Une image pas­sa­ble­ment écor­née

La chute de Ma­cron dans les son­dages est d’une am­pleur qua­si in­édite sous la Ve Ré­pu­blique

La Montagne (Vichy) - - France & Monde -

La cote de confiance d’Em­ma­nuel Ma­cron (40 %, moins 5 points) est en forte baisse trois mois après son en­trée en fonc­tion avec, à l’in­verse, une forte pro­gres­sion des mé­con­tents (55 %, + 9), se­lon un son­dage Elabe dif­fu­sé hier.

Deux mois après son ar­ri­vée aux af­faires, Em­ma­nuel Ma­cron ac­cuse une chute de po­pu­la­ri­té qua­si in­édite sous la Ve Ré­pu­blique, signe d’un pro­fond hia­tus entre la com­mu­ni­ca­tion pré­si­den­tielle et la « politique d’aus­té­ri­té » conduite par l’exé­cu­tif, ana­lyse le po­li­to­logue Jé­rôme Four­quet (IFOP).

Les en­quêtes se suivent et se res­semblent : 10 points de moins se­lon l’Ifop, 8 se­lon Har­ris In­te­rac­tive, 7 se­lon YouGov, 5 se­lon Elabe… « C’est une baisse in­éga­lée lors du pre­mier été d’un man­dat pré­si­den­tiel sous toute la Ve Ré­pu­blique. À une ex­cep­tion près, celle de Jacques Chi­rac, élu en 1995 sur la ré­duc­tion de la frac­ture so­ciale et qui avait an­non­cé un tour de vis sur la Sé­cu consi­dé­ré comme un re­nie­ment de ses pro­messes élec­to­rales. Em­ma­nuel Ma­cron était à 54 % d’opi­nions fa­vo­rables en juillet, quand Fran­çois Hol­lande était à 56 %, en juillet 2012, et Ni­co­las Sar­ko­zy à 66 % en 2007. »

« La chute de po­pu­la­ri­té de Hol­lande était in­ter­ve­nue très ra­pi­de­ment mais avait été plus lente. Quant à Ni­co­las Sar­ko­zy, il mar­chait tou­jours sur l’eau à la même pé­riode de son man­dat... »

Com­ment ex­pli­quer ce sou­dain dé­vis­sage ? « C’est la ré­sul­tante de mé­con­ten­te­ments et de griefs di­vers qui émanent de ca­té­go­ries de la po­pu­la­tion très dif­fé­rentes. La baisse est par­ti­cu­liè­re­ment mar­quée dans la fonc­tion pu­blique, 18 points contre 10 en moyenne. Elle té­moigne ici d’un mé­con­ten­te­ment ca­té­go­riel et sa­la­rial : gel du point d’in­dice, re­tour du jour de ca­rence vé­cu comme une me­sure vexa­toire, coupes bud­gé­taires… »

« Le deuxième foyer de mé­con­ten­te­ment im­por­tant, ce sont les re­trai­tés qui s’in­quiètent vi­ve­ment de la hausse an­non­cée de la CSG. Les cri­tiques portent aus­si sur l’at­ti­tude d’Em­ma­nuel Ma­cron à l’égard du gé­né­ral de Villiers. Beau­coup y voient un ex­cès d’au­to­ri­ta­risme conju­gué au re­nie­ment de la pa­role don­née sur le bud­get de la dé­fense. À ce­la s’ajoutent, plu­tôt dans l’élec­to­rat de gauche, des cri­ti­ ques sur la ré­cep­tion en grande pompe, à Paris, de Vla­di­mir Pou­tine et Do­nald Trump. D’une ma­nière gé­né­rale, Em­ma­nuel Ma­cron sort de l’état de grâce pour ren­trer dans l’at­mo­sphère et as­su­mer le coût politique de ses ar­bi­trages. »

« C’est très clair sur un su­jet phare de sa cam­pagne, la sup­ pres­sion de la taxe d’ha­bi­ta­tion. À la suite du dis­cours de politique gé­né­rale d’Edouard Phi­lippe, le trouble s’est ins­tal­lé par­mi les élec­teurs les plus mo­destes qui pour­raient en bé­né­fi­cier, mais ont com­pris qu’elle ne se­rait fi­na­le­ment ap­pli­quée que pro­gres­si­ve­ment. Quant aux ca­té­go­ries les plus ai­sées, elles re­doutent d’être une nou­velle fois les din­dons de la farce et de payer pour tous les autres. »

Un clair aver­tis­se­ment pour l’ave­nir ? « Dans une par­tie de l’opi­nion com­mence à s’ins­tal­ler le sen­ti­ment d’avoir af­faire à un grand sé­duc­teur et un com­mu­ni­cant hors pair, mais dont la com­mu­ni­ca­tion hy­per­hol­ly­woo­dienne et lé­chée est un ins­tru­ment au ser­vice d’une politique d’aus­té­ri­té ».

« Pré­ci­sons que notre son­dage a été réa­li­sé avant l’an­nonce d’une baisse de 5 eu­ros men­suels des APL et le coup de ra­bot de 300 mil­lions d’eu­ros pour les col­lec­ti­vi­tés lo­cales. Les Fran­çais mé­con­tents ont l’im­pres­sion qu’Em­ma­nuel Ma­cron pour­suit exac­te­ment la politique an­té­rieure, ce qui est d’au­tant plus pa­ra­doxal qu’il n’a de cesse de vou­loir se dé­mar­quer des er­reurs de son pré­dé­ces­seur et en­tend in­car­ner une “nou­velle politique” ».

« Or c’est dans les pre­miers mois du man­dat pré­si­den­tiel que se figent l’image et la grille de lec­ture des Fran­çais. Et une fois que le pli est pris, il est très dif­fi­cile de le dé­faire ! Le risque qui guette au­jourd’hui le pré­sident, c’est que les Fran­çais passent pro­gres­si­ve­ment du “il est brillant et réus­sit tout ce qu’il en­tre­prend” à “en fait, tout ça, c’est de la com” ! »

« En fait, tout ça, c’est de la com ! »

PHO­TO AFP

DÉSAMOUR. Les Fran­çais adorent brû­ler ce qu’ils ont ado­ré.

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