LE FEUILLETON

La Montagne (Vichy) - - Au Quotidien -

Moi, évi­dem­ment, il est hors de ques­tion que je me lance dans cette voie, ce­la sup­pose de grandes struc­tures et beau­coup, beau­coup d’ar­gent. En re­vanche, les po­neys et les che­vaux de selle pour pra­ti­quer l’équi­ta­tion sont de plus en plus de­man­dés par les clubs hip­piques. Il est pré­fé­rable bien sûr d’être près de ces centres, c’est-à-dire des grandes villes, pour le trans­port des che­vaux sur­tout. Seule­ment, moi, c’est ici que je pos­sède les ter­rains né­ces­saires et les bâ­ti­ments, je ne vais donc pas en ache­ter ailleurs. Et puis cer­tains des tou­ristes qui vi­sitent nos mon­tagnes l’été du­rant font sû­re­ment de l’équi­ta­tion. Dans un proche ave­nir, en plus de l’éle­vage, je pour­rai sans doute mon­ter une école, moi aus­si.

– Mais tu ne peux pas réa­li­ser seul un tel pro­jet, il te faut des personnes fiables sur qui t’ap­puyer. »

Ma­thias eut un pe­tit sou­rire en­ten­du.

« Ces personnes, je les ai dé­jà, mon­sieur Ar­mand, soyez sans crainte. »

Le jeune homme se mit alors à ex­pli­quer, avec force dé­tails, qu’en ar­ri­vant aux ha­ras de Pom­pa­dour il avait d’abord tra­vaillé dans l’équipe d’un cer­tain Lu­kas Hoff­man, ins­tal­lé là avec sa fa­mille de­puis une quin­zaine d’an­nées. De sur­croît, ce der­nier al­lait bien­tôt de­ve­nir son beau-père. Éli­na, sa fille de vingt et un ans, tra­vaillait elle aus­si aux ha­ras. Ce se­rait donc une as­so­cia­tion fa­mi­liale qui fe­rait fonc­tion­ner les écu­ries de la val­lée des Bruyères.

« Ain­si, ce Lu­kas Hoff­man te fait confiance à ce point ?

– Il m’a vu travailler, il sait ce que je vaux. J’amène les ter­rains et lui son sa­voir-faire. Dans deux, trois mois au plus, je com­men­ce­rai les tra­vaux d’amé­na­ge­ment avec des gens de mé­tier. Si tout va bien, notre éle­vage ou­vri­ra ses portes l’été pro­chain, peut-être même dès le prin­temps. Il suf­fit de ré­no­ver la ferme où je pré­vois deux lo­ge­ments et de bâ­tir une grande écu­rie avec gre­nier à four­rage au-des­sus. Les pâ­tu­rages, eux, sont tout prêts, n’est-ce pas ?

– Et la maison de Pauline, là dans le bourg ?

– Je vais la louer, je ne veux pas la vendre. Elle fai­sait par­tie de l’hé­ri­tage de ma tante avec les bois et quelques pa­cages. Ma mère, elle, avait re­çu la ferme et les pâ­tures en­vi­ron­nantes. Mes grand­spa­rents ont vé­cu leur re­traite dans cette de­meure, je tiens à la gar­der.

– Eh bien, mon gar­çon, dit l’hô­te­lier en le­vant son verre, je trinque à ta réus­site ! Tout de même, tu ne re­grettes pas un peu d’avoir re­fu­sé de faire des études de phar­ma­cie ? Tu avais une of­fi­cine toute prête sur la place de Cler­mont, c’est im­por­tant et lu­cra­tif sur­tout.

– Non, mon­sieur Ar­mand, je n’ai au­cun re­gret, je n’étais pas fait pour une telle car­rière, croyez­moi. Bon, à pré­sent je vais vous lais­ser pour al­ler faire le tour du pro­prié­taire, en­suite je ren­tre­rai à Pom­pa­dour, mais je vous dis à bien­tôt.

– Tu ne vas pas par­tir sans man­ger, voyons ! Mon épouse et moi dé­jeu­nons tou­jours avant le ser­vice pour nous consacrer en­suite à la clien­tèle.

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