Icône du ci­né­ma et femme libre

L’ac­trice aux 130 films est morte dans son som­meil à Pa­ris à l’âge de 89 ans

La Montagne (Vichy) - - Septième Art - Dominique Ga­ran­det dominique.ga­ran­det@cen­tre­france.com

Ri­deau. Jeanne Mo­reau a ti­ré sa ré­vé­rence. Dans son som­meil. Elle avait 89 ans. Cette fois, Jules et Jim sont dé­fi­ni­ti­ve­ment or­phe­lins.

Une beau­té sen­suelle, une voix grave, in­imi­table, un re­gard noir comme les des­seins de la ma­riée de Truf­faut et sur­tout cette in­fi­nie tris­tesse. En 60 ans de car­rière, Jeanne Mo­reau s’est his­sée au rang des monstres sa­crés du ci­né­ma mon­dial.

De Jules et Jim au Jour­nal d’une femme de chambre,

d’As­cen­seur pour l’écha

faud à Vi­va Ma­ria ,de La

Ma­riée était en noir aux Val­seuses, l’icône du sep­tième art au­ra tour­né avec les plus grands réa­li­sa­teurs.

« Je suis ani­mée par une sorte d’éner­gie in­té­rieure que je ne contrôle pas », ex­pli­quait cette ac­trice in­clas­sable pour qui « le ci­né­ma n’était pas une car­rière mais une vie ».

L’in­ou­bliable in­ter­prète du Tour­billon de la vie (chan­son du film Jules et Jim) a tour­né dans plus de 130 films. Celle qui a fas­ci­né Or­son Welles, Bu­nuel, An­to­nio­ni, Lo­sey ou en­core Truf­faut in­car­nait l’image d’une femme libre, in­sou­mise.

« J’ai eu de longues pé­riodes de chute in­té­rieure à cause de cette voix qui me ré­pète de ne ja­mais faillir aux exi­gences qui sont nées de ma pe­tite en­fance, c’est­à­dire la net­te­té, l’hor­reur du men­songe, d’al­ler tou­jours plus loin. » Cette très grande exi­gence in­té­rieure la me­nait par­fois jus­qu’au doute.

Après la sor­tie des Amants, de Louis Malle, en 1958, qui s’ache­vait sur une scène d’amour par­ti­ cu­liè­re­ment osée pour l’époque, elle s’in­ter­roge face à l’am­pleur du scan­dale : « Est­ce que je vais être à la hau­teur, est­ce que je vais faire quelque chose de beau ? »

À ce mo­ment de sa car­rière, l’ac­trice songe même à tout aban­don­ner. In­tran­si­geante avec el­le­même, elle ne cé­de­ra ja­ mais à la ten­ta­tion de se lais­ser al­ler et de faire n’im­porte quoi pour plaire au pu­blic. « Il faut faire ce avec quoi on est pro­fon­dé­ment d’ac­cord », confiait­elle à Mar­gue­rite Du­ras, son amie, qui écri­vait : « Ses films la dé­chirent ».

Re­belle, an­ti­con­for­miste, mar­gi­nale, à la veille de ses 80 ans, elle re­con­nais­sait avoir vé­cu dans son mé­tier des mo­ments de pas­sion qu’elle n’avait pas vé­cus dans sa vie.

« Un jar­din en friche »

Aus­si à l’aise sur scène que sur grand écran, l’ac­trice com­mence sa car­rière théâ­trale à 19 ans, en sor­tant du conser­va­toire. Elle se pro­duit au tout pre­mier fes­ti­val d’Avi­gnon en 1947 sous la di­rec­tion ar­tis­tique de Jean Vi­lar avant d’y re­ve­nir soixante ans plus tard.

Toute jeune pen­sion­naire de la Co­mé­die Fran­çaise, elle joue aux cô­tés de Gé­rard Phi­lipe dans Le Cid et Le Prince de Hom­bourg. En 1956, elle se­ra l’in­ou­bliable Mag­gie de La Chatte sur un toit brû­lant de Ten­nes­see Williams.

Jeanne Mo­reau se di­sait « mys­tique et fri­vole », elle ai­mait com­pa­rer la vie à « un jar­din en friche qu’on nous donne à la nais­sance » et qu’il faut « lais­ser beau au mo­ment de quit­ter la terre »… et le grand tour­billon de la vie.

« Le ci­né­ma n’est pas une car­rière mais une vie »

PHOTO AFP

JEANNE MO­REAU. Une star qui a tour­né avec les plus grands réa­li­sa­teurs mon­diaux.

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