Ré­vé­la­tion d’une jeune femme

Dans Un ma­riage en eaux troubles (Presses de la Ci­té), Syl­vie Anne mêle l’in­time au so­cial pour nar­rer l’éman­ci­pa­tion d’une jeune femme bien trop sage.

La Montagne (Vichy) - - Actualité - Blan­dine Hu­tin-Mercier blan­dine.hu­tin@cen­tre­france.com © STÉ­PHANE OLIVIER

Cor­ré­zienne par sa mère, Syl­vie Anne a, dans de nom­breux ro­mans dé­jà, ex­plo­ré les res­sources nar­ra­tives de ce dé­par­te­ment – Ciel d’orage sur Don­ze­nac, L’Or­phe­line de Meys­sac, L’Étran­ger de Saint­Cer­nin , La Vie d’Agnès…

Cette fois en­core, c’est dans le pays de Brive, aux en­vi­rons d’Allassac, qu’elle si­tue son ré­cit, Un ma­riage en eaux troubles (Presses de la Ci­té, col­lec­tion Terres de France). Un ré­cit comme elle aime à les construire, qui mêle éco­no­mie et sen­ti­ments, couples et fa­milles, tra­vail et amour, pas­sé et présent.

Le pas­sé, c’est ce­lui de Paul Ber­sac, jeune homme in­sou­ciant et sé­duc­teur, que la pa­ter­ni­té a fait fuir des bras de la belle Flo­ra. Mais peut­on être père en toute im­pu­ni­té ? Le présent sans doute ne lui lais­se­ra pas cette op­por­tu­ni­té.

Le pas­sé, c’est aus­si ce­lui du père de Paul Ber­sac, ex­ploi­tant la­bo­rieux d’une ar­doi­sière qui a oc­cu­pé toute sa vie, jus­qu’à sa mort… Son fils, prompt à li­qui­der son hé­ri­tage et SYL­VIE ANNE. Cor­rèze. Une his­toire in­time ni­chée au coeur de la

toutes ses res­pon­sa­bi­li­tés, aban­donne l’ar­doise pour l’eau ; il se rend ac­qué­reur d’une usine d’em­bou­teillage, sans en avoir ni le dé­sir pro­fond, ni les com­pé­tences.

Son che­min d’en­trepre­ neur est pa­vé d’em­bûches : sa mère se mêle de tout, son as­so­cié le quitte, la passion du pa­ri hip­pique le gagne, sa maî­tresse re­ve­nue du pas­sé le har­cèle et l’at­tire inexo­ra­ble­ment, un concur­rent en­vi­ sage d’ex­ploi­ter une nou­velle source, et son épouse…

Éman­ci­pa­tion

Ah, cette épouse ! Une jeune fille fade et do­cile, ma­riée par in­té­rêt dans un ar­ran­ge­ment entre pa­rents consen­tants. Une jeune femme qui, du jour de ses 22 ans, dé­cide, d’un ga­lop sur le pur­sang qu’elle a re­çu en ca­deau de son père, que sa sou­mis­sion a as­sez du­ré. Un per­son­nage d’éman­ci­pa­tion et de li­ber­té, qui ap­porte une touche de vie dans l’uni­vers em­pe­sé et men­son­ger de la Châ­te­line.

D’une plume plus alerte qu’au dé­but de l’his­toire, Syl­vie Anne nous conduit à suivre cette li­bé­ra­tion du corps et de l’es­prit, cette avan­cée in­time et so­ciale, qui marque la vie des oc­cu­pants de Bus­sière. Sans doute y a­t­il une note de fé­mi­nisme dans ce ro­man. Sans doute aus­si le dé­sir de construire une his­toire au hap­py end consom­mé. Car la jeune femme se ré­vèle aus­si dure en af­faires que tendre en amour, et son bon­heur vien­dra d’une tendre ré­con­ci­lia­tion de toutes ses as­pi­ra­tions. Au terme d’un temps en sus­pens, elle re­prend la barre de sa vie, comme une conqué­rante qu’elle a ap­pris à être.

Et au lec­teur, ce­la fait chaud au coeur. ■

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