Le grand re­tour des tri­buns Hi­dal­go en­cer­clée par des dé­pu­tés Ma­cron

La Montagne (Vichy) - - Elections Legislatives -

Loin d’une As­sem­blée uni­co­lore et terne, comme le pré­di­saient ou le re­dou­taient cer­tains, le Pa­lais-Bour­bon de­vrait être un lieu d’échanges ani­més, avec l’élec­tion de tri­buns comme Jean-Luc Mélenchon ou Ma­rine Le Pen.

Nu­mé­ri­que­ment, dans la nou­velle As­sem­blée, l’opposition se­ra d’abord in­car­née par la droite (131 sièges), mais une par­tie des élus LR et UDI en­vi­sagent de sou­te­nir au coup par coup la ma­jo­ri­té…

Les voix les plus fortes risquent donc de ve­nir plu­tôt de LFI et du FN. Or leurs chefs de file, ja­mais dé­pu­tés mais jus­qu’alors eu­ro­dé­pu­tés, sont tous deux des bret­teurs qui comptent pe­ser, Ma­rine Le Pen avec 7 autres dé­pu­tés, Jean­Luc Mélenchon avec 16, ce qui lui per­met­tra d’avoir un groupe d’em­blée et donc da­van­tage de temps de pa­role.

Le lea­der de LFI s’est po­sé, au soir du se­cond tour, en ras­sem­bleur de « ceux qui veulent en­trer dans la lutte », Ma­rine Le Pen dé­pei­gnant le FN comme « seule force de ré­sis­tance à la di­lu­tion de FRAN­ÇOIS RUF­FIN. Le do­cu­men­ta­riste au mi­lieu de ses par­ti­sans, di­manche, après sa victoire dans la Somme.

la France ».

Par­mi les voix fortes à leurs cô­tés, pour LFI, celles de Fran­çois Ruf­fin, réa­li­sa­teur du do­cu­men­taire cé­sa­ri­sé Merci pa­tron !, des porte­pa­role Alexis Cor­bière et Éric Co­que­rel ou de la fé­mi­niste Clé­men­tine Au­tain. Cô­té FN, Gil­bert Col­lard et Louis Aliot.

« Bien du plai­sir »

Le so­cia­liste Ju­lien Dray a sou­hai­té, hier, « bien du plai­sir au fu­tur pré­sident de l’As­sem­blée ». « Parce que quand vous avez

M. Ruf­fin, Mme Au­tain, M. Mélenchon, M. Co­que­rel d’un cô­té – et je ne vais pas faire d’as­si­mi­la­tion –, de l’autre cô­té une opposition em­me­née par Ma­rine Le Pen plus la droite, et que vous avez un groupe de par­le­men­taires qui ne sont pas ex­pé­ri­men­tés et qui ne sont pas for­cé­ment des “té­nors du bar­reau”, ça ne va pas être simple », a­t­il lan­cé. Com­bien de dé­pu­tés LREM « fe­ront le poids » face à cer­taines « grandes gueules » du FN et de LFI ?, s’in­ter­roge l’his­to­ rien Fran­çois Dur­paire. Évo­quant un re­tour de tri­buns « 2.0 », ce consul­tant pour plu­sieurs chaînes té­lé­vi­sées juge que le « temps mé­dia­tique » va « dé­mul­ti­plier » leur pa­role. Une élue LREM in­con­nue va ain­si « moins in­té­res­ser BFMTV que JeanLuc Mélenchon », dont l’in­ter­ven­tion se­ra vue « dix fois ».

Pour l’his­to­rien, ils se­ront donc « 300 et quelque d’un cô­té et quelques di­zaines de l’autre », mais « en puis­sance de pa­role, le dif­fé­ren­tiel nu­mé­rique se­ra peut­être com­pen­sé ».

