Le troi­sième plus gros orage de l’his­toire

La Montagne (Vichy) - - Dossier Le Ciel S'est Abattu Sur La Haute-loire - Ju­lien Bon­ne­foy ju­lien.bon­ne­foy@cen­tre­france.com

Un nuage de 12 à 13 ki­lo­mètres de hau­teur s’éti­rant de la Haute-Loire à la fron­tière au­tri­chienne. Un mas­to­donte qui se pro­dui­rait tous les siècles. Du ja­mais vu en Haute-Loire, ni en Au­vergne et Rhône-Alpes.

Dans la soi­rée du mar­di 13 juin, un orage phé­no­mé­nal s’est abat­tu sur le sud de la Haute­Loire cau­sant des dé­gâts consi­dé­rables, no­tam­ment dans la ré­gion de Cos­ta­ros et Lan­dos. Se­lon Pierre­Em­ma­nuel Gal­le­rand, chef pré­vi­sion­niste Météo France au centre in­ter­ré­gio­nal de Bron, ce phé­no­mène – pho­to­gra­phié (voir ci­des­sus) par Be­noît Co­lomb, un chas­seur d’orages ori­gi­naire de la Lo­zère – l’évé­ne­ment a été tout a fait ex­cep­tion­nel. ■ Vous avez été pris de court par le phé­no­mène ? On a été pris de court, en toute hu­mi­li­té, même avec les moyens tech­niques dont on dis­pose au­jourd’hui qui per­mettent d’ap­pré­hen­der les phé­no­mènes. Ces ou­tils ne nous ont pas per­mis d’an­ti­ci­per. ■ Pour­quoi ? On a eu af­faire à un orage vi­suel­le­ment im­mense mais le coeur du phé­no­mène qui a en­gen­dré ces dé­gâts im­pres­sion­nants était d’échelle ré­duite.

■ Im­mense ce­la veut dire quoi ? Le nuage était d’une échelle re­mar­quable, il gé­né­rait un pa­nache qui s’éten­dait au­de­là de la fron­tière au­tri­chienne, ce­la re­cou­vrait plu­sieurs ré­gions ad­mi­nis­tra­tives, une lon­gueur de plus de 500 km pour une lar­geur de 200 à 300 ki­lo­mètres sur 12 à 13 km de hau­teur. ■ Et l’épi­centre des in­tem­pé­ries était en Haute-Loire… Exac­te­ment, il se si­tuait en Haute­Loire sur une bande qui fai­sait ap­proxi­ma­ti­ve­ment 40 km de long pour 12 à 13 km de large : une zone qui se si­tuait sur la ligne de par­tage des eaux, sur la tête de bas­sin de la Loire, à sa source. Pré­ci­sé­ment, ce­la va de Saint­Haon/Le Bou­chetSaint­Ni­co­las jus­qu’au Mo­nas­tier­sur­Ga­zeille/Sa­lette­La­farre et la li­mite avec l’Ar­dèche avec, au centre de ce tri­angle, Lan­dos et Cos­ta­ros. ■ Ce nuage, d’après les chas­seurs d’orages se se­rait for­mé aux Es­tables, vous confir­mez ? Oui, il y avait aus­si des cel­lules (des nuages, NDLR) au su­douest de Lan­dos, c’est ce que l’on voit sur les ima­

ges ra­dars. L’orage prend sa source tou­jours au même en­droit en lien avec les vents de sur­face et d’al­ti­tude. En fait on a une dis­so­cia­tion entre ce qui va ali­men­ter l’orage, le vent au sol qui va ap­por­ter l’air chaud et hu­mide, et le vent en al­ti­tude qui va faire se dé­pla­cer l’orage, ap­proxi­ma­ti­ve­ment à 3.000 mètres d’al­ti­tude. Cette dis­so­cia­tion entre un vent de sud, voire su­dest en basse couche et un vent d’ouest à 3.000 mètres, va faire que l’orage se nour­rit du vent de sud. La

