Une part d’en­fance heu­reuse à Vi­chy

La Montagne (Vichy) - - Racines - Mat­thieu Per­ri­naud

Ses ori­gines bour­bon­naises, Jeanne Mo­reau ne les ou­blie­ra ja­mais. Ni son fief fa­mi­lial de Ma­zi­rat (lire ci­des­sus) ni son sé­jour mé­con­nu à Vi­chy, qui mar­que­ra les jeunes an­nées de la co­mé­dienne.

Cinq ans d’en­fance au to­tal, entre 1933 et 1938, quand son père, Ana­tole, dé­cide de quit­ter la ca­pi­tale pour de­ve­nir pro­prié­taire de l’hô­tel de l’En­tente, une pe­tite pen­sion de fa­mille au coeur de la ci­té ther­male.

Lors de son dis­cours d’ins­tal­la­tion à l’aca­dé­mie des Beaux­Arts, le 10 jan­vier 2001, elle évoque cette pé­riode de sa vie, no­tam­ment son adresse, « 35, rue de Pa­ris ».

Pas tout à fait exact, si l’on en croit les ar­chives mu­ni­ci­pales de l’époque, qui si­tuent l’hô­tel fa­mi­lial au nu­mé­ro 53 de cette ar­tère. Mais com­ment ne pas par­don­ner cette mé­moire qui, si elle a pu flan­cher, l’a aus­si por­tée, en mu­sique, sur les som­mets de la po­pu­la­ri­té.

Elle ra­conte : « À Vi­chy, nos voi­sins de droite étaient dans l’ordre : un ma­ga­sin de pompes fu­nèbres, la Mai­son Ro­blot et une épi­ce­rie […]. Sur le trot­toir d’en face, il y avait une bou­lan­ge­rie­pâ­tis­se­rie sans grand in­té­rêt et à cô­té la bou­tique Cuirs et Cré­pins où j’étais une ha­ bi­tuée : je ran­geais les clous, les se­mences, les fers, les se­melles, les ta­lon­nettes […]. »

Pé­riode heu­reuse, comme le re­late Ma­rianne Gray, dans son ou­vrage so­bre­ment in­ti­tu­lé Jeanne Mo­reau (édi­tions du Nou­veau Monde, 2010) : « Elle dit avoir vé­cu une en­fance très gaie à Vi­chy. Elle char­mait tout le monde, ra­con­tait d’in­ter­mi­nables his­toires sor­ties tout droit de son ima­gi­na­tion, jouant tous les rôles en pre­nant des ac­cents dif­fé­rents. C’était un vrai gar­ çon man­qué, qui cap­tu­rait les ser­pents ve­ni­meux pour les vendre au phar­ma­cien, grim­pait aux arbres et tom­bait de la bi­cy­clette blanche qui était ar­ri­vée un jour de la ville sur le toit d’un au­to­car de cam­pagne brin­gue­ba­lant. »

Clin d’oeil pu­bli­ci­taire

En 1938, après la faillite pa­ter­nelle, la fa­mille quitte Vi­chy, pour re­par­tir à Pa­ris. Et le vent de l’his­toire semble avoir souf­flé jus­qu’au moindre sou­ve­nir de cette en­fance vi­chys­sois. Ma­rianne Gray note d’ailleurs qu’il « semble peu pro­bable qu’on y or­ga­nise un jour un fes­ti­val Jeanne Mo­reau. En ef­fet, au­cune des per­sonnes que j’ai in­ter­ro­gées ne sem­blait sa­voir qu’elle avait pas­sé une par­tie de son en­fance dans “la ville d’où vient l’eau”. »

Ceux qui au­ront re­con­nu l’air du « Tour­billon de la vie » dans les pu­bli­ci­tés pour Vi­chy Cé­les­tins au­ront peut­être fait le lien. Pour les autres, il est au­jourd’hui temps de ré­pa­rer cet ou­bli.

PHOTO DOMINIQUE PARAT

HIS­TOIRE. Ana­tole Mo­reau, le père de Jeanne, a te­nu pen­dant cinq ans l’hô­tel de l’En­tente, alors si­tué au 53, rue de Pa­ris. Au­jourd’hui, ce sont des ap­par­te­ments.

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