épi­sode 45

La Montagne (Vichy) - - Annonces Classées -

Elle sa­vait Luc dans sa chambre à l’étage, aus­si ap­pe­la-t-elle, convain­cue ce­pen­dant que le ga­min, à son ha­bi­tude, ne lui ré­pon­drait pas :

« Tu es là-haut, Luc ? Qu’est-ce que tu ma­ni­pules ? »

Comme elle s’y at­ten­dait, Ma­dy n’ob­tint au­cune ré­ponse. L’odeur de brû­lé se pré­ci­sa sou­dain et la jeune femme se je­ta dans l’es­ca­lier. Luc n’était pas dans sa chambre mais dans la pe­tite salle de bains dont il n’avait pas re­fer­mé la porte. Mu­ni d’une grosse boîte d’al­lu­mettes, il les cra­quait une à une et les je­tait tout en­flam­mées sur le sol car­re­lé où, heu­reu­se­ment, elles ne tar­daient pas à s’éteindre.

À la vue de Ma­dy, il en­flam­ma brus­que­ment le bas du store dis­si­mu­lant la pe­tite fe­nêtre ; la ma­tière plas­tique prit feu aus­si­tôt et le ga­min sau­ta en ar­rière tan­dis qu’une flamme jau­nâtre com­men­çait à dé­vo­rer le bas du ri­deau.

« Sors de là, vite ! » hur­la la jeune femme en s’em­pa­rant d’un drap de bain éta­lé sur le por­te­ser­viettes. Luc re­cu­la jus­qu’au cou­loir tan­dis qu’elle frap­pait de toutes ses forces le bas du store en­flam­mé. Le feu s’étouf­fa presque aus­si­tôt tan­dis qu’une odeur épou­van­table em­plis­sait la pe­tite pièce. Ma­dy ar­ra­cha le ri­deau plas­ti­fié tout noir­ci, ou­vrit la fe­nêtre et le je­ta de­hors. Après seule­ment, une peur ré­tros­pec­tive s’em­pa­ra d’elle, la lais­sant toute trem­blante sur le pa­lier. Luc n’avait pas de­man­dé son reste et s’était en­fui en lais­sant la porte d’en­trée grande ou­verte.

Cette fois, Ma­dy ne pou­vait plus se taire, l’acte com­mis par le ga­min était trop grave. Certes, c’était par dé­fi qu’il avait en­flam­mé le ri­deau et peut-être ne me­su­rait-il pas vrai­ment la por­tée de son geste. Il avait huit ans et de­mi, la jeune femme es­pé­rait que son père par­vien­drait sans mal à l’ef­frayer en lui ex­pli­quant qu’il s’était sé­rieu­se­ment mis en dan­ger.

N’osant s’adres­ser di­rec­te­ment à Ma­thias, Ma­dy s’em­pres­sa d’in­for­mer Ra­chel de la der­nière in­ven­tion de son pe­tit-fils. Celle-ci lais­sa échap­per le cou­teau avec le­quel elle pe­lait des pommes pour une com­pote ; la stu­peur puis le dé­cou­ra­ge­ment se lurent sur son vi­sage de­ve­nu blême. Gê­née, Ma­dy re­gret­ta presque de lui avoir rap­por­té l’in­ci­dent.

« Je n’au­rais peut-être pas dû… mais je me suis dit que c’était trop grave…

– Tu as très bien fait au contraire, la cou­pa Ra­chel en re­pre­nant son sang-froid, nous de­vons pro­té­ger Luc contre lui­même. Que se­rait-il ar­ri­vé si tu n’avais pas été là ? »

Au­cune des deux femmes n’osait en­vi­sa­ger une telle hy­po­thèse : Luc griè­ve­ment brû­lé, étouf­fé peut-être par la fu­mée et les flammes, la mai­son in­cen­diée… Non, c’était trop hor­rible et, pour­tant, que se­rait-il ad­ve­nu du pe­tit gar­çon s’il s’était re­trou­vé seul chez lui ?

Pour la pre­mière fois, Ma­thias, à bout de pa­tience, per­dit son sang­froid et cor­ri­gea si fort son fils qu’Éli­na dut s’in­ter­po­ser.

(à suivre)

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