L’Al­lier trace son sillon dans des gorges sau­vages

La Montagne (Vichy) - - Estivités - Jean-Luc Cha­baud jean-luc.cha­baud@cen­tre­france.com

Dans son che­mi­ne­ment, pour re­joindre la Loire, à Ne­vers, l’Al­lier plonge dans des gorges si­nueuses, es­car­pées, étroites… Sur plu­sieurs di­zaines de ki­lo­mètres, la ri­vière trace son sillon dans un en­vi­ron­ne­ment na­tu­rel, pré­ser­vé, au pa­tri­moine ex­cep­tion­nel.

Po­sé sur une pierre au mi­lieu du cou­rant, un hé­ron jette un re­gard fur­tif en di­rec­tion de la ligne de che­min de fer, dont la courbe, quelques di­zaines de mètres plus haut, se des­sine à flanc de roche, puis se perd dans l’obs­cu­ri­té d’un tun­nel. L’oi­seau sait qu’il n’a rien à craindre de cet « ana­con­das » sur roues, ni des vi­sages qui pointent le bout de leur nez der­rière les vitres des wa­gons du train tou­ris­tique en cette fin juillet… Il peut plon­ger son bec à l’en­vi dans les eaux froides de l’Al­lier.

Ici, en Haute­Loire, entre De­vès et Mar­ge­ride, la ri­vière s’en­fonce dans des gorges en­cais­sées, do­mi­nées par des abrupts, dont de nom­breuses cou­lées de ba­salte. Au dé­tour de cette suc­ces­sion de pi­tons ro­cheux, de chaos gra­ni­tiques, les ves­tiges d’an­ciens édi­fices rap­pellent l’au­to­ri­té sei­gneu­riale de l’époque à proxi­mi­té de gués sur les grandes voies de pas­sage, à l’image de la « via po­dien­sis », em­prun­tée par les pè­le­rins de Saint­Jacques et pla­cée à cet en­droit sous la sur­veillance du châ­teau de Ro­che­gude.

L’Al­lier montre un vi­sage sau­vage, in­domp­table, qui fe­rait (presque) ou­blier ce fi­let vul­né­rable qui, une qua­ran­taine de ki­lo­mètres plus haut, au Moure de la Gar­dille, en Lo­zère, cou­rait d’une pierre à l’autre, glis­sait sur un ta­pis de feuilles mortes en jouant avec les rayons du so­leil (voir notre édi­tion du 26 juillet).

D’or­di­naire calme, la ri­vière se met par­fois en co­lère. En pé­riode de crue, son cour­roux peut être dé­vas­ta­teur : les ar­chives conservent des ré­cits et pho­to­gra­phies très évo­ca­teurs, dont la cé­lèbre inon­da­tion du 24 sep­tembre 1866, qui em­por­ta de nom­breuses mai­sons…

À par­tir du Nou­veau Monde, l’onde en­chaîne les ra­diers, les ra­pides, puis re­prend sa res­pi­ra­tion sur des sec­teurs plus calmes, les pools. Le train et les ac­ti­vi­tés d’eaux vives – cer­taines zones, no­tam­ment au ni­veau du bar­rage de Pou­tès, sont in­ter­dites à la na­vi­ga­tion – per­mettent de pé­né­trer dans cet uni­vers pré­ser­vé, au pa­tri­moine na­tu­rel ex­cep­tion­nel.

L’Al­lier en­chaîne les ra­diers, les ra­pides et les pools

Com­po­sant avec les contraintes de pente, la na­ture des sols et l’ex­po­si­tion, la vé­gé­ta­tion s’agrippe au re­lief, à l’exemple des li­chens, mousses et fou­gères sur les fa­laises, re­bords de cou­lées et ébou­lis. Et dans les fonds de ra­vins ou sur les ver­sants stables, la fo­rêt a conser­vé un as­pect pri­mi­tif.

Dans cet en­vi­ron­ne­ment au­then­tique, où le sau­mon éta­blit ses plus belles frayères, de nom­breuses es­pèces, mam­mi­fères, oi­seaux, rep­tiles et am­phi­biens ont ins­tal­lé leur ha­bi­tat. Une ving­taine de ra­paces diurnes ou noc­turnes, dont le cir­caète Jean­le­Blanc, man­geur de ser­pents, ou le fau­con cré­ce­relle, dé­ploient leurs ailes pen­dant que la dis­crète loutre chasse tout près de sa ca­tiche.

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