Le pi­ment de la trans­pa­rence

NIÈVRE ■ Le Parc Saint­Lé­ger de Pougues­les­Eaux pré­sente du 23 juin au 27 août une ex­po­si­tion col­lec­tive « Pay­sage an­thro­pique ». VIL­LA MÉDICIS ■ L’Aca­dé­mie de France à Rome pré­sente jus­qu’au 2 juillet une ex­po de Yo­ko Ono et Claire Ta­bou­ret. Claire Ta­bo

La Montagne (Vichy) - - Magazine - Pomme La­brousse pomme.la­brousse@cen­tre­france.com ➔ Le fes­ti­val. Une cin­quan­taine de peintres ex­posent 13 au 25 juillet dans une di­zaine de lieux. En­trée gra­tuite. Dé­mons­tra­tions, noc­turnes, stages, confé­rences, per­for­mances... Tout le pro­gramme : bien­nal

Un flo­ri­lège d’aqua­rel­listes ve­nus du monde en­tier ex­pose en Haute-Loire, du 13 au 25 juillet, pour la bien­nale de Brioude. Es­ca­pade idéale pour dé­cou­vrir des oeuvres à mille lieues de la miè­vre­rie des gé­ra­niums de belle-ma­man.

Ils en parlent avec gour­man­dise. Comme un très bon vin, un mets fin, une aqua­relle, ce­la se goûte. Mi­chel Lé­ger et Jean­Fran­çois Con­tre­mou­lin en ap­pré­cient l’al­lure, puis la com­po­si­tion. Et, sur­tout, l’au­dace. Car c’est la miè­vre­rie des aqua­relles réa­li­sées par les bour­geoises fran­çaises des deux siècles pas­sés qui ont condam­né cette tech­nique dans l’es­prit des ama­teurs de belles choses.

Sans son Tur­ner, grâce à qui « les An­glais ont don­né ses lettres de no­blesse à l’aqua­relle », la France a été ré­duite à con­

tem­pler les gé­ra­niums de la belle­mère, jus­qu’à l’écoeu­re­ment.

C’est une belle re­vanche, donc, que le fes­ti­val d’aqua­relle créé en 2003 par le peintre bri­va­dois Mi­chel Lé­ger soit de­ve­nu, en quinze ans, un ren­dez­vous qui draine plus de dix mille vi­si­teurs, un mois de juillet sur deux, dans les rues du centre an­cien de Brioude (Hau­

te­Loire). Le pu­blic ne se lasse pas de la di­ver­si­té de ses pro­po­si­tions. « Le fes­ti­val ne se­ra ja­mais autre chose qu’une mo­saïque d’ex­po­si­tions in­di­vi­duelles : il y a un éclec­tisme re­ven­di­qué dans la sé­lec­tion », as­sène son pré­sident fon­da­teur, qui, en quinze ans, n’a rien per­du de son en­thou­siasme, de son ap­pé­tit. « Cette an­née, il y a beau­ coup de nou­veaux que je ne connais pas, re­con­naît Mi­chel Lé­ger. Mais je me ré­jouis de voir que les Po­lo­nais Kris­tof Lud­win et Rys­zard Ro­ga­la re­viennent, ac­com­pa­gnés de trois autres com­pa­triotes. Ces gars­là, c’est pas des man­chots ! »

Ses pre­mières ten­ta­tives à l’aqua­relle, Jean­Fran­çois Con­tre­mou­lin les a faites il y a des di­zaines d’an­nées dans les gorges du Tarn. Et la boîte de cou­leurs a bien failli « pas­ser de l’autre cô­té de la ri­vière ». De rage. Peintre re­con­nu, Nor­mand en­ra­ci­né à Brioude par la grâce de la bien­nale, ses huiles doivent beau­coup à cette tech­nique si sin­gu­lière où l’eau et le pa­pier règnent en maîtres. « Je suis un au­to­di­dacte com­plet. Je ba­lance de l’eau en pa­gaille, puis de la cou­leur en pa­gaille et je pro­fite de ce que l’eau et le pa­pier me donnent. Il y a une vi­bra­tion per­ma­nente de la cou­leur dans l’eau. » Cette an­née, to­ta­le­ment pris par un pro­jet sur l’huile, il n’ex­pose que dans le off. « Je ne me suis pas pré­oc­cu­pé de sa­voir qui vient. Ce se­ra le jeu de la sur­prise. Je sais qu’il y au­ra tou­jours quelque chose qui va me sa­tis­faire, peut­être des choses qui vont me ré­vol­ter… Ce qui est in­té­res­sant, c’est le cu­lot ! »

Comme lorsque l’on rem­plit son verre, ou son as­siette, avec l’aqua­relle, « il faut sa­voir s’ar­rê­ter, il faut sa­voir gar­der les blancs ». C’est dans cette pra­tique sur le fil du ra­soir que Mi­chel Lé­ger trouve l’ex­pli­ca­tion de cette fa­meuse miè­vre­rie. « Ce qui ex­plique, par­fois, les cou­leurs claires, cette peur du sombre, c’est ce qui fait à la fois le charme et la grande dif­fi­cul­té de l’aqua­relle : sa trans­pa­rence. » Point de place pour les couards à Brioude : « Il n’y en a pas un seul qui fait du mièvre, ga­ran­tit Mli­chel Lé­ger. On trouve des teintes très vives, par­fois très sombres, mais la trans­pa­rence est là. » Et elle ne manque pas de pi­ment. ■

« Ce qui est in­té­res­sant, c’est le cu­lot »

CA­MILLE MAZOYER

PEINTRES. Les ar­tistes qui ex­posent à Brioude com­posent, cha­cun à leur ma­nière, avec l’eau, le pa­pier et la vi­bra­tion de la cou­leur.

Newspapers in French

Newspapers from France

© PressReader. All rights reserved.