Un peu de rai­son froide

La Montagne (Vichy) - - Jeux - PAR CLAUDE SÉRILLON

Il suf­fit de peu de jours pour s’en aper­ce­voir : la po­li­tique, c’est un mé­tier.

On a beau, dans l’eu­pho­rie d’un raz­de­ma­rée élec­to­ral à nul autre pa­reil, cla­mer que tout un cha­cun peut de­ve­nir dé­pu­té ou mi­nistre, vite, la confron­ta­tion avec le réel ra­bat le ca­quet des com­men­ta­teurs en­thou­siastes.

« Bien sûr qu’on va s’amé­lio­rer », ré­pon­dait, hier, le Pre­mier mi­nistre, sans doute sin­cè­re­ment sur­pris par l’am­pleur de la tâche et par l’im­pa­tience chronique de l’opi­nion son­dée sous la cha­leur, c’est­à­dire éner­vée par la trans­pi­ra­tion et ain­si dé­jà mé­con­tente.

Les son­deurs s’en­nuient en été et font ce qu’ils peuvent pour meu­bler le vide des pages d’ac­tua­li­té.

Bien évi­dem­ment, on re­jet­te­ra sur les pré­dé­ces­seurs les res­pon­sa­bi­li­tés et on an­non­ce­ra maintes ré­formes. La dé­mo­cra­tie telle que nous la pra­ti­quons n’obéit plus au rythme des votes des élec­teurs. Elle tente juste de suivre la pré­ci­pi­ta­tion mé­dia­tique, le flux chao­tique des hu­meurs lo­cales et des co­lères so­cio­pro­fes­sion­nelles.

La po­li­tique est chose noble et doit donc, à l’in­verse de l’air am­biant vel­léi­taire, être res­pec­tée. Consi­dé­rer que l’élu est là pour don­ner sa­tis­fac­tion aux re­ven­di­ca­tions im­promp­tues, c’est ré­duire la re­pré­sen­ta­tion na­tio­nale à une boîte au­to­ma­tique dis­tri­buant des cré­dits. Avoir lais­sé pen­ser qu’être dé­pu­té, c’est fa­cile et à la por­tée de n’im­porte quel can­di­dat sur in­ter­net, est une belle men­te­rie.

Le tra­vail par­le­men­taire exige des connais­sances et des ex­per­tises dans tous les do­maines so­ciaux, in­dus­triels, éco­no­miques, scien­ti­fiques, cultu­rels… Il fut de bon ton de railler l’ama­teu­risme de l’équipe pré­cé­dente et au­jourd’hui, ça re­com­mence… La ten­ta­tion du ba­shing im­mé­diat pointe son nez de Pi­noc­chio.

« Avant moi des in­ca­pables, après moi des ar­ri­vistes ». Cette ci­ta­tion d’un trait prê­té à Sa­cha Gui­try vou­drait ré­su­mer un état d’es­prit com­mun à tout être dé­te­nant sou­dain un pou­voir. Le mieux est d’en rire. Et de gar­der, al­lon­gé sur une ser­viette de bain ou as­sis dans l’herbe des vaches, un peu de rai­son froide (ce qui fait du bien ac­tuel­le­ment) pour don­ner du temps à cha­cun d’ap­prendre son mé­tier po­li­tique.

L’er­reur fut de nier l’évi­dence et de faire croire à la ba­guette ma­gique. Le bon cô­té des choses, c’est de com­pa­rer se­rei­ne­ment les actes et les ré­sul­tats, mais ça, c’est pour plus tard.

Un pré­sident ha­bile et brillant ne suf­fit pas. Certes il im­pres­sionne et com­plexe quelque peu les nou­veaux de l’As­sem­blée. Lui, il est dans le cos­tume. À ses ap­puis au Par­le­ment de trou­ver les leurs, c’est­à­dire à eux de tra­duire la nou­veau­té en ef­fi­ca­ci­té.

Newspapers in French

Newspapers from France

© PressReader. All rights reserved.