De larges sou­rires, mais… Une at­taque dji­ha­diste fait deux morts au Ma­li

La Montagne (Vichy) - - Eélections Législatives - Lu­do­vic Au­ré­gan

Le Front national va qua­dru­pler son nombre de dé­pu­tés, mais avec huit élus, le par­ti se trouve très loin des ob­jec­tifs af­fi­chés avant le pre­mier tour.

Le Front national n’au­ra pas réus­si à trans­for­mer sa pré­sence au se­cond tour de la pré­si­den­tielle par une large re­pré­sen­ta­tion à l’As­sem­blée na­tio­nale. Huit de ses membres sié­ge­ront au Pa­lais Bour­bon : Ma­rine Le Pen, Louis Aliot, Bru­no Bilde, Sé­bas­tien Che­nu, Gil­bert Col­lard, Jo­sé Evrard, Em­ma­nuelle Mé­nard et Lu­do­vic Pa­jot. In­suf­fi­sant pour consti­tuer un groupe par­le­men­taire.

L’ob­jec­tif af­fi­ché, en­core au soir du se­cond tour de la pré­si­den­tielle, d’une cin­quan­taine de re­pré­sen­tants au Pa­lais­Bour­bon n’est donc pas at­teint. Loin de là. Pour­tant, lors de l’al­lo­cu­tion de Ma­rine Le Pen hier soir, les fron­tistes ar­bo­raient de larges sou­rires. Le se­cré­taire gé­né­ral du par­ti, Nicolas Bay, rap­pe­lait hier soir sur TF1 que « c’est tou­jours mieux que dans la pré­cé­dente as­sem­blée ».

C’est là tout le pa­ra­doxe MA­RINE LE PEN. La chef de file du Front national ne se­ra pas à la tête d’un groupe par­le­men­taire.

de cette élec­tion. Le FN n’at­teint pas – et de beau­coup – ses ob­jec­tifs, mais réa­lise le meilleur ré­sul­tat de son his­toire au scru­tin ma­jo­ri­taire à deux tours. Le par­ti fon­dé par JeanMa­rie Le Pen va qua­dru­pler son nombre de dé­pu­tés par rap­port à la pré­cé­dente man­da­ture. Il fait aus­si mieux que les es­ti­ma­tions qui lui an­non­çaient un à quatre sièges.

Pour sa pré­si­dente, le

res­pon­sable de cette im­pres­sion mi­ti­gée est tout trou­vé : l‘« an­ti­dé­mo­cra­tique » mode de scru­tin. Avec la pro­por­tion­nelle, qu’elle ré­clame, son par­ti avait ob­te­nu son re­cord de 36 dé­pu­tés en 1986. Il en au­rait eu plus hier. Cette cri­tique, tra­di­tion­nelle dans les bouches fron­tistes, ne doit pas mas­quer les la­cunes af­fi­chées lors du scru­tin pré­si­den­tiel.

De­puis « l’ac­cord de gou­ver­ne­ment » si­gné avec Nicolas Du­pont­Ai­gnan, les frac­tures exis­tantes au sein du FN con­cer­nant la sor­tie de l’eu­ro sont éta­lées au grand jour. Le par­ti est scin­dé en deux avec une ligne so­ciale et sou­ve­rai­niste, in­car­née par un Flo­rian Phi­lip­pot dé­fait hier, et un cou­rant tra­di­tio­na­liste et iden­ti­taire.

« Se dire les choses »

Ces der­niers semblent confor­tés par les ré­sul­tats d’hier. Gil­bert Col­lard a dé­cla­ré, suite à son élec­tion, qu’il fau­dra « se dire les choses ». Le congrès national, pré­vu cet au­tomne, s’an­nonce mus­clé. Confor­tée par sa large élec­tion d’hier soir, Ma­rine Le Pen de­vra user de son au­to­ri­té pour rendre ces deux ex­trême droite ré­con­ci­liables.

L’au­tomne s’an­nonce cru­cial. En nombre res­treint, les dé­pu­tés FN de­vront se mon­trer stra­tèges pour ap­pa­raître aux yeux des Fran­çais comme « la seule force de ré­sis­tance », sta­tut re­ven­di­qué dans son dis­cours par Ma­rine Le Pen. Dé­sor­mais cin­quième force de l’hé­mi­cycle, il fau­dra plus que de larges sou­rires pour convaincre. ■ COUPS DE FEU. La force Bar­khane est in­ter­ve­nue.

