Vingt-cinq ans de ré­clu­sion pour le père

La Montagne (Vichy) - - Région Faits Divers - Lionel Ciochetto lionel.ciochetto@cen­tre­france.com

Une nou­velle fois, les ju­rés n’ont pas cru à la ver­sion « des voix » qu’en­ten­dait l’ac­cu­sé. Mais l’al­té­ra­tion du dis­cer­ne­ment du qua­dra­gé­naire, qui avait égor­gé sa fille, à Cler­mont-Ferrand, en 2014, a été re­con­nue.

Dans le box des accusés, Ab­del­lah Leh­kim, 40 ans, a su­bi­te­ment ar­rê­té de trem­bler ner­veu­se­ment. Dans la salle d’au­dience, en ce ma­tin du troi­sième jour, le pré­sident de la cour d’as­sises de la Haute­Loire com­mente les pho­tos du dos­sier. Cer­taines sont in­sou­te­nables. Le corps de la fillette de 2 ans et de­mi, égor­gée dans son lit par son père, dans un ap­par­te­ment de Cler­montFer­rand le soir du 15 sep­tembre 2014, ap­pa­raît sur les écrans.

« C’était moi et c’était pas moi »

Hier, le pro­cès en ap­pel n’a pas per­mis d’en sa­voir plus sur les mo­ti­va­tions du qua­dra­gé­naire. Ce der­nier a conti­nué de cla­mer qu’il ne se sou­ve­nait de rien. Pour la deuxième fois, une cour d’as­sises vient de le re­con­naître cou­pable du meurtre de sa fille, le condam­nant à vingt­cinq an­nées de ré­clu­sion cri­mi­nelle.

Sans vé­ri­ta­ble­ment contes­ter les faits, il a main­te­nu son his­toire de voix qui lui par­laient. « Elles m’in­sul­taient… C’était moi et c’était pas moi. Com­ment j’ai pu en ar­ri­ver là ? C’était ma fille. Si la peine de mort exis­tait, je pré­fé­re­rai en fi­nir tout de suite, ça met­trait la paix à tout le monde. Je l’ai­mais de tout mon coeur. J’es­père la re­joindre au pa­ra­dis. » Les voix ? « C’est pas des men­songes. J’ai vu des es­prits, des âmes per­dues, c’était réel. » Il avait néan­moins pris soin de net­toyer le cou­teau du crime.

Sur sa « ma­la­die », Ab­ del­lah Leh­kim est en re­vanche beau­coup plus ba­vard. Alors cette his­toire de voix fi­nit par aga­cer le pré­sident : « C’est le mo­ment de par­ler. Après, ce se­ra trop tard », s’im­pa­tiente Etienne Fra­din.

Mais l’ac­cu­sé, s’il ne conteste pas les faits, af­firme ne pas s’en rap­pe­ler. « C’était la voix du diable qui me par­lait […]. Je sais que je ne suis pas un monstre ».

Le dé­cri­vant comme « schi­zo­phrène », l’avo­cat de la mère de la fillette, Me Jean­Hu­bert Por­te­joie, rap­pelle qu’il « vou­lait faire souf­frir sa femme ». Elle qui se re­trouve avec « une souf­france à per­pé­tui­té ».

Comme en pre­mière ins­tance, deux thèses ont été confron­tées : l’al­té­ra­tion du dis­cer­ne­ment d’une part et l’abo­li­tion to­tale du dis­cer­ne­ment d’autre part, qui au­rait pu en­voyer le qua­dra­gé­naire dans un hô­pi­tal psy­chia­trique plu­tôt que de­vant une cour d’as­sises.

L’avo­cat gé­né­ral avait sa propre ver­sion, évo­quant dans ses ré­qui­si­tions « la res­pon­sa­bi­li­té to­tale de l’ac­cu­sé », sans oc­cul­ter sa « ma­la­die men­tale ». « Il y a trop de mé­thode, trop d’élé­ments pour pen­ser qu’il n’était pas plei­ne­ment conscient de ses ac­ tes » le soir du crime, ana­lyse Éric Maillaud.

Il est re­ve­nu sur la per­son­na­li­té de ce ma­ri « in­ca­pable de te­nir ses pro­messes et de sau­ver son couple ». Pour lui, l’ac­cu­mu­la­tion de « toutes ses frus­tra­tions suc­ces­sives » l’ont pous­sé à tuer sa fille « qui lui avait pris sa place d’une cer­taine fa­çon ». Il a re­quis vingt ans de ré­clu­sion cri­mi­nelle, comme lors du pre­mier pro­cès de­vant les as­sises du Puy­deDôme, le 18 jan­vier der­nier. Une der­nière fois, l’ac­cu­sé s’est en­li­sé dans cette his­toire de voix.

Après en avoir dé­li­bé­ré, les ju­rés ont condam­né Ab­del­lah Leh­kim à vingt­cinq ans de ré­clu­sion. Tou­te­fois, « la cour es­time qu’au mo­ment des faits vous étiez at­teint d’un trouble ayant al­té­ré votre dis­cer­ne­ment », a in­di­qué le pré­sident Fra­din. Il est donc pé­na­le­ment res­pon­sable, malgré la re­con­nais­sance de cette al­té­ra­tion du dis­cer­ne­ment qui pla­fon­nait sa peine à un maxi­mum de trente an­nées.

Ab­del­lah Leh­kim dis­pose d’un dé­lai de cinq jours pour dé­po­ser un pour­voi en cas­sa­tion.

Abo­li­tion du dis­cer­ne­ment ou al­té­ra­tion ?

PHO­TO D’AR­CHIVES FRED MAR­QUET

15 SEP­TEMBRE 2014. Le drame s’était noué dans cette ré­si­dence ha­bi­tuel­le­ment calme, si­tuée rue de l’Ora­dou, à Cler­mont-Ferrand.

Newspapers in French

Newspapers from France

© PressReader. All rights reserved.