L’avenir à 27 plus que le Brexit Conjonc­tion as­trale

La Montagne (Vichy) - - France & Monde Actualités - Alexandre Morel

Les di­ri­geants de l’UE, réunis hier pour un som­met à Bruxelles, veulent se « concen­trer sur l’avenir » à 27, même s’ils ne pour­ront évi­ter de par­ler Brexit.

«Par­ler de l’avenir de notre Eu­rope et por­ter le pro­jet d’une Eu­rope qui pro­tège » : le nou­veau pré­sident fran­çais Emmanuel Ma­cron, pour son pre­mier som­met eu­ro­péen, s’est fait le héraut, hier, d’une cer­taine confiance, certes pru­dente, que l’UE a ré­cem­ment re­trou­vée.

De fait, l’at­mo­sphère a bien chan­gé de­puis le choc pro­vo­qué par le vote, il y a un an, en fa­veur du dé­part du Royaume­Uni de l’UE.

« Pour moi, fa­çon­ner l’avenir à 27 membres est prio­ri­taire par rap­port à la ques­tion des né­go­cia­tions avec la Grande­Bre­tagne sur sa sor­tie », a af­fir­mé la chan­ce­lière al­le­mande An­ge­la Merkel qui veut se « concen­trer sur l’avenir ».

« Il doit être clair que le som­met eu­ro­péen n’est pas un fo­rum pour les né­go­cia­tions du Brexit », a in­sis­té le pré­sident du Conseil Do­nald Tusk lors d’un court point presse, NÉ­GO­CIA­TIONS.

« Rê­veur »

The­re­sa May ar­rive à Bruxelles en po­si­tion de fai­blesse.

avant même que The­re­sa May ne prenne la pa­role au dî­ner.

Les 27 pren­dront donc « des notes » lors de l’in­ter­ven­tion de la di­ri­geante bri­tan­nique qui sus­cite tou­te­fois un grand in­té­rêt. Celle­ci don­ne­ra pour la pre­mière fois des pré­ci­sions sur l’une des prio­ri­tés des trac­ta­tions : le sort des ci­toyens de l’UE vi­vant

au Royaume­Uni (et ré­ci­pro­que­ment des ex­pa­triés bri­tan­niques), et com­ment Londres pré­voit « d’as­su­rer » que leurs droits « soient pro­té­gés ».

Mais la Pre­mière mi­nistre bri­tan­nique est fra­gi­li­sée. Son par­ti conser­va­teur vient de perdre sa ma­jo­ri­té ab­so­lue au Par­le­ment lors des der­nières élec­tions, que The­re­sa May avait pour­tant convo­quées dans l’es­poir de

ren­for­cer sa po­si­tion pour né­go­cier les condi­tions du re­trait bri­tan­nique de l’UE.

Non sans ma­lice, Do­nald Tusk a même évo­qué l’hy­po­thèse se­lon la­quelle le Royaume­Uni res­te­rait, au bout du compte, dans l’UE. « Vous pou­vez dire que je suis un rê­veur, mais je ne suis pas le seul », a­til confes­sé, en ci­tant les pa­roles du my­thique Ima­gine de John Len­non.

Un échange sui­vra en fin de soi­rée, à 27, sur la re­lo­ca­li­sa­tion de deux agences eu­ro­péennes ba­sées à Londres (l’Au­to­ri­té ban­caire et l’Agence des mé­di­ca­ments), qui vont de­voir quit­ter le ter­ri­toire bri­tan­nique. Dé­bat moins ano­din qu’il n’y pa­raît.

Convic­tion

« J’es­père qu’on n’au­ra pas une ba­taille de chif­fo­niers », a ob­ser­vé le Pre­mier mi­nistre belge Charles Mi­chel, pour cette pre­mière vraie dis­cus­sion por­tant sur un dos­sier post­Brexit.

Do­nald Tusk a tou­te­fois confié n’avoir « ja­mais eu la convic­tion aus­si forte que les choses prennent une meilleure di­rec­tion ».

Crois­sance éco­no­mique dans tous les États membres, re­cul du chô­mage, ac­cord sur la dette grecque, dé­faites élec­to­rales des eu­ro­phobes, ont quelque peu re­quin­qué une Eu­rope mo­rose, en crise exis­ten­tielle. ■

➔ En­tente fran­co-al­le­mande. La France pré­pare « une nou­velle feuille de route » avec l’Al­le­magne « sur les chan­ge­ments in­dis­pen­sables de l’UE et de la zone euro », qui com­pren­dra « des conclu­sions concrètes », a confir­mé Emmanuel Ma­cron hier lors du som­met. Comme l’éco­no­mie, la po­li­tique est d’abord une ques­tion de confiance. Pour preuve, l’élec­tion d’Emmanuel Ma­cron a com­plè­te­ment mo­di­fié la donne en Eu­rope où, il y a deux mois en­core, on ne don­nait pas cher du pro­jet com­mu­nau­taire. Au­réo­lé du pres­tige de l’homme ayant sau­vé l’UE du Front na­tio­nal, le pré­sident fran­çais dis­pose de sur­croît d’une ma­jo­ri­té lui don­nant les moyens de rem­plir sa part du contrat – les ré­formes – vis-à-vis de l’Al­le­magne. Cette der­nière est d’au­tant mieux dis­po­sée à venir à la ren­contre de Pa­ris que les pre­miers mois de Do­nald Trump à la Mai­son Blanche ont fait com­prendre aux Eu­ro­péens la né­ces­si­té de prendre leur des­tin en main. Pour cou­ron­ner le tout, mé­fiants à l’en­droit des vel­léi­tés d’Emmanuel Ma­cron de pro­mou­voir « une Eu­rope qui pro­tège », les pays de l’Est, en re­vanche, voient d’un bon oeil le re­tour dans le concert eu­ro­péen d’une France forte, de na­ture à contre­ba­lan­cer l’hé­gé­mo­nie al­le­mande.

PHOTO AFP

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