C’était la der­nière ker­messe

Une ma­ter­nelle condam­née

La Montagne (Vichy) - - Le Fait Du Jour - Ma­thilde Du­cha­telle ma­thilde.du­cha­telle@cen­tre­france.com

Cette an­née, quatre écoles doivent fer­mer dans l’Allier et ne plus ja­mais rou­vrir leurs portes, ni ré­son­ner de rires d’en­fants. L’école ma­ter­nelle Ma­rie-Lau­ren­cin de Mou­lins vit ain­si ses der­niers jours, faute de com­bat­tants : la ville n’a pas de carte sco­laire et les pa­rents ins­crivent leurs en­fants où ils veulent. L’école n’ac­cueillait plus que vingt-deux en­fants cette an­née, réunis en une seule classe.

Elle a l’air char­mant d’une vieille école un rien fa­ti­gué, juste ce qu’il faut de pein­ture cra­que­lée pour af­fi­cher ses an­nées sans chi­chis. La cour et les lo­caux de l’école Ma­rie­Lau­ren­cin de Mou­lins, ni­chés sur le bou­le­vard de Cour­tais, ont un goût de ma­de­leine de Proust.

« À taille hu­maine ». C’est une école « de quar­tier », « à taille hu­maine », avec des classes « non sur­char­gées » et « avec une mixi­té so­ciale ». Les pa­rents des vingt­deux der­niers en­fants – pour vingt fa­milles – ins­crits cette an­née avec « maî­tresse Laure » voient ar­ri­ver la fin de cette chère vieille école avec nostalgie. Tous les en­fants et leurs pa­rents, lui ont dit adieu, lors de la der­nière ker­messe.

Épa­noui. Vir­gi­nie et Yann sont les pa­rents du pe­tit Ar­sène, 5 ans. « Notre pe­tit ne par­lait pas trop. Ve­nir ici l’a ai­dé à s’épa­nouir. Je ne vou­lais pas le mettre dans une grande struc­ture avec plus de trente élèves dans chaque classe. Tous les ma­tins, même les week­ends, il me de­man­dait d’al­ler à l’école.

L’an­née pro­chaine, il va dans le pri­vé ». Les éco­liers se­ront dis­sé­mi­nés dans huit écoles dif­fé­rentes, pu­bliques comme pri­vées, à la ren­trée. Vir­gi­nie, Yann, mais aus­si Ca­thy, Ca­the­rine, Sé­ve­rine, So­phie et en­core bien des ma­mans et des pa­pas, tous ont es­sayé de sau­ver cette école. À coup de pé­ti­tions et de jour­née portes ou­vertes, pour in­ci­ter des pa­rents à ins­crire leurs bam­bins à Ma­rie­Lau­ren­cin plu­tôt qu’ailleurs.

Pas de carte sco­laire. En vain. Des gens qui ont si­gné, peu sont ve­nus. Il faut dire qu’à Mou­lins même, il n’y a pas de carte sco­laire. Les pa­rents sont libres d’ins­crire leurs re­je­tons où ils le sou­haitent, en fonc­tion des places dis­po­nibles évi­dem­ment. Pra­tique pour pen­ser au mieux la lo­gis­tique quo­ti­dienne. Mais sans doute à double tran­chant. Car vient qui veut. Et ce que cer­tains trouvent char­mant dans cette chère vieille école aux al­lures désuètes, d’autres le trouvent rédhi­bi­toire. « L’ab­sence de par­king » et « de can­tine dans l’école » en a aus­si fait re­cu­ler plus d’un. Même si la can­tine est à quelques cen­taines de mètres. La fer­me­ture d’un poste d’en­sei­gnant (sur deux) l’an­née der­nière a­t­elle pré­ci­pi­té la fin de Ma­rie­Lau­ren­cin ?

Ca­the­rine, pa­rent d’élève, « hy­per­dé­çue de la fer­me­ture »,

en veut beau­coup à la Ville. « Pas de carte sco­laire, d’ac­cord, mais la mai­rie au­rait pu faire la pub pour cette pe­tite école. Sans ça, notre mo­bi­li­sa­tion était vouée à l’échec ». « Je ne vou­lais pas fer­mer cette école ». Jean­Mi­chel Mo­reau, ad­joint à l’édu­ca­tion en sou­pi­re­rait presque. « On a fait ce qu’on a pu. La ban­de­role faite par les pa­rents est res­tée long­temps. Je ne vou­lais pas fer­mer cette école. Je suis très at­ta­ché aux écoles de quar­tier et je pense que les ma­ter­nelles ont be­soin de sou­tien. J’avais même né­go­cié un an de plus avec vingt­deux en­fants alors que l’Édu­ca­tion na­tio­nale vou­lait la fer­mer. » « Il n’y avait pas vingt ga­mins à la

ren­trée ». L’élu re­prend l’his­to­rique : « Il y avait une tren­taine d’élèves sor­tants en juillet 2016. En sep­tembre 2016, des gens sont al­lés s’ins­crire dans d’autres écoles, an­ti­ci­pant la fer­me­ture. On est pas­sé d’une école fra­gile à une école condam­née. Il n’y avait pas vingt ga­mins à la ren­trée. Sa­chant que onze grandes sec­tions al­laient de toute fa­çon en CP ailleurs ».

La faute à l’ab­sence de carte sco­laire, alors ? « La carte sco­laire, ça ne sert à rien, elle est contour­née quand il y en a et on n’a pas les moyens de vé­ri­fier. En plus, quels cri­tères choi­sir ? C’est dé­li­cat, on prend la nou­nou, les do­mi­ciles des pa­rents ? Et faire de la pub pour une école, plu­tôt qu’une autre ? On ne fe­rait que dé­pla­cer le pro­blème. C’est tou­jours le même dé­bat quand une classe ou une école ferme. Et je com­prends que les pa­rents l’ex­priment. Mais en l’oc­cur­rence, je met­trais les pa­rents qui ne sont pas ve­nus en face de leurs contra­dic­tions. »

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