LE FEUILLETON

La Montagne (Vichy) - - Au Quotidien -

Sa­rah eut une moue du­bi­ta­tive. Elle re­fu­sait de croire que Luc de­vien­drait sage et obéis­sant un jour. En quoi elle ne se trom­pait pas…

Lorsque le fils d’Éli­na et de Ma­thias at­tei­gnit à son tour l’âge d’en­trer en sec­tion en­fan­tine, le conduire à l’école re­le­va du par­cours du com­bat­tant. Hur­lant, le ga­min s’arc-bou­tait en re­fu­sant de dé­ta­cher ses mains du cham­branle de la porte. Sa mère, pré­voyante, avait de­man­dé à Ma­thias d’être pré­sent ce pre­mier jour. Hé­las, le père, lui non plus, ne par­vint pas à per­sua­der Luc qu’il de­vait al­ler à l’école, comme tous les en­fants. Le sai­sis­sant à pleins bras, il fi­nit par em­por­ter son fils dans la classe et le for­ça à s’as­seoir de­vant un pu­pitre.

Éli­na s’ex­cu­sa au­près du jeune ins­ti­tu­teur en charge de la pe­tite classe.

« Ce n’est rien, ma­dame De­lau­nay, ne vous in­quié­tez pas. À la pre­mière ré­créa­tion, Luc va jouer avec ses ca­ma­rades, en­suite l’adap­ta­tion se fe­ra d’elle-même. »

En re­fer­mant la porte, Éli­na je­ta un oeil sur son fils. Tête basse, il ne bou­geait plus et l’on pou­vait es­pé­rer qu’il al­lait se cal­mer et prendre son par­ti de la si­tua­tion. C’était mal le connaître. Ses pa­rents sa­vaient trop bien quel in­sou­mis était leur fils et ils n’avaient pas tort de re­dou­ter quelque ac­tion d’éclat de sa part.

Lorsque Ma­dy vint le cher­cher en fin de ma­ti­née, l’ins­ti­tu­teur lui as­su­ra que Luc n’avait pas pro­non­cé le moindre mot et avait re­fu­sé de sor­tir à l’heure de la ré­créa­tion. Ra­geu­se­ment, il avait en­suite cas­sé le crayon re­mis par le maître avant de dé­chi­rer la feuille blanche où il était cen­sé faire un des­sin de son choix. Puis, re­pre­nant son at­ti­tude bou­deuse, il n’avait plus le­vé les yeux jus­qu’à l’heure de la sor­tie.

« Veuillez de­man­der à M. ou Mme De­lau­nay de ve­nir à l’école cet après-mi­di pour faire le point », in­di­qua le jeune homme, vi­si­ble­ment très contra­rié.

Il n’ajou­ta pas qu’il avait dû iso­ler le pe­tit gar­çon qui, sans rai­son au­cune, s’était mis tout à coup à bour­rer de coups de pied et de poing son voi­sin de table.

Le bourg, et donc l’école pri­maire, se trou­vait à en­vi­ron huit cents mètres du centre des Bruyères. Ma­dy avait, comme elle le fai­sait sou­vent pour conduire ou ra­me­ner Sa­rah, em­prun­té la pe­tite au­to­mo­bile de Ra­chel.

Avant de grim­per sur le siège ar­rière, Luc se dé­fou­la en se­couant vio­lem­ment la por­tière ou­verte tout en criant :

« J’y re­tour­ne­rai pas, à l’école, ja­mais ! Pa­pa peut bien me pu­nir, et même grand-père, ça m’est égal, je me ca­che­rai et per­sonne ne me trou­ve­ra ! »

Ha­bi­tuée aux vio­lentes sautes d’hu­meur du ga­min, Ma­dy sa­vait fort bien qu’il va­lait mieux ne pas ré­pli­quer. Ré­cem­ment, alors qu’elle le gron­dait une fois de plus, elle s’était en­ten­du ré­pondre avec dé­fi :

« Toi, tu n’as rien à me dire, tu n’es ni ma mère ni ma grand­mère, pas même ma soeur.

(à suivre)

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