La théo­rie de la « vi­laine pe­tite fille »

La Montagne (Vichy) - - Estivités -

Le mot vient de l’al­le­mand : pol­tern (han­ter) et geist (es­prit). Il est ap­pa­ru dès le XVIe siècle mais c’est à la fin du XIXe que le phé­no­mène de­vient « à la mode », en Oc­ci­dent. L’in­té­rêt de la presse pour le su­jet coïn­cide avec la créa­tion de la So­cié­té bri­tan­nique psy­chique an­glaise. Dès lors, on rap­porte de nom­breuses af­faires si­mi­laires : meubles qui se dé­placent, vais­selle qui se brise, pro­jec­tiles tom­bés de nulle part et, dans cer­tains cas, des taches de sang qui ap­pa­raissent mys­té­rieu­se­ment. À quelques re­mar­quables ex­cep­tions près (le psychiatre suisse Jung, contem­po­rain de Freud, croyait au pol­ter­geist), la ma­jo­ri­té des scien­ti­fiques ignore ce phé­no­mène ou l’at­tri­bue à des causes ra­tion­nelles : hal­lu­ci­na­tions, an­goisse conta­gieuse qui s’étend à tous les membres d’un foyer… L’un des di­ri­geants de la so­cié­té bri­tan­nique psy­chique, Franck Pod­more, a éta­bli une théo­rie convain­cante à la fin du XIXe siècle : celle de « la vi­laine pe­tite fille ». Se­lon lui, presque chaque af­faire im­pli­quait une ado­les­cente (plus ra­re­ment un gar­çon), sou­vent per­tur­bée. Et cette jeune per­sonne pou­vait nour­rir des sen­ti­ments d’hos­ti­li­té ou de ran­coeur vis-àvis de sa fa­mille. Mettre en place une fausse af­faire de pol­ter­geist de­ve­nait alors un moyen de se ven­ger mais aus­si par­fois d’ap­pe­ler au se­cours.

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