Gan­nat pleure son homme au cha­peau

Le fes­ti­val des Cultures du monde est en deuil après le dé­cès de son créa­teur, Jean Roche La 44e édi­tion du fes­ti­val des Cultures du monde s’est ache­vée, hier, dans la tris­tesse. Son fon­da­teur, Jean Roche, s’était éteint dans la nuit.

La Montagne (Vichy) - - Allier Actualité - Ed­die Ra­bey­rin

« On ne le rem­pla­ce­ra pas »

La cé­ré­mo­nie de l’ami­tié, qui clô­ture ha­bi­tuel­le­ment le fes­ti­val des cultures du monde de Gan­nat, a été lourde de sens, cette an­née. Plus qu’un mo­ment d’échanges et de re­mise de ca­deaux avec les dif­fé­rentes troupes in­vi­tées, elle si­gnait la fin d’une époque : Jean Roche, le fon­da­teur de ce grand ren­dez­vous mul­ti­cul­tu­rel, est dé­cé­dé dans la nuit de sa­me­di à di­manche, à l’âge de 71 ans.

« Le mot d’ordre, c’est : on conti­nue »

« J’ai re­çu un coup de fil du maire de Gan­nat (Vé­ro­nique Pou­za­doux) me si­gni­fiant que quelque chose de grave était ar­ri­vé. Au dé­part, j’ai pen­sé qu’il s’agis­sait d’un pro­blème ma­té­riel. Quand elle m’a an­non­cé que Jean Roche était mort d’un ar­rêt car­diaque dans la nuit, ça m’a fait un choc », ré­agis­sait, hier ma­tin, Louis Hu­guet, maire de la com­mune de 1983 à 2014. Et pour cause, les deux hommes ont été par­te­naires du­rant près de 40 ans. « C’était une force de ca­rac­tère. Il nous est d’ailleurs ar­ri­vé de nous af­fron­ter. Mais ce­la nous a ap­pris à mieux nous connaître et, à la fin, il y avait même une forme de com­pli­ci­té. »

Ini­tia­le­ment pré­vue place Hen­ne­quin, la cé­ré­mo­nie a fi­na­le­ment été dé­pla­cée sous le cha­pi­teau, par crainte de la pluie. Sur scène, les porte­pa­role des dif­fé­rentes troupes de folk­lore ont tous eu quelques mots en la mé­moire de Jean Roche. Le groupe Ce­le­nod, ori­gi­naire de Nou­velle­Ca­lé­do­nie, a même en­ton­né un chant « pour ceux qui partent vers un autre monde ».

Mais c’est du cô­té des bé­né­vo­ les que l’émo­tion était la plus forte. Fa­bienne Ra­gon, membre du bu­reau du fes­ti­val, ne pou­vait ré­pri­mer un san­glot. « Je suis en­ga­gée à ses cô­tés de­puis 40 ans. C’était un grand mon­sieur, dont je me rap­pel­le­rai tou­jours avec son éter­nel cha­peau sur la tête. Le mot d’ordre main­te­nant c’est : on conti­nue. Il n’au­rait pas vou­lu que le fes­ti­val s’ar­rête avec lui. Il avait d’ailleurs dé­jà lan­cé des pistes pour l’édi­tion de l’an­née pro­ chaine, en sé­lec­tion­nant quelques groupes. »

« Il a fait gran­dir ce fes­ti­val au fil des ans. Il vou­lait ab­so­lu­ment sau­ve­gar­der la tra­di­tion et gar­der des té­moi­gnages de chaque culture », ren­ché­rit Re­né Bou­chet, cor­res­pon­dant de La Mon­tagne à Gan­nat et bé­né­vole.

« L’image qui me res­te­ra de lui, c’est celle d’une pas­sion. Jeu­di der­nier, je l’avais in­ci­té à ve­nir par­ti­ci­per aux Ci­né­ren­contres sur le thème « Les Danses de nos ter­ri­toires ». Il a par­lé plus d’une de­mi­heure avec le pu­blic, re­fai­sant le ré­cit du rap­port qu’il en­tre­te­nait avec le folk­lore. Puis, il est re­ve­nu sur la fa­çon dont le gou­ver­ne­ment de Pé­tain l’avait ins­tru­men­ta­li­sé, et en quoi ce­la était à l’op­po­sé de ce qu’il cher­chait à faire », se sou­vient Jean Pa­chot, pré­sident du co­mi­té d’or­ga­ni­sa­tion du fes­ti­val. « Il y a un hé­ri­tage à as­su­mer, mais il fau­dra ap­prendre à s’or­ga­ni­ser au­tre­ment, parce qu’il n’y au­ra pas un deuxième cha­peau. »

« C’était un me­neur d’hommes, on ne le rem­pla­ce­ra pas » confirment Jean­Luc et Ch­ris­tine Bon­nissent. Ce couple de Caen­nais ne connais­sait pas in­ti­me­ment Jean Roche. Mais, de­puis 34 ans, ils viennent chaque an­née au fes­ti­val, et ont ap­pris à ap­pré­cier l’es­prit qu’y in­suf­flait le fon­da­teur. « Ce sont des va­leurs de res­pect de la dif­fé­rence et d’ac­cueil ain­si qu’une re­cherche de la spé­ci­fi­ci­té de chaque peuple. Au­jourd’hui, ce­la fait par­tie des ra­cines de Gan­nat. Et c’est au­tour de ça que nous en sommes ar­ri­vés à for­mer une fa­mille avec d’autres fes­ti­va­liers. Chaque an­née, nous re­trou­vons le même groupe au cam­ping. On ne s’ap­pelle pas le reste de l’an­née mais, à chaque re­trou­vaille, c’est comme si nous nous étions quittés hier. »

PHO­TO EMERIC ENAUD

HOM­MAGE. Sur scène, les porte-pa­role des dif­fé­rentes troupes de folk­lore ont tous eu quelques mots en la mé­moire de Jean Roche.

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