LE FEUILLE­TON

La Montagne (Vichy) - - Annonces Classées -

Le mou­ton noir Cinq an­nées au­pa­ra­vant, Constant et Ma­dy avaient convo­lé en justes noces. La mère du jeune homme leur avait cé­dé le rez-de-chaussée de sa mai­son où elle vi­vait seule ; pas tout à fait ce­pen­dant : Lu­do­vic, son plus jeune fils, avait tou­jours sa chambre chez elle, pour­tant elle le voyait fort peu. Par­ti aux au­rores à son tra­vail aux écu­ries des Bruyères, il ren­trait as­sez tard après avoir dî­né chez ses pa­trons. Gé­né­ra­le­ment, après une grasse ma­ti­née, le jeune homme pas­sait sa jour­née de congé heb­do­ma­daire avec des amis de son âge. Il aban­don­nait pour­tant, comme le fai­sait son aî­né, une pe­tite par­tie de sa paie à sa mère que des pro­blèmes de san­té avaient obli­gée à fer­mer son com­merce.

D’un com­mun ac­cord, Constant et son épouse lui ver­saient tout na­tu­rel­le­ment un loyer.

« C’est vrai, avait re­con­nu Ma­dy, que nous de­vons bien nous lo­ger. Au­tant que ce soit chez ta mère, ce­la lui pro­cure quelques res­sources bien­ve­nues. »

La jeune femme conser­vait sa place aux Bruyères. Certes, les en­fants avaient gran­di, mais quel­qu’un de­vait se­con­der Ra­chel. Sans par­ler de conduire et d’al­ler cher­cher les en­fants à l’école, Ma­dy s’oc­cu­pait du mé­nage, pré­pa­rait les re­pas aux cô­tés de sa pa­tronne. Bien que l’ap­pro­vi­sion­ne­ment soit la pré­ro­ga­tive de Ra­chel, Ma­dy se ren­dait au be­soin au vil­lage pour une course ur­gente. Elle sa­vait qu’Éli­na man­quait de temps et consa­crait au moins deux heures chaque jour à l’en­tre­tien de sa mai­son.

En pé­riode de va­cances, Ma­dy de­vait sou­vent, sur­tout par temps de pluie, sup­por­ter en même temps la pré­sence du jeune Luc. Le gar­çon, en ef­fet, ai­mait par­ti­cu­liè­re­ment res­ter chez lui quand il ne pou­vait pas jouer au-de­hors. Là, hor­mis la pré­sence de la jeune femme au dé­but de l’après-mi­di en gé­né­ral, il avait tout loi­sir d’en faire à sa guise. Ses pa­rents et son grand-père s’oc­cu­paient des chevaux, sa grand-mère avait à faire chez elle et Sa­rah, ses de­voirs fi­nis, ai­dait les adultes ou mon­tait les po­neys ; ain­si, loin de tous, le ga­min se sen­tait libre de toute contrainte.

Na­tu­rel­le­ment, Ma­dy le gron­dait quand il com­met­tait quelque ex­ploit dont il avait le se­cret, mais il n’en avait cure. Ou bien il igno­rait ses re­marques, ou bien il lui en­joi­gnait de le lais­ser tran­quille, en des termes bien loin de la po­li­tesse la plus élé­men­taire. La jeune femme me­na­çait Luc de rap­por­ter son com­por­te­ment à son père, pour­tant elle ne le fai­sait pas. Comme tout le per­son­nel des Bruyères, elle com­pa­tis­sait avec la fa­mille de ce ga­min in­so­lent et ne vou­lait sur­tout pas ra­jou­ter à leur souf­france ; tous étaient dé­jà as­sez dé­so­lés de n’avoir au­cune prise sur lui. Jus­qu’au jour où… **

* Ma­dy avait presque ter­mi­né le mé­nage et elle fi­nis­sait de ran­ger un peu de vais­selle lors­qu’une odeur de soufre l’in­quié­ta sou­dain. (à suivre)

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