Une at­taque dji­ha­diste contre un lieu de vil­lé­gia­ture près de Ba­ma­ko fré­quen­té par des étran­gers a fait deux morts, hier, dont une Fran­co-Ga­bo­naise, mais une ving­taine d’otages ont été li­bé­rés lors de ce pre­mier at­ten­tat an­ti-oc­ci­den­tal de­puis 2016 dans la ca­pi­tale ma­lienne.

« C’est une at­taque dji­ha­diste. Les forces spé­ciales ma­liennes sont in­ter­ve­nues » contre les as­saillants, a dé­cla­ré le mi­nistre de la Sé­cu­ri­té, Sa­lif Trao­ré. « Une ving­taine d’otages ont dé­jà été li­bé­rés. Mal­heu­reu­se­ment, il y a eu pour le mo­ment deux morts, dont une Fran­coGa­bo­naise » qui fi­gu­rait par­mi les clients de l’éta­blis­se­ment. Elle est dé­cé­dée après avoir été éva­cuée dans un hô­pi­tal, a dit le mi­nistre.

« La deuxième vic­time est en cours d’iden­ti­fi­ca­tion », a­t­il ajou­té. « Les opé­ra­tions se pour­suivent. Nous sommes en train de fouiller chambre par chambre ». La na­tio­na­li­té des otages li­bé­rés n’a pas été pré­ci­sée. Les forces spé­ciales ma­liennes étaient ap­puyées dans cette opé­ra­tion par les mi­li­taires de l’opé­ra­tion fran­çaise an­ti­ji­ha­diste Bar­khane et de la mis­sion de l’ONU (Mi­nus­ma).

Les as­saillants ont crié « Al­lah ak­bar (Dieu est le plus grand) ! », se­lon plu­sieurs des per­sonnes se­cou­rues. La For­sat (Force spé­ciale an­ti­ter­ro­riste), créée en 2016, « est dé­pê­chée sur les lieux », a rap­por­té de son cô­té la té­lé­vi­sion pu­blique ORTM sur un ban­deau dé­rou­lant mar­qué « urgent », fai­sant état d’échanges de tirs avec les as­saillants et ajou­tant qu’il « pour­rait

s’agir d’une at­taque ter­ro­riste ».

Des ri­ve­rains ont confir­mé avoir en­ten­du des coups de feu en pro­ve­nance du lieu at­ta­qué. Les forces de l’ordre ont bou­clé le sec­teur. Un bâ­ti­ment était en feu dans l’éta­blis­se­ment, où sont en­trés des élé­ments de l’opé­ra­tion fran­çaise Bar­khane.

Consigne de sé­cu­ri­té

La der­nière at­taque dji­ha­diste vi­sant des Oc­ci­den­taux dans la ca­pi­tale ma­lienne re­monte à mars 2016, contre l’hô­tel Nord­Sud de Ba­ma­ko, abri­tant la mis­sion de l’Union eu­ro­péenne qui en­traîne l’ar­mée ma­lienne (EUTMMa­li). Un as­saillant avait été tué.

Le 20 no­vembre 2015, un at­ten­tat contre l’hô­tel Ra­dis­son Blu avait fait 20 morts, outre ses deux au­teurs. Il avait été re­ven­di­qué par Al­Qaï­da au Magh­reb is­la­mique (Aq­mi), en co­or­di­na­tion avec le groupe dji­ha­diste de l’Al­gé­rien Mo­kh­tar Bel­mo­kh­tar, Al­Mou­ra­bi­toune, qui avait scel­lé à cette oc­ca­sion son ral­lie­ment à Aq­mi.

L’état d’ur­gence est en vi­gueur au Ma­li qua­si­ment sans in­ter­rup­tion de­puis cet at­ten­tat. Le 9 juin, l’am­bas­sade des ÉtatsU­nis avait pu­blié une consigne de sé­cu­ri­té à l’in­ten­tion des ci­toyens amé­ri­cains les in­for­mant d’une « me­nace d’at­taques ac­crue » à Ba­ma­ko dans les lieux fré­quen­tés par les Oc­ci­den­taux. ■

➔ Sol­dat dé­cé­dé. L’Ély­sée a an­non­cé hier soir « la mort ac­ci­den­telle » la nuit pré­cé­dente d’un sol­dat fran­çais « lors d’une opé­ra­tion aé­ro­por­tée » au Ma­li, sans don­ner de pré­ci­sion sur les cir­cons­tances de ce dé­cès.

PHO­TO AFP

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