Un cham­pion en ca­deau d’an­ni­ver­saire

Ré­cent vain­queur de Ro­land-Gar­ros avec Ni­co­las Pei­fer en ten­nis­fau­teuil, Sté­phane Hou­det a échan­gé quelques balles avec les jeunes de Dé­ser­tines hier, lors des 40 ans de l’AST.

La Montagne (Vichy) - - Allier Actualité - Florent Ley­bros

■ Après votre sixième sacre en double à Ro­land-Gar­ros, com­ment abor­dez-vous le pro­chain grand­che­lem à Wim­ble­don ? Con­trai­re­ment aux pros, on n’a pas beau­coup de tour­nois sur la même sur­face que ceux des grands che­lems pour s’y ha­bi­tuer. Quinze jours avant Ro­land­Gar­ros par exemple, on jouait sur

du dur au Ja­pon. La se­maine pro­chaine, je vais jouer sur du quick à Pa­ris. Ce qui change sur l’herbe par rap­port à la ter­re­bat­tue, c’est la ma­nière de se dé­pla­cer, il y a des pe­tits ajus­te­ments à trou­ver, no­tam­ment dans le frei­nage. On change les rou­lettes du fau­teuil, les an­ti­bas­cules et boyaux. Wim­ble­don n’existe que de­puis l’an der­nier en simple. Je me mets plus un ob­jec­tif de moyens que de ré­sul­tats. ■ Com­ment re­mé­dier au manque de re­con­nais­sance de votre dis­ci­pline ? Il faut quand même re­la­ti­vi­ser, on n’est pas non plus un sport où il y a des mil­lions de pra­ti­quants. On est dans un pays où l’on se plaint tout le temps du manque de mé­dia­ti­

sa­tion. De toute fa­çon, avec les ré­seaux so­ciaux, tout le monde est de­ve­nu dif­fu­seur. Je suis quand même as­sez mo­dé­ré sur cette ques­tion. Au­jourd’hui il y a plus de joueurs et d’en­goue­ment. Au ni­veau des spon­sors par contre, c’est en­core com­pli­qué, les boites de com­mu­ni­ca­tion ont le cul entre deux chaises. Le monde du sport a ce cô­té py­ra­mi­dal où seul le pre­mier est ré­com­pen­sé. Dans le pa­ra­lym­pique, c’est l’équi­té qui doit pri­mer. Le mou­ve­ment puise son ori­gine dans la san­té et la ré­édu­ca­tion. C’est dif­fi­cile de confron­ter les deux. Dans ce cas­là, il fau­drait ac­cep­ter de sor­tir du pa­ra­lym­pique, et de­ve­nir le pre­mier sport de fau­teuil ins­crit aux JO.

■ Vous jouez à ge­noux sur un fau­teuil ul­tra-mo­derne, pou­vez-vous nous en dire plus ? Aux JO de Pé­kin en 2008, j’ai été in­ter­pel­lé par des cy­clistes sur le fait que mon fau­teuil avait plein de la­cunes. De­puis ce jour, j’ai com­pris que notre sport mé­lan­geait ten­nis et mé­ca­nique. J’es­saye de me rap­pro­cher le plus pos­sible de la po­si­tion d’un joueur de­bout et de mi­mer ses gestes. Mon fau­teuil en car­bone de 10,5 kg est très ré­ac­tif et ri­gide. Je suis à 90°, cette po­si­tion re­met mon bas­sin en mou­ve­ment, ça m’ap­porte plus de puis­sance. ■ Jus­te­ment, est-ce que les fau­teuils sont contrô­lés ? Il n’y a pas de règle spé­ci­fique au fau­teuil. Le joueur doit tou­jours avoir une fesse au con­tact du fau­teuil

lors­qu’il touche la balle. On n’a pas le droit aux freins, aux sys­tèmes de dé­bat­te­ments, ni aux vi­tesses. Il est éga­le­ment in­ter­dit de chan­ger notre hau­teur d’as­sise.

Pour fi­nir, à 46 ans, qu’est-ce qui vous mo­tive en­core à ren­trer sur le court ?

C’est le plai­sir de jouer tout sim­ple­ment. Je prends un peu l’exemple de Fe­de­rer. Je ne suis pas bles­sé, j’aime le cir­cuit et je suis en­core com­pé­ti­tif. Le ten­nis­fau­teuil de­mande moins d’éner­gie, ça n’use pas beau­coup les jambes, et on n’est ja­mais dans le rouge au ni­veau du car­dio. Je me fixe les Jeux de To­kyo comme ob­jec­tif, mais je pour­rais très bien conti­nuer après… ■

On est dans un pays où l’on se plaint tout le temps du manque de mé­dia­ti­sa­tion »

PHO­TO FLO­RIAN SALESSE

CHAM­PION. Am­pu­té d’une jambe suite à un ac­ci­dent de mo­to, Sté­phane Hou­det est de­ve­nu de­puis une star mon­diale du ten­nis-fau­teuil.

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