masse d’air froid qui est gé­né­rée dans les pré­ci­pi­ta­tions de pluie ou de grêle ne va pas tom­ber au même en­droit que l’orage, s’ali­mente mais plus loin car les pré­ci­pi­ta­tions sont em­por­tées par le vent d’al­ti­tude. C’est là que l’on peut par­ler d’une as­pi­ra­tion par le bas (d’autres nuages, NDLR). ■ Com­ment ex­pli­quer, le mar­di 13 juin, la for­ma­tion de ce mé­ga nuage ? Il y a des in­gré­dients. Le plus im­por­tant c’est la masse d’air qui était par­ti­cu­liè­re­ment chaude et quand elle est très chaude, elle est ca­pable de conte­nir beau­coup d’eau sous forme de va­peur. C’est une masse d’air qui pré­sen­tait qua­si­ment des ca­rac­té­ris­tiques tro­pi­cales, très chaude. Pas tro­pi­cale dans le sens

de l’hu­mi­di­té quand vous sor­tez de l’avion sous les tro­piques mais sa tem­pé­ra­ture était très éle­vée. Et même avec une hu­mi­di­té re­la­tive faible, on avait un gros ré­ser­voir d’eau sous forme de va­peur. C’est le pre­mier in­gré­dient.

Le se­cond est dé­ter­mi­nant : ce­la a été l’or­ga­ni­sa­tion des vents avec une conver­gence de vents sud­sud­est sur l’Ar­dèche qui re­mon­taient sur les ver­sants sur­chauf­fés des Cé­vennes, et à peu près la même chose de­puis la Lo­zère. Quand des vents se ren­contrent, ce­la bou­chonne, ils sont for­cés de s’éle­ver et ce­la crée une cel­lule ora­geuse. La ca­rac­té­ris­tique de cette cel­lule en Haute­Loire, c’est qu’avec la di­rec­tion dif­fé­rente du vent en al­ti­tude, le nuage avait la ca­pa­ci­té de se ré­gé­né­rer sur place. ■ Ce­la ex­plique la fixa­tion de l’orage sur le sud de la Haute-Loire ? Oui tout à fait. Il y a eu de fortes ra­fales ob­ser­vées sur la sta­tion de Lan­dos, à plus de 90 km/h et c’est ce vent d’orage frais et hu­mide qui est à l’ori­gine nor­ma­le­ment de la désa­gré­ga­tion de l’orage. Sauf quand les pré­ci­pi­ta­tions et ce vent froid et hu­mide se pro­duisent à un en­droit dif­fé­rent de l’en­droit d’où l’orage tire son éner­gie, c’est­à­dire cette conver­gence de vents chauds. ■ En quoi était-il com­pa­rable à un orage tro­pi­cal ? Ce sont les in­ten­si­tés dans un court laps de temps en termes de plu­vio­mé­trie. En deux heures, l’ac­cu­mu­la­tion d’eau s’élève à 193 mm ce qui porte cet orage comme le troi­sième ob­ser­vé en France de ce type en France mé­tro­po­li­taine (lire en­ca­dré). En moyenne, c’est un phé­no­mène qui se pro­duit tous les cent ans. ■ En quoi consiste le re­tour d’ex­pé­rience que vous êtes en train de me­ner sur cet orage dé­vas­ta­teur ? On es­saye de dé­ter­mi­ner, mal­gré la dé­faillance de nos ou­tils, s’il était pos­sible de lan­cer l’alerte orange plus tôt. Les conclu­sions ré­vèlent qu’avec les moyens dont on dis­po­sait il était dif­fi­cile de pas­ser plus tôt en vi­gi­lance orange car le phé­no­mène était très bru­tal. On au­rait pu ga­gner une de­mi­heure ou une heure. En­suite, à plus long terme, on cherche à avoir un re­tour sur les ou­tils qui ne nous ont pas per­mis d’ap­pré­hen­der ce phé­no­mène : est­il pos­sible de si­mu­ler le com­por­te­ment ex­plo­sif de ce phé­no­mène en mo­di­fiant nos pro­grammes ? ■

Un nuage de plus de 500 km de lon­gueur 300 km de large

PHO­TO BE­NOÎT COLOM, LO­ZÈRE SAU­VAGE.

191 MM D’EAU EN DEUX HEURES ! Sur cette pho­to prise à une di­zaine de ki­lo­mètres de Cos­ta­ros, on voit bien la lame d’eau qui s’abat sur le sec­teur.

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