LE FEUILLETON

La Montagne (Vichy) - - Annonces Classées -

Tu es seule­ment l’em­ployée de mes pa­rents, avec toi je fais ce que je veux, ça ne te re­garde pas. Et tu peux le ré­pé­ter à ma mère, je m’en fiche ! »

Ma­dy, une fois de plus, avait tu à tous le com­por­te­ment du ga­min. Per­sonne, ab­so­lu­ment per­sonne ne réus­sis­sait à le faire obéir. La jeune fille sa­vait com­bien ses pa­trons en étaient dé­so­lés, et elle se re­fu­sait à ajou­ter à leur désar­roi face à cet in­cor­ri­gible re­belle. Et dire que Sa­rah était si gen­tille… Certes, elle fai­sait preuve de ca­rac­tère, mais il y avait beau temps qu’elle ne fai­sait plus ni ca­prices ni co­lères. À huit ans, c’était une fillette at­ta­chante, pas­sion­née par les che­vaux, po­lie et ai­mable avec les em­ployés comme avec tous les adultes qu’elle fré­quen­tait. Seul Luc avait le don de la mettre hors d’elle-même, et l’on pou­vait dif­fi­ci­le­ment le lui re­pro­cher.

« Il nous em­poi­sonne la vie, ce monstre ! criait la fillette. Vi­ve­ment le jour où il ren­tre­ra en pen­sion ! »

La pen­sion était la me­nace fa­vo­rite de Ra­chel que le ga­min épui­sait, comme tout le monde aux Bruyères. Mais Luc s’en mo­quait éper­du­ment.

« Pour me mettre en pen­sion, di­sait-il, il fau­dra m’at­tra­per ! Et ça c’est pas sûr du tout ! »

Le di­rec­teur d’école, dé­so­lé, après trois jours d’es­sais d’in­té­gra­tion in­fruc­tueux, avait de­man­dé aux pa­rents du ga­min d’at­tendre jus­qu’à la pro­chaine ren­trée pour lui ra­me­ner leur fils.

« Comme vous le sa­vez, l’école n’est obli­ga­toire qu’à par­tir de six ans. Votre fils n’est pas mûr pour s’adap­ter aux contraintes de la vie sco­laire. Dans un an, j’en suis cer­tain, il en ira dif­fé­rem­ment. »

Éli­na et Ma­thias au­raient bien vou­lu le croire, pour­tant ils dou­taient que Luc s’as­sa­gi­rait un jour. Pour­quoi fal­lait-il que leur en­fant à eux se com­porte ain­si au quo­ti­dien ? Ils avaient beau cher­cher, ré­flé­chir, au­cune so­lu­tion ne leur ap­pa­rais­sait.

Sa­rah ve­nait d’avoir onze ans. Les grandes va­cances étaient im­mi­nentes et, dès sep­tembre, elle quit­te­rait l’école du bourg pour en­trer en classe de sixième, au col­lège mixte de la pe­tite ville la plus proche. Par chance, celle-ci ne se trou­vait qu’à une de­mi-heure de route des Bruyères, ain­si la fillette pour­rait ren­trer chez elle chaque ven­dre­di soir.

« Ma­man, in­ter­ro­gea-t-elle un soir, tu peux me faire ré­ci­ter ma le­çon ou bien je vais de­man­der à grand-mère ?

– Je veux bien, main­te­nant que ton frère est au lit et que j’ai fait le tour des box des po­neys, j’ai en­fin du temps pour toi. De quoi s’agi­til?

– C’est de l’his­toire, le règne de Louis XV. »

Le tra­vail ter­mi­né, Sa­rah dit fiè­re­ment :

« Ce ma­tin, c’est moi qui ai fait la le­çon.

– Vrai­ment ? Et pour­quoi donc ? »

La fillette en­tre­prit alors d’ex­pli­quer que la maî­tresse avait par­lé à ses élèves de Mme de Pom­pa­dour.

(à suivre)

épi­sode 42

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