Juste der­rière la porte, l’en­fer

La Montagne (Vichy) - - Région Faits Divers - Sté­phane Bar­noin ste­phane.bar­noin@cen­tre­france.com IL­LUS­TRA­TION FRED MAR­QUET

Un Cler­mon­tois de 42 ans a été condam­né, lun­di, dans une sor­dide af­faire de vio­lences et d’ex­tor­sion. Sa vic­time a su­bi plu­sieurs se­maines de cal­vaire dans le huis clos d’un ap­par­te­ment.

Une pe­tite dame ché­tive, ac­cro­chée à sa canne, le re­gard ha­gard, s’as­soit dans la salle d’au­dience. Elle a 60 ans, mais en pa­raît dix de plus. « Quand on voit ce qu’a été votre vie, on en fi­nit par dou­ter de la pro­vi­dence », se dé­sole le pré­sident Bous­sa­roque en égre­nant la liste in­ter­mi­nable de ses mal­heurs.

Deux mois de coups et d’hu­mi­lia­tions

Jac­que­line (*) est une res­ca­pée. Dans le box, de­vant elle, se dresse le res­pon­sable de son der­nier cal­vaire. Che­veux ras, en chemise blanche. Dix­sept men­tions au ca­sier ju­di­ciaire. « Un tor­tion­naire », tranche Me Lé­che­lon, l’avo­cate de la vic­time.

Le piège s’est re­fer­mé sur Jac­que­line fin juin 2015. Alors qu’elle rend vi­site à son fils han­di­ca­pé dans un im­meuble proche de Jaude, elle croise Fa­rid Seb­

bah, qui ha­bite deux étages plus haut. L’homme lui pro­pose de mon­ter boire un ca­fé. Elle ac­cepte.

« Après, c’est le trou noir, ra­conte­t­elle. Je me suis ré­veillée le len­de­main, tou­jours chez lui, avec deux gros co­cards aux yeux ». La suite est un long cau­che­mar. Dans le huis clos de ce studio cler­mon­tois, la vic­time, à la fra­gi­li­té évi­dente, af­firme avoir été bat­tue « presque tous les jours ».

Coups de poing, de pied, de ge­nou. Plu­sieurs fois, tou­jours sans rai­son, le

qua­dra­gé­naire lui in­flige des en­tailles au cou­teau. Sur les avant­bras. Sur le front. « C’étaient des ac­ci­dents, la lame a dé­ra­pé », ba­laie le pré­ve­nu. « Tu mens ! », ré­torque Jac­que­line.

« Elle en ra­joute »

La même évoque des scènes d’hu­mi­lia­tion gla­çantes. Exemple : « Je de­vais me mettre toute nue et à quatre pattes pour lé­cher le sol et aboyer ». Jac­que­line su­bit en­fin des ex­tor­sions. Sous la me­nace, elle est contrainte de re­mettre sa carte ban­caire. 350 € se­ront no­tam­ment pré­le­vés sur ses maigres éco­no­mies.

« Elle exa­gère, elle en ra­joute, s’agace le pré­ve­nu. J’avais pas à la ta­per, c’est vrai. Mais la porte n’était pas fer­mée, elle pou­vait sor­tir si elle vou­lait ! ». Une ver­sion contre­dite par la frêle sexa­gé­naire, qui sou­tient avoir été « sé­ques­trée » jus­qu’au 16 sep­tembre 2015.

Ce jour­là, elle pro­fite d’un mo­ment d’in­at­ten­tion pour don­ner l’alerte. Au CHU, le mé­de­cin re­lève de mul­tiples hé­ma­tomes, des plaies et des frac­tures. Cer­taines ré­centes. D’autres da­tant de plu­sieurs se­maines. L’ITT est fixée à quinze jours.

Le par­quet, par la voix de Mar­lène Roch, ré­clame « la plus grande fer­me­té ». « La pa­role de la vic­time n’a ces­sé de va­rier tout au long de l’ins­truc­tion. Quel est son de­gré de cré­di­bi­li­té au­jourd’hui ? », tente de re­ca­drer Me Des­sert en dé­fense. Mais le tri­bu­nal va même au­de­là des ré­qui­si­tions : Fa­rid Seb­bah écope de six ans de pri­son, dont quatre ferme. Le tout as­sor­ti d’un main­tien en dé­ten­tion. ■

(*) Le pré­nom a été mo­di­fié.

DÉ­TRESSE. Après avoir en­fin réus­si à don­ner l’alerte, la vic­time a été trans­por­tée aux ur­gences du CHU.

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