Se­lon Luc Rou­ban, cher­cheur au CNRS (Ce­vi­pof), Jean­Luc Mélenchon et Ma­rine Le Pen veulent de­ve­nir « des porte­pa­role d’une contes­ta­tion so­ciale qui a été très forte à la pré­si­den­tielle ». « C’est le re­tour des im­pré­ca­teurs », dit­il. « Mais le pro­blème, c’est qu’ins­ti­tu­tion­nel­le­ment, ils n’au­ront pas beau­coup de pou­voir », ob­serve le cher­cheur. « Est­ce que dans l’opi­nion, leur pa­role comp­te­ra vrai­ment, ou est­ce qu’il y au­ra une forme d’apa­thie chez les classes po­pu­laires ? », s’in­ter­roge­t­il. ■ Avec une seule dé­pu­tée PS res­ca­pée à Pa­ris, la maire so­cia­liste de la ca­pi­tale Anne Hi­dal­go se re­trouve, à mi-man­dat, en­cer­clée par des dé­pu­tés Ma­cron dans la place forte de l’Hô­tel de Ville où elle va de­voir en outre « raccom­mo­der » sa ma­jo­ri­té mu­ni­ci­pale.

La ca­pi­tale, où sié­geaient jus­qu’ici 10 dé­pu­tés so­cia­listes et 2 EELV al­liés, est dé­sor­mais re­pré­sen­tée à l’As­sem­blée na­tio­nale par 13 dé­pu­tés de la Ré­pu­blique en Marche­MoDem, 3 LR et une France in­sou­mise. Du PS, il ne reste plus que la sor­tante George Pau­Lan­ge­vin, an­cienne mi­nistre des Outre­mer, Ma­cron­com­pa­tible et contre la­quelle le par­ti pré­si­den­tiel n’avait in­ves­ti au­cun can­di­dat.

Fra­gi­li­sée à l’ex­té­rieur, Anne Hi­dal­go va de­voir éga­le­ment « raccom­mo­der » sa ma­jo­ri­té qui va du PCF jus­qu’au centre­gauche, « dé­cou­sue » par les der­nières échéances élec­to­rales et des can­di­da­tures an­ta­go­nistes.

C’est à ce­la que la maire de Pa­ris va s’at­te­ler dans les se­maines qui viennent, dit­on à l’Hô­tel de Ville, pour mon­trer « qu’elle peut ras­sem­bler ».

Anne Hi­dal­go est « po­ pu­laire, ap­pré­ciée », es­time le pré­sident de l’ins­ti­tut de son­dages Odoxa Gaël Sli­man, mais elle « a fait plu­sieurs choix qui la mettent en porte­à­faux avec son élec­to­rat », es­time l’ana­lyste, et no­tam­ment son sou­tien af­fir­mé à la can­di­da­ture Ha­mon.

Des­tin com­pro­mis ?

« S’il y a un élec­to­rat Ma­cron­com­pa­tible, c’est bien l’élec­to­rat pa­ri­sien, ur­bain, édu­qué », ajoute­til, en ci­tant pour preuve les 90 % des voix ob­te­nus par Em­ma­nuel Ma­cron à Pa­ris au se­cond tour de la pré­si­den­tielle. « Il y a un mar­ché pour la gauche de la gauche, un mar­ché pour l’élec­to­rat so­cial­li­bé­ral, mais pas beau­coup d’es­pace pour la voie mé­diane », as­sure l’ana­lyste. Soit Em­ma­nuel Ma­cron dé­çoit et Hi­dal­go est « re­cré­di­bi­li­sée », soit la si­tua­tion n’évo­lue pas et il n’y a plus au­cun es­pace entre La France In­sou­mise et LREM, dit­il.

« Et là, non seule­ment il n’y a pas de place pour un des­tin na­tio­nal pour Anne Hi­dal­go, mais en plus elle peut avoir de sé­rieuses in­quié­tudes sur ses chances de ré­élec­tion à la mai­rie de Pa­ris », met­il en garde. ■

PHO­TO AFP

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