« Nous avons chan­gé de pa­ra­digme »

Après trois an­nées « mer­veilleuses » en Au­vergne, le gé­né­ral Reul est sur le dé­part. L’oc­ca­sion de dres­ser le bi­lan de son ac­tion. Avec, for­cé­ment, une do­mi­nante : l’ir­rup­tion au quo­ti­dien de la lutte an­ti­ter­ro­riste.

La Montagne (Vichy) - - Région Actualité - Sté­phane Bar­noin ste­phane.bar­noin@cen­tre­france.com

Les 2.000 gen­darmes au­ver­gnats s’ap­prêtent à chan­ger de pa­tron. De­puis août 2014 et pour quelques se­maines en­core, le poste est te­nu par Phi­lippe Reul (*). Le gé­né­ral de­vien­dra à la ren­trée com­man­dant en se­cond de la ré­gion Bre­tagne et de la zone de dé­fense et de sé­cu­ri­té ouest. Avant de mettre le cap sur Rennes, l’heure est au bi­lan. Point par point, et sans langue de bois.

Vous êtes ar­ri­vé en Au­vergne quelques mois avant les at­ten­tats de jan­vier 2015. De­puis, plus rien n’est vrai­ment pa­reil…

Nous avons clai­re­ment chan­gé de pa­ra­digme. Jusque­là, nos mis­sions se concen­traient sur­tout sur la dé­lin­quance gé­né­rale, et no­tam­ment les at­teintes aux biens. La lutte contre la ra­di­ca­li­sa­tion et la pré­ven­tion du ter­ro­risme étaient en fond d’écran. Elles s’im­posent dé­sor­mais comme une prio­ri­té et im­pliquent au quo­ti­dien l’en­semble de nos mi­li­taires.

Com­ment cette ré­vo­lu­tion s’est-elle concré­ti­sée dans notre ré­gion ?

Deux an­tennes de ren­sei­gne­ment dé­ diées ont été créées à Ys­sin­geaux et à Thiers. Nous avons aus­si amé­lio­ré la synergie entre les ser­vices, dans le sou­ci d’as­su­rer une pro­tec­tion maxi­male aux ci­toyens. En­fin, un pre­mier Psig (pe­lo­ton de sur­veillance et d’in­ter­ven­tion) dit « Sabre » a été mis en place à Cler­montFer­rand. Cette uni­té peut in­ter­ve­nir en cas de tue­rie de masse avec des moyens hu­mains, de trans­port, d’ar­me­ment et de pro­tec­tion ren­for­cés. Deux autres Psig Sabre se­ront opé­ra­tion­nels en 2018, à Ys­sin­geaux et Mont­lu­çon.

Ces der­nières an­nées ont aus­si été mar­quées par des sup­pres­sions d’uni­tés…

Dans le cadre de l’op­ti­mi­sa­tion de notre maillage, une di­zaine d’uni­tés ont en ef­fet été dis­soutes. Ce­la a été le cas par exemple à Vi­ve­rols (Puy­de­Dôme), Val­lon­en­Sul­ly et Ar­feuilles (Al­lier), ou Champagnac­le­Vieux (Hau­teLoire). Nous nous adap­tons à l’évo­lu­tion de la dé­lin­quance et des bas­sins de po­pu­la­tion. Je pré­cise que chaque fois, les ef­fec­tifs concer­nés ont été re­dé­ployés au sein du même dé­par­te­ment.

Y au­ra-t-il d’autres fer­me­tures ?

Il y a tou­jours des ré­flexions en cours, mais les consé­quences éven­tuelles en termes de dis­so­lu­tions se­ront mi­nimes. La proxi­mi­té doit res­ter notre ADN. En même temps, la gen­dar­me­rie est en mou­ve­ment pour ré­ar­ti­cu­ler ses forces. Un exemple, par­mi d’autres : deux uni­tés du Cantal (Al­lanche et Neu­vé­glise) ex­pé­ri­mentent le dis­po­si­tif des bri­gades de contact, avec des com­pé­tences re­cen­trées sur la pré­ven­tion et la pe­tite dé­lin­quance.

Sur le plan ju­di­ciaire, que re­te­nez-vous de votre pas­sage en Au­vergne ?

Quelques jours après mon ar­ri­vée, plu­sieurs gen­darmes ont été agres­sés par un agri­cul­teur à Ma­zayes (Puyde­Dôme). Les consé­quences au­raient pu être ir­ré­mé­diables. Les mi­li­taires concer­nés ne s’en sont d’ailleurs tou­jours pas re­mis. Nous sommes des ré­gu­la­teurs so­ciaux, char­gés de faire bais­ser la pres­sion. Cet épi­sode, comme d’autres, vient rap­pe­ler que nous pou­vons être confron­tés, par­tout et n’im­porte quand, à des si­tua­tions ex­trêmes.

Pour le reste, je re­tiens la hausse des cam­brio­lages, cor­ré­lée à l’im­plan­ta­tion d’une cri­mi­na­li­té or­ga­ni­sée, no­tam­ment dans le Puy­de­Dôme. Des res­sor­tis­sants des pays de l’Est mettent en place des ré­seaux pour les vols, mais aus­si pour la vente d’armes et des stu­pé­fiants. Je dois dire que j’ai en­fin été frap­pé, ici, par la vi­ru­lence de la com­mu­nau­té des gens du voyage. C’est un phé­no­mène que je n’avais pas ob­ser­vé à ce point ailleurs.

(*) Son suc­ces­seur se­ra le co­lo­nel Phi­lippe Ott, at­ta­ché de sé­cu­ri­té in­té­rieure à l’am­bas­sade de France à Tu­nis.

PHOTO HER­VÉ CHELLÉ

CAP A L’OUEST. Le gé­né­ral Reul s’ap­prête à re­trou­ver Rennes, la ville de sa pre­mière af­fec­ta­tion. « C’était en 1986, à l’es­ca­dron de gen­dar­me­rie mo­bile », se sou­vient-il.

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