11 épi­sode

La Montagne (Vichy) - - Annonces Classées -

Pour leur part, ils se par­ta­geaient, avec l’aide de Joël et de Constant, le se­cond pa­le­fre­nier, la charge d’une ving­taine de che­vaux dont six ca­mar­guais. Quant au jeune ap­pren­ti, on l’em­ployait ici ou là, se­lon les be­soins. Lu­kas et son gendre ju­geaient, avec juste rai­son, que le jeune homme de­vait ap­prendre à maî­tri­ser les dif­fé­rents as­pects du mé­tier ; aus­si ne se conten­tait-on pas de lui faire chan­ger les li­tières et autres tâches in­grates. Il tou­chait un peu à tout, seule ma­nière aux yeux de ses pa­trons de de­ve­nir un bon éle­veur.

Pous­sés par une cu­rio­si­té as­sez com­pré­hen­sible – les évé­ne­ments étaient rares dans cette ré­gion à l’écart des villes –, bon nombre d’ha­bi­tants du bourg avaient af­flué vers les écu­ries des Bruyères le jour où quatre énormes ca­mions avaient ame­né les che­vaux. À dis­tance rai­son­nable, on les re­gar­dait des­cendre le plan in­cli­né, gui­dés et en­cou­ra­gés de la voix par les pa­trons et leur per­son­nel. Ce nou­vel en­vi­ron­ne­ment stres­sait quelque peu les bêtes, fa­ci­le­ment in­quiètes face à l’in­con­nu.

Après avoir été nour­ris et abreu­vés car leur voyage avait été long de­puis le lieu d’achat, dans le dé­par­te­ment de la Nièvre, cha­cun avait pu se fa­mi­lia­ri­ser avec son box. Vo­lon­tai­re­ment nom­més plu­sieurs fois par leur nom, les che­vaux ap­pre­naient dé­jà à re­con­naître la voix des soi­gneurs. Par­mi eux, on trou­vait Azur, Baï­kal, Ban­jo, Bel­la, Cas­tor, Dai­sy, El­lé­bore, Hé­lios, Hya­cinthe et tous les autres, hongres et ju­ments, jeunes che­vaux de selle d’en­vi­ron trois ou quatre ans dont au­cun n’avait en­core ja­mais por­té de ca­va­lier. Ils étaient jus­te­ment là pour le dres­sage ; après seule­ment on pour­rait les re­vendre à des centres équestres.

En at­ten­dant ce jour, Lu­kas s’amu­sait de voir Ma­thias al­ler de l’un à l’autre, heureux comme un en­fant au mi­lieu de ses jouets. Les com­mandes pas­sées, le jeune homme avait fait gra­ver des pe­tites plaques au nom de cha­cune des bêtes. On at­ten­drait quelques jours avant de les fixer au-des­sus des box et des stalles ; en cas de conflit de voi­si­nage trop fla­grant, il fau­drait peut-être faire des ré­amé­na­ge­ments.

Presque aus­si ex­ci­tée que son ma­ri, Éli­na ad­mi­rait « leurs » che­vaux. À cha­cun, en guise de bien­ve­nue, elle dis­tri­bua des mor­ceaux de pain dur vi­si­ble­ment très ap­pré­ciés. La jeune femme était im­pa­tiente de voir ar­ri­ver les po­neys, at­ten­dus le sur­len­de­main seule­ment. Elle en­traî­na sa mère dans l’écu­rie et Rachel la sui­vit pour lui faire plai­sir. De­puis des an­nées, elle vi­vait dans un en­vi­ron­ne­ment équin puisque là était le tra­vail de son ma­ri et dé­sor­mais de sa fille, pour­tant les che­vaux ne l’at­ti­raient pas par­ti­cu­liè­re­ment.

« Vois les ca­mar­guais, comme ils sont beaux avec leur robe presque blanche ! Et cette ju­ment cou­leur isa­belle, et ce beau che­val bai, et la ju­ment gris lou­vet, une mer­veille ! Oh, ils sont tous ma­gni­fiques, n’est-ce pas ? »

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