Le 7 oc­tobre, le Mont Saint­Mi­chel re­de­vien­dra une île

La Montagne (Vichy) - - France & Monde Actualités -

Deux ans après la fin des tra­vaux des­ti­nés à le désen­sa­bler, le Mont Saint-Mi­chel re­de­vient bien une île lors de cer­taines grandes ma­rées, mais le lourd bud­get in­dis­pen­sable à la pour­suite de ce com­bat reste à trou­ver.

Grâce à l’élé­gant bar­rage, construit sur le Coues­non à 2 km du ro­cher, « les fonds s’érodent très no­ta­ble­ment dans un rayon d’un ki­lo­mètre au­tour du Mont », as­sure Franck Le­voy, l’uni­ver­si­taire caen­nais char­gé de suivre le pro­jet de main­tien du ca­rac­tère ma­ri­time du ro­cher, dans une baie qui s’en­sable au fil des siècles.

Mis en ser­vice en 2009, le bar­rage lâche, à cette fin, dou­ce­ment, deux fois par jour, en­vi­ron 1 mil­lion de m3 d’eau de part et d’autre de la « Mer­veille » pour y chas­ser les sé­di­ments. La terre, qui se rap­pro­chait du ro­cher clas­sé par l’Unesco, et me­na­çait de l’ava­ler à l’horizon 2040, bat en re­traite. « La mer a dé­jà re­con­quis 51 ha », as­sure Alain Prud­homme, di­rec­teur du syn­di­cat mixte de col­lec­ti­vi­tés (Nor­man­die, Bre­tagne, Manche) qui gère le pro­jet.

Autre point clé, la digue­ DÉ­FI­CI­TAIRES. Le pro­blème des par­kings peu ren­tables reste tou­te­fois à ré­gler.

route qui me­nait au mont et le par­king de 4.100 places qui en­lai­dis­sait le pied du ro­cher ne sont plus que mau­vais sou­ve­nirs. Ils ont été dé­truits en 2015.

Ar­doise à ve­nir

Après 10 ans d’études, 10 ans de tra­vaux et 230 mil­lions d’eu­ros d’in­ves­tis­se­ment (dont 185 mil­lions HT d’ar­gent pu­blic), on ac­cède dé­sor­mais au mont par une pas­se­relle et cha­cun peut, lors de cer­taines grandes

ma­rées, ad­mi­rer le re­flet de l’ab­baye éri­gée à par­tir du Xe siècle. Ce­la n’était plus pos­sible de­puis 1879, date de construc­tion de la digue­route qui a ac­cé­lé­ré l’en­sa­ble­ment. Le pro­chain ren­dez­vous est fixé au 7 oc­tobre. Mais pour que le spec­tacle de­meure, de lourds in­ves­tis­se­ments s’an­noncent.

« Noeud du pro­blème », le nou­veau par­king, construit sur la côte à 2,5 km du mont, et les na­vettes gra­tuites, mises en place

pour ache­mi­ner les tou­ristes, sont très dé­fi­ci­taires, écrivent l’ex­pré­fète de Nor­man­die Ni­cole Klein et le pré­sident du Centre des mo­nu­ments na­tio­naux (CMN) Phi­lippe Be­la­val dans un rap­port re­mis à Ma­ti­gnon en mars. Ils vont en­traî­ner de fa­çon « qua­si iné­luc­table de(s) dé­penses sup­plé­men­taires très lourdes ».

Certes le dé­fi­cit, de 2,8 mil­lions en 2015, re­vient à Trans­dev, qui gère le par­king et les na­vettes en dé­lé­ga­tion de ser­vice pu­blic (DSP). Mais la so­cié­té, dé­te­nue à 70 % par la Caisse des dé­pôts, et à 30 % par Véo­lia qui s’en re­tire pro­gres­si­ve­ment, ré­clame 4,5 mil­lions d’eu­ros au syn­di­cat mixte, en plus des 13,5 mil­lions de sub­ven­tions dé­jà per­çues, en rai­son de mo­di­fi­ca­tions du pro­jet, se­lon le rap­port.

Re­cherche d’équi­libre

D’autres dé­penses, « ex­trê­me­ment im­por­tantes » sont à ve­nir : la DSP pré­voit qu’à la fin du contrat en 2022, Trans­dev se voie rem­bour­ser 13 mil­lions d’eu­ros, soit « la part non amor­tie des in­ves­tis­se­ments réa­li­sés ». Une rup­ture avant 2022 coû­te­rait en­core plus cher. Aus­si, la ques­tion se pose dé­jà du rem­pla­ce­ment des na­vettes, « es­ti­mé à au moins 8 mil­lions sup­plé­men­taires », se­lon le rap­port.

Alors que l’État tra­vaille à la mise en place d’un éta­blis­se­ment pu­blic à ca­rac­tère in­dus­triel et com­mer­cial (EPIC) pour prendre le re­lais du syn­di­cat mixte, au­quel les col­lec­ti­vi­tés lo­cales ne veulent plus contri­buer, l’équi­libre fi­nan­cier de l’EPIC « risque d’en être com­pro­mis dès le dé­part », écrivent les au­teurs. Et il fau­dra pour­tant in­ves­tir plus de 6 mil­lions d’eu­ros par an dans l’en­tre­tien des in­fra­struc­tures, la sé­cu­ri­té et la pro­mo­tion du site. Le bar­rage pè­se­ra 1,15 mil­lion d’eu­ros par an, se­lon le rap­port, en in­cluant les cu­rages du Coues­non né­ces­saires pour que les vo­lumes d’eau lâ­chés ne di­mi­nuent pas. L’an­cien pré­fet de la Manche Adolphe Col­rat vient d’être char­gé par l’État de trou­ver un « mo­dèle éco­no­mique qui de­vra re­po­ser sur les re­cettes is­sues de la fré­quen­ta­tion du site et ne pas don­ner lieu à des contri­bu­tions pu­bliques d’équi­libre ». « Un par­king avec 2,3 mil­lions de vi­si­teurs par an ne peut être dé­fi­ci­taire », es­ti­mait ré­cem­ment Her­vé Mo­rin pré­sident UDI de Nor­man­die. Il a bien une idée de fi­nan­ce­ment : « L’ab­baye (gé­rée par l’État) est très bé­né­fi­ciaire. C’est un des mo­nu­ments na­tio­naux qui gagne le plus d’ar­gent ». Au­cune piste n’est ex­clue, a in­di­qué Adolphe Col­rat, y com­pris une aug­men­ta­tion des ta­rifs du par­king. ■

PHO­TO AFP

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