La fo­rêt au­ver­gnate tré­sor sous­ex­ploi­té

La Montagne (Vichy) - - La Une - Ar­naud Ver­net ar­naud.ver­net@cen­tre­france.com

ÉCO­NO­MIE. Le Som­met de la fo­rêt et du bois a lieu à la Grande Halle d’Au­vergne pour trois jours à comp­ter d’au­jourd’hui. L’oc­ca­sion de dres­ser un état des lieux de la fi­lière fo­res­tière.

CONSTAT. La fi­lière souffre d’im­por­tants re­tards. « Nous sommes to­ta­le­ment désor­ga­ni­sés », ex­plique le pré­sident de Fran­syl­va 63.

On trouve en­core en Au­vergne des ves­tiges de la tempête de 1982

Pa­ra­doxe

La France, qui pos­sède la troi­sième fo­rêt d’Eu­rope, af­fiche en la ma­tière un dé­fi­cit chro­nique de 6 mil­liards d’eu­ros par an. Et l’Au­vergne, une ré­gion pour­tant très bien do­tée en la ma­tière, n’est pas en reste.

Un pays grand comme la Tu­ni­sie (163.600 km²)... en­tiè­re­ment re­cou­vert de fo­rêts. C’est­ce que re­pré­sente la fo­rêt fran­çaise, la troi­sième d’Eu­rope. 30 % de notre ter­ri­toire est re­cou­vert de fo­rêts, par­mi les plus riches, les plus va­riées du monde… et pour­tant le constat est amer.

Éco­no­mi­que­ment, la fo­rêt fran­çaise est un nain. Le sec­teur ac­cuse un dé­fi­cit de 6 mil­liards par an, soit le plus gros dé­fi­cit na­tio­nal après ce­lui du pé­trole. Quelle ma­lé­dic­tion frappe donc la fo­rêt fran­çaise, dont des di­zaines de mil­liers de conte­neurs de grumes partent chaque an­née pour l’étran­ger, en Chine (*) no­tam­ment, avant d’être re­ven­dus trans­for­més en France plus de dix fois plus cher ?

« La vé­ri­té, c’est que nous sommes to­ta­le­ment désor­ga­ni­sés, ex­plique Pierre Fau­cher, pré­sident de Fran­syl­va 63, le syn­di­cat des syl­vi­cul­teurs du Puy­de­Dôme. »

Et le meilleur exemple passe par lui­même : « Je re­pré­sente le prin­ci­pal syn­di­cat fo­res­tier de France… mais qui connaît seule­ment le nom de Fran­syl­va. Tout le monde connaît des di­zaines de noms de syn­di­cats, mais per­sonne ne nous connaît… pas même les pro­prié­taires fo­res­tiers. »

Et c’est bien là le drame. Si l’ONF, bien connu, gère la fo­rêt pu­blique, Fran­syl­va s’oc­cupe d’un ter­ri­toire bien plus grand : « 70 % de la fo­rêt fran­çaise est pri­vée, mais nous n’en connais­sons pas les pro­prié­taires, car la fo­rêt pri­vée est très mor­ce­lée. Et d’hé­ri­tage en hé­ri­tage, cer­tains pro­prié­taires ignorent même qu’ils pos­sèdent une fo­rêt ! Sur 84.000 pro­prié­taires du Puy­deDôme, nous en connais­sons à peine un mil­lier. »

À tel point que cer­tains pro­prié­taires vendent leur tré­sor en bois de chauf­fage, à 5 ou 10 € le stère, quand il s’achète 50 à 60 € scié, et sans li­mite de prix une fois trans­for­mé.

« Toute la fi­lière a vingt ans de re­tard. Il n’y a pas eu de re­mem­bre­ment et les par­celles sont mi­nus­cules. Et bien sou­vent, nous n’avons même pas les routes pour ache­mi­ner le bois. Nos che­mins sont les mêmes qu’il y a trente ans et les ma­chines mo­dernes n’y passent pas. On trouve en­core des ves­tiges de la tempête de 1982, bien plus en­core de celle de 1999. Et pour­tant notre res­source est bien plus abon­dante, riche, va­riée qu’en Suède ou qu’en Allemagne, mais tan­dis qu’ils font for­tune avec le bois, bien sou­vent, nous n’en fai­sons rien, ou presque. »

PHO­TO FRAN­CIS CAMPAGNONI

PHO­TO D’AR­CHIVES FLO­RIAN SA­LESSE

À QUI LA FO­RÊT ? Un quart du ter­ri­toire au­ver­gnat est cou­vert de fo­rêts et on ne connaît que 10 % des pro­prié­taires.

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