La pas­sion se­lon La­bé­gorre

La Montagne (Vichy) - - France & Monde Actualités La Bourse - Do­mi­nique Ga­ran­det do­mi­nique.ga­ran­det@cen­tre­france.com

Serge La­bé­gorre, le grand maître de l’ex­pres­sion­nisme, au ta­lent re­con­nu dans le monde en­tier, ex­pose au centre cultu­rel Ni­co­lasPo­mel à Is­soire (Puy-de-Dôme). A ne pas man­quer.

«La beau­té n’est que le com­men­ce­ment du ter­rible ». Im­pos­sible de ne pas évo­quer Rilke quand on pé­nètre dans les salles Jean­He­lion d’Is­soire. Les per­son­nages tra­giques de Serge La­bé­gorre baignent dans des ha­los de cou­leurs vives. Des rouge, des orange, des noir, car le noir n’est ja­mais qu’un bleu d’éter­ni­té. Ils nous in­ter­pellent avec une telle au­to­ri­té que le re­gard en est comme hap­pé. D’im­menses toiles de­vant les­quelles on s’in­cline.

Ar­tiste re­con­nu et ex­po­sé dans le monde en­tier, La­bé­gorre AU­TO­POR­TRAIT. « Quand j’étais jeune »… peint avec hu­mi­li­té des êtres déses­pé­rés bai­gnés par une lu­mière ad­mi­rable. Les créa­tures du maître de Fron­sac ont soif d’ab­so­lu.

La­bé­gorre est ob­sé­dé par la fi­gure hu­maine. Dans le re­gard de l’homme, il y a ce qui té­moigne du tra­gique de sa condi­tion mais aus­si le fra­gile trem­ble­ment de vie et l’espérance qui l’anime. « Il m’ar­rive, à force d’in­sis­ter, d’en­tre­voir l’iné­luc­table dé­chéance qui ha­bite le vi­sage hu­main et la mort au sein du vi­vant. Ces quelques cen­ti­mètres de peau où s’échoue une vie, ce re­gard qui voile la cer­ti­tude de sa fi­ni­tude me sont in­dis­pen­sables pour le fu­tur rap­port à l’autre que je vais lais­ser. »

Che­min de prière

La­bé­gorre ne vise pas la belle ouvrage. Seul lui im­porte le che­min entre la sen­sa­tion et la créa­tion, c’est­à­dire tou­cher au plus près du coeur des choses. Et de ci­ter Gio­no : « Ce que nous sem­blons fuir, nous l’ap­pe­lons de toutes nos forces. »

Il y a un sa­lut dans son oeuvre. Elle nous sauve de la dis­per­sion, de la dé­chéance, du tra­gique fa­tal de l’exis­tence or­di­naire, du désen­chan­te­ment du monde. Sa peinture est cou­rage, mé­ta­mor­phose du vi­vant, elle se taille dans la chair. La créa­tion ar­tis­tique est un che­min de prière, de trans­fi­gu­ra­tion du quo­ti­dien, La­bé­gorre nous montre la voie.

L’ex­po­si­tion est re­mar­quable. 40 toiles, la plu­part des grands for­mats, du ja­mais vu dans la ré­gion. Un évé­ne­ment pour Is­soire qui a dé­ci­dé, cette an­née en­core, de mettre l’art contem­po­rain dans la ville avec un par­cours ori­gi­nal à la dé­cou­verte de vingt sculp­tures mo­nu­men­tales d’Yves Gué­rin.

Après avoir ad­mi­ré ces géants d’acier, ne man­quez pas le ma­gni­fique Che­val mé­ca­nique de Florent Pou­jade qui rue dans les bran­cards sur la place Char­lesde­Gaulle, ré­cente ac­qui­si­tion de la mu­ni­ci­pa­li­té.

En­fin, à par­tir du 30 juin, l’Es­pace Jean­Prou­vé – avec le sou­tien de la Galerie Her­vé Cour­taigne, Pa­ris – pro­pose une ex­po­si­tion des oeuvres de l’ar­tiste mas­qué Karl Beau­de­lere. In­con­tour­nable ! ■

è À voir. Jus­qu’au 24 sep­tembre salles Jean-Hé­lion à Is­soire. Du mar­di au di­manche de 14h à 18 heures, le sa­me­di de 10h à 12h30 et de 14h à 18 heures. En­trée gra­tuite.

PHO­TO DG

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