

Hel­mut Kohl « a chan­gé ma vie de ma­nière dé­ci­sive par la réuni­fi­ca­tion. Il a été une chance pour nous. » : C’est par ces mots que la chan­ce­lière An­ge­la Mer­kel a ren­du hommage, hier soir, à son pré­dé­ces­seur dont le dé­cès a été an­non­cé quelques heures plus tôt.

« Nous per­dons un très grand Eu­ro­péen, l’ar­ti­san de l’Al­le­magne unie et de l’ami­tié fran­co­al­le­mande », a re­gret­té le pré­sident Ma­cron. « Il était l’« es­sence même de l’Eu­rope », a abon­dé le pré­sident de la Com­mis­sion eu­ro­péenne, Jean­Claude Jun­cker.

Hel­mut Kohl était cloué dans un fau­teuil rou­lant de­puis 2009. Il avait no­tam­ment souf­fert d’un ac­ci­dent vas­cu­laire cé­ré­bral et s’était cas­sé la hanche.

Man­teau de l’His­toire

L’an­cien chan­ce­lier, co­losse phy­sique et his­to­rique, est le père in­con­tes­té de l’Al­le­magne réuni­fiée. Il GOR­BAT­CHEV ET KOHL. À Mos­cou, le 24 octobre 1988. Le 9 no­vembre 1989, c’était la chute du Mur de Ber­lin. Moins d’un an après, la réuni­fi­ca­tion de l’Al­le­magne était ac­quise.

res­te­ra dans l’his­toire pour avoir for­cé la main des di­ri­geants so­vié­tique et amé­ri­cain Mi­khaïl Gor­bat­chev et George Bush, mais aus­si de ses al­liés eu­ro­péens, pour que la RDA an­cien­ne­ment com­mu­niste re­joigne la RFA en 1990, moins d’un an après la chute du Mur de Ber­lin.

Il a per­mis ain­si la fin de l’oc­cu­pa­tion mi­li­taire de l’Al­le­magne, im­po­sée par les quatre puis­sances vic­to­rieuses du na­zisme de­puis 1945, je­tant les bases de l’émer­gence d’une Alle­

magne forte sur la scène in­ter­na­tio­nale.

Pour­tant, quand à 52 ans il prend la tête en 1982 du gou­ver­ne­ment d’Al­le­magne de l’Ouest à la fa­veur d’un chan­ge­ment d’al­liance au Par­le­ment, il est mo­qué pour son cô­té rus­tique et pro­vin­cial. Per­sonne n’au­rait alors pa­rié que ce fils d’un fonc­tion­naire du fisc is­su d’une fa­mille de la pe­tite bour­geoi­sie de Lud­wig­sha­fen en­tre­rait dans la mé­moire col­lec­tive eu­ro­péenne.

Mais le 9 no­vembre 1989, le mur de Ber­lin s’ef­fondre et le chan­ce­lier conser­va­teur, alors contes­té dans son par­ti (CDU), en­dosse, se­lon ses propres mots, « le man­teau de l’His­toire ».

Ce ca­tho­lique pra­ti­quant sur­prend en pro­po­sant dès le 28 no­vembre un plan en 10 points de­vant conduire à l’uni­fi­ca­tion.

Poi­gnar­dé par Mer­kel

Sa fin de car­rière se­ra moins glo­rieuse, ter­nie par le scan­dale des caisses noires du par­ti. Il fi­ni­ra par re­con­naître avoir re­cueilli des dons oc­cultes, et An­ge­la Mer­kel, sa pro­té­gée, en pro­fi­te­ra pour l’évin­cer.

Se­lon une bio­gra­phie non au­to­ri­sée, il n’a ja­mais par­don­né à la chan­ce­lière, di­sant qu’avant de le ren­con­trer elle « ne sa­vait même pas man­ger avec un cou­teau et une four­chette ».

Plus ré­cem­ment, en avril 2016, Kohl a dé­non­cé la po­li­tique d’ac­cueil de Mer­kel, qui a per­mis l’ar­ri­vée de 1,1 mil­lion de mi­grants en 2015. Il a aus­si re­çu le Pre­mier mi­nistre hon­grois Or­ban, dé­trac­teur de la chan­ce­lière.

Les sou­bre­sauts de sa vie pri­vée ont ache­vé d’as­som­brir ses der­nières an­nées. ■ Le chi­rur­gien au large sou­rire est mort à l’hô­pi­tal de la Pi­tié-Sal­pê­trière à Pa­ris, là même où il avait réa­li­sé sa fa­meuse greffe le 27 avril 1968. Il est dé­cé­dé des suites d’une longue ma­la­die.

On fê­te­ra l’an pro­chain les 50 ans de la greffe car­diaque his­to­rique du pro­fes­seur Ca­brol. Son pa­tient, âgé de 66 ans, ne sur­vit que pen­dant 53 heures, mais pour le chi­rur­gien fran­çais, le che­min est tout tra­cé : en 1982, il réa­lise la pre­mière trans­plan­ta­tion car­dio­pul­mo­naire en France et il ré­ci­dive en 1986 avec la pre­mière im­plan­ta­tion d’un coeur ar­ti­fi­ciel tem­po­raire Jar­vik 7, conçu pour ser­vir de rem­pla­ce­ment en at­ten­dant une greffe.

Lors­qu’il tente sa pre­mière greffe du coeur, Ca­brol se heurte à un mi­lieu mé­di­cal très ré­ti­cent. « Cer­tains pen­saient qu’il fal­lait être un peu fou », re­le­vait­il dans une interview, d’au­tant que les pre­mières greffes n’amé­lio­raient pas sen­si­ble­ment la sur­vie des ma­lades.

Mé­di­ca­ment puis­sant

Mais l’ar­ri­vée dix ans plus tard des cy­clo­spo­rines, un puis­sant mé­di­ca­ment an­ti­re­jet, change ra­ C. CA­BROL. Pion­nier de la greffe en Eu­rope.

di­ca­le­ment la donne et per­met des sur­vies beau­coup plus longues.

Rien pour­tant ne pré­dis­po­sait ce fils de pay­san, né le 16 sep­tembre 1925 à Ché­zy­sur­Marne (Aisne) à de­ve­nir un pion­nier de la chi­rur­gie car­diaque.

Il ap­pré­cie le calme des bois et des champs mais son grand­père, mé­de­cin de cam­pagne, le convainc de de­ve­nir chi­rur­gien.

En 1989, il de­vient le grand dé­fen­seur de la greffe à la tête de l’As­so­cia­tion France Trans­plant qui or­ga­nise no­tam­ment les pré­lè­ve­ments d’or­ganes, une mis­sion au­jourd’hui confiée à l’Agence de la bio­mé­de­cine. ■

PHO­TO AFP

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