Après leur man­dat à l’As­sem­blée, que font­ils ? Plus dure est la chute

La Montagne (Vichy) - - France & Monde Actualités - Alexandre Mo­rel

Bon gré mal gré, les quelque 200 dé­pu­tés sor­tants bat­tus aux lé­gis­la­tives re­prennent le che­min qui de la fonc­tion pu­blique, qui de la re­cherche d’un poste dans le pri­vé, une re­con­ver­sion pas tou­jours évi­dente.

Ils sont ve­nus cette se­maine vi­der leur bu­reau, ré­cu­pé­rer des sou­ve­nirs comme leur boî­tier de vote, voire cher­cher du ré­con­fort. « Avec les col­lègues, on s’est ser­rés dans les bras, on avait les larmes aux yeux », confie une ex­par­le­men­taire de gauche dé­faite par la vague En Marche, qui es­saie de « com­prendre et di­gé­rer ».

Les an­ciens dé­pu­tés gardent un droit d’ac­cès à l’As­sem­blée. Mais une page se tourne dou­ce­ment : il faut aus­si bou­cler les comptes de cam­pagne, rendre la per­ma­nence en cir­cons­crip­tion, li­cen­cier ses col­la­bo­ra­teurs – « on se sent res­pon­sables, c’est dif­fi­cile ».

Après cinq, dix ans, voire da­van­tage « sans wee­kend et avec peu de va­cances », se­lon un an­cien bien in­ves­ti, le temps est ve­nu pour cer­tains d’une pause. « Je vais prendre un peu de re­pos, m’oc­cu­per AVEC LE SOU­RIRE. Jean-Jacques Ur­voas fait par­tie des dé­pu­tés qui ont ra­pi­de­ment re­trou­vé un poste.

de ma fa­mille et ré­flé­chir à mon pro­jet pro­fes­sion­nel », in­dique Chay­nesse Khi­rou­ni (PS), mère de trois en­fants de 49 ans, is­sue du mi­lieu as­so­cia­tif et qui pro­met dans son mes­sage d’au re­voir de res­ter « une mi­li­tante en­ga­gée ».

D’autres ont des man­dats lo­caux leur per­met­tant le cas échéant de re­bon­dir, tel Ni­co­las San­su (Front de gauche), maire de Vier­zon, fonc­tion qu’il au­rait dû quit­ter s’il avait été ré­élu au Pa­lais Bour­bon. Idem pour Ca­the­rine Vau­trin (LR), pré­si­dente

du Grand Reims : « de nom­breux pro­jets, des ac­tions con­crètes » en pers­pec­tive.

Mais un grand nombre, pris dans le tour­billon de la cam­pagne, n’ont pas pré­vu de « plan B », se­lon l’ex­pres­sion de Na­tha­lie Kos­cius­ko­Mo­ri­zet (LR), bat­tue mais res­tant chef de l’op­po­si­tion à Pa­ris.

Re­traite, case dé­part ou…

« On a eu le sen­ti­ment d’être utile, on ne fait pas n’im­porte quoi der­rière : il faut re­trou­ver du sens », ex­plique un ex de droite de la même gé­né­ra­tion.

La moyenne d’âge des sor­tants, près de 60 ans, cache de fortes dis­pa­ri­tés. Cer­tains peuvent faire va­loir leurs droits à la re­traite – re­traite ac­tive pour l’éco­lo­giste Bri­gitte Al­lain, qui va ou­vrir des chambres d’hôtes sur son an­cienne ex­ploi­ta­tion agri­cole en Dor­dogne. D’autres ont en­core des an­nées de tra­vail de­vant eux.

La si­tua­tion est plus simple pour les fonc­tion­naires, qui re­trouvent im­mé­dia­te­ment leur em­ploi. C’est le cas de Jean­Jacques Ur­voas, ex­garde des Sceaux, qui fait un « re­tour au port » après la « tem­pête » comme pro­fes­seur à l’uni­ver­si­té de Bre­tagne, comme il l’a twee­té, pho­to d’am­phi vide à l’ap­pui.

La re­prise d’ac­ti­vi­té pour les pro­fes­sions li­bé­rales et les chefs d’en­tre­prise est par­fois dif­fi­cile. Do­mi­nique Or­liac (PRG), qui pra­ti­quait en­core à temps par­tiel, va de nou­veau exer­cer plei­ne­ment comme oph­tal­mo­logue. Et Yann Ga­lut (PS) va « re­prendre la robe » d’avo­cat, sans « ar­rê­ter la po­li­tique » to­ta­le­ment alors que « tout est à re­bâ­tir ». Mais pour Lio­nel Tar­dy (LR), qui a re­ven­du son en­tre­prise in­for­ma­tique voi­là plus d’un an no­tam­ment parce qu’il n’avait « plus le temps de s’en oc­cu­per », l’heure est aux in­ter­ro­ga­tions.

« Plus de man­dat, plus de bou­lot »

À 56 ans, Ca­the­rine Le­mor­ton, ex­pré­si­dente de la com­mis­sion des Af­faires so­ciales qui avait cé­dé sa phar­ma­cie pour rompre tout « lien d’in­té­rêts », n’a « plus de man­dat, plus de bou­lot ». Elle mise sur ses « com­pé­tences lé­gis­la­tives » et sa « connais­sance des au­to­ri­tés sa­ni­taires » pour « ser­vir la Ré­pu­blique, au­tre­ment ». Les an­ciens sa­la­riés du pri­vé bé­né­fi­cient, eux, sous condi­tions, d’une ga­ran­tie de ré­in­té­gra­tion pro­fes­sion­nelle.

Tous ceux en quête d’un em­ploi peuvent ce­pen­dant tou­cher une al­lo­ca­tion­chô­mage dé­gres­sive pen­dant trois ans maxi­mum, fi­nan­cée par les co­ti­sa­tions des dé­pu­tés eux­mêmes. Le 1er se­mestre, la to­ta­li­té de l’in­dem­ni­té par­le­men­taire (5.599,80 € brut) leur est ga­ran­tie. ■ Faire par­tie de la re­pré­sen­ta­tion na­tio­nale ne consti­tue pas vrai­ment une si­né­cure. Ce­la de­mande un in­ves­tis­se­ment per­son­nel de tous les ins­tants. Et com­porte des risques, comme les cen­taines de dé­pu­tés éjec­tés par la vague ma­cro­niste sont en train d’en faire l’amère ex­pé­rience. La vie est in­juste. La vie po­li­tique en­core plus. Ain­si nombre d’an­ciens élus vivent-ils dou­lou­reu­se­ment le fait d’avoir été bat­tus par moins com­pé­tents qu’eux, la seule pho­to d’Em­ma­nuel Ma­cron sur une af­fiche ayant sou­vent per­mis d’élire d’illustres in­con­nus. Plus dou­lou­reux en­core : la ques­tion du re­clas­se­ment. Si les fonc­tion­naires sont as­su­rés de ré­in­té­grer leur corps d’ori­gine, plus dure est la chute pour les bat­tus is­sus du pri­vé. Un Fonds d’as­su­rance mu­tuelle gé­ré par la Caisse des dé­pôts leur per­met certes de voir ve­nir. Mais sans ga­ran­tie sur l’is­sue de leurs re­cherches. Être élu consti­tue moins un pri­vi­lège qu’un sa­cri­fice. Au­tant le sa­voir.

PHO­TO AFP

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