L’hu­ma­ni­té vit à cré­dit

La Montagne (Vichy) - - France & Monde Actualités - Dominique Ga­ran­det dominique.ga­ran­det@cen­tre­france.com

Sale temps pour la pla­nète. Au­jourd’hui mer­cre­di 2 août 2017 marque le dé­sor­mais clas­sique « jour du dé­pas­se­ment de la Terre ». C’est­à­dire que nous avons consom­mé en sept mois toutes les res­sources na­tu­relles que la pla­nète peut pro­duire en une an­née. À par­tir de main­te­nant, l’hu­ma­ni­té vit à cré­dit.

Une date fa­ti­dique tou­jours plus pré­coce. Le « jour de dé­pas­se­ment de la Terre » conti­nue inexo­ra­ble­ment d’avan­cer. Il est pas­sé de fin sep­tembre 1997 au 2 août en 2017. L’Earth over­shot day est cal­cu­lé chaque an­née par le Glo­bal Foot­print Net­work, un ins­ti­tut de re­cherche in­ter­na­tio­nal ba­sé à Oak­land, en Ca­li­for­nie.

« Au rythme où nous vi­vons, il fau­drait presque une pla­nète de plus pour sa­tis­faire nos be­soins ». Dans une tri­bune pa­rue sur le site du Monde, Ni­co­las Hu­lot ap­pelle à « un sur­saut ». « Au mi­lieu de l’été, la pu­bli­ca­tion de cet in­di­ca­teur sou­ligne que mal­gré notre prise de conscience col­lec­tive de l’éro­sion de la bio­di­ver­si­té et du chan­ge­ment cli­ma­tique, mal­gré une mo­bi­li­sa­tion sans

précédent de la so­cié­té, nous ne nous éloi­gnons pas en­core du pire », constate le mi­nistre de la Tran­si­tion éco­lo­gique et so­li­daire.

Com­bien de temps en­core pour­rons­nous nier l’évi­dence ? Nous vi­vons au­des­sus des moyens que nous ac­corde la pla­nète. À par­tir de de­main, nous au­rons émis plus de car­bone que ce que les océans et les fo­rêts peuvent ab­sor­ber en un an, nous au­rons pê­ché plus de poissons, cou­pé plus d’arbres, fait plus de ré­coltes, consom­mé plus d’eau que ce que la terre peut pro­duire.

Bien sûr, tous les hu­mains ne sont pas res­pon­sables dans les mêmes pro­por­tions. Avec le train de vie des Aus­tra­liens ou des Amé­ri­cains, il fau­drait plus de cinq pla­nètes pour vivre ! Les Fran­çais en ont be­soin de trois, les Chi­nois de 2,1 et les In­diens – seule­ment – de 0,6. L’em­preinte éco­lo­gique des pays dé­ve­lop­pés est cinq fois su­pé­rieure à celle des pays pauvres !

Si notre pla­nète est li­mi­tée, les pos­si­bi­li­tés hu­maines ne le sont pas. Vivre se­lon les moyens que nous ac­corde la pla­nète est tech­no­lo­gi­que­ment pos­sible. Pour in­ver­ser la ten­dance, il faut ré­duire les em­preintes car­bone et ali­men­taire. Li­mi­ter les émis­sions de gaz

à ef­fet de serre, stop­per la dé­fo­res­ta­tion, di­mi­nuer notre consom­ma­tion de pro­duits dé­ri­vés des ani­maux, lut­ter contre le gas­pillage ali­men­taire et fa­vo­ri­ser la bio­di­ver­si­té.

Des rai­sons d’es­pé­rer. « De nou­veaux choix de so­cié­té sont en train de naître sous nos yeux. La tran­si­tion éco­lo­gique fait ses preuves : ja­mais les prix des éner­gies re­nou­ve­lables n’ont été aus­si bas, lais­sant en­tre­voir un ave­nir sans éner­gies fos­siles », Ni­co­las Hu­lot se veut, mal­gré tout, ras­su­rant.

Le mi­nistre es­time éga­le­ment que « les par­te­naires in­ter­na­tio­naux de la France sont dans la même dy­na­mique. » Il re­lève ain­si que la consom­ma­tion du char­bon com­mence à stag­ner en Chine et que l’Al­le­magne pour­rait at­teindre son ob­jec­tif de consom­ma­tion d’éner­gies re­nou­ve­lables dès cette an­née.

Pré­fé­rer le sur­saut au sur­sis. Nous de­vons de toute ur­gence re­trou­ver l’équi­libre et par­ve­nir à faire re­cu­ler la date fa­ti­dique du Dé­pas­se­ment mon­dial. Pour l’ave­nir de la pla­nète et ce­lui de nos en­fants. Car n’ou­blions ja­mais la phrase de Saint Exu­pé­ry : « Nous n’hé­ri­tons pas de la terre de nos an­cêtres, nous l’em­prun­tons à nos en­fants ».

PHOTO D’ILLUSTRATION AFP

DAN­GER. Ne jouons pas avec l’ave­nir de la pla­nète.

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