LIBRES PRO­POS

La Montagne (Vichy) - - La Montagne -

For­cé­ment ça ba­laie tout.

Re­lé­guées les nou­velles po­li­tiques, les consi­dé­ra­tions élec­to­rales et les don­nées éco­no­miques. C’est l’été, il fait chaud. Très ou trop. C’est nor­mal dit­on pour ras­su­rer. Entre les im­menses feux de fo­rêts au Por­tu­gal, les sé­che­resses meur­trières en Afrique et les pics du ther­mo­mètre ici, la nor­ma­li­té n’est pas cer­taine. L’his­toire mé­téo­ro­lo­gique rap­porte certes des évé­ne­ments sem­blables mais ob­jec­ti­ve­ment moins ré­pé­tés, moins rap­pro­chés.

Les sa­vants rap­pellent que des ca­ni­cules pré­cé­dentes ont exis­té, qu’elles ont tué en France en 1911 40.000 per­sonnes (sur­tout des en­fants), qu’en 2003 en Eu­rope 70.000 per­sonnes en ont été vic­times (dont 15.000 en France), qu’à Mos­cou en 2010 10.000 morts de cha­leur furent comp­tés. À l’ho­ri­zon 2100, jus­qu’à 75 % des ha­bi­tants de la pla­nète se­ront me­na­cés ain­si par des hausses de tem­pé­ra­tures. Dé­jà cette se­maine on a re­cen­sé plus de 53 de­grés au Pa­kis­tan. Évi­dem­ment, les ré­gions de l’hé­mi­sphère sud sont plus en danger, ré­gions dé­fa­vo­ri­sées et sur­peu­plées. Dé­ci­dé­ment cher mon­sieur Az­na­vour vous n’avez pas rai­son : la mi­sère n’est pas moins pé­nible au so­leil. Au contraire.

Chez nous, ville ou cam­pagne, dans un pre­mier temps on s’ef­feuille. Un lent (ça donne chaud) strip­tease, désha­billage gé­né­ral qui signe la dé­faite du vê­te­ment et la vic­toire des lin­ge­ries lé­gères, des pieds nus et des cha­peaux de paille… d’abord c’est jo­li et tel­le­ment lié aux va­cances ! Puis la grande suée com­mence. La trans­pi­ra­tion des corps dans les trans­ports en com­mun, la las­si­tude des pas sur les chaus­sées presque brû­lantes. À plus de 40 de­grés le corps chauffe.

Il est bien plus fa­cile de se pro­té­ger du froid en s’em­mi­tou­flant sous des couches de laine ou de tis­sus po­laire que d’af­fron­ter le feu des grandes tem­pé­ra­tures ac­tuelles. Le corps hu­main dans sa nu­di­té n’a plus de dé­fense. Et dans les zones ur­baines l’étouf­fe­ment res­sen­ti ne peut guère être seule­ment com­bat­tu par quelques verres d’eau. Les li­mo­na­diers, les ins­tal­la­teurs de cli­ma­ti­sa­tion ou les construc­teurs de mai­sons in­no­vantes en iso­le­ment sont bien les seuls ga­gnants.

Ce n’est pas du ca­tas­tro­phisme, dé­so­lé pour le lec­teur af­fo­lé, mais il y a bel et bien des rai­sons scien­ti­fiques à ces mon­tées de plus en plus ré­gu­lières des in­ten­si­tés de cha­leur. Et si les ré­duc­tions de gaz à ef­fet de serre ne sont pas plus im­por­tantes dans les dé­cen­nies im­mé­diates, trois ter­riens sur quatre sont en danger dans un ave­nir proche, c’est ce que vient de pu­blier la Re­vue in­ter­na­tio­nale Na­ture Cli­mate Change. Trump et consorts scep­tiques n’y sont pas abon­nés. ■

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