Des re­nar­deaux à l’école pri­maire

Quand nous avons de­man­dé à Ma­rie­Hé­lène La­fon, écri­vain née dans le Can­tal, d’évo­quer un sou­ve­nir d’en­fance dans la ré­gion, elle n’a pas hé­si­té. La scène se dé­roule à l’école de Saint­Sa­tur­nin, dans la val­lée de la San­toire, au dé­but des an­nées 1970. La f

La Montagne (Vichy) - - Magdimanche - Pas­cale Fau­riaux pas­cale.fau­riaux@cen­tre­france.com

Au­jourd’hui en­core, lors­qu’elle lui rend vi­site du­rant l’été, elle l’ap­pelle « le maître ». Tout comme dans les livres (Al­bum par exemple) où elle l’évoque.

Ce maître, le maître donc, est à l’ori­gine du sou­ve­nir qu’a choi­si d’évo­quer Ma­rie­Hé­lène La­fon. Car­rure im­po­sante, au­to­ri­té na­tu­relle et bien­veillance si­tuent le per­son­nage. Mais pas seule­ment. À Saint­Sa­tur­nin, ce vil­lage du Can­tal où il en­seigne, il est aus­si chas­seur et pê­cheur. « À ce titre, c’est un pré­da­teur, mais avec une bien­veillance pour les choses de la na­ture », pré­cise Ma­rieHé­lène La­fon, qui ajoute « c’est un ex­cellent connais­seur de la faune et de la flore ». Il est aus­si taxi­der­miste.

Jour­née par­ti­cu­lière

En sou­li­gnant que beau­coup des élèves de la classe sont des en­fants de pay­sans, Ma­rie­Hé­lène La­fon ex­plique aus­si qu’ils « n’étaient ja­mais confron­tés aux bêtes di­recte­ ment ». Un ma­tin, le maître an­nonce à ses élèves qu’il va leur mon­trer quelque chose. L’heure de la ré­créa­tion ve­nue, « nous dé­cou­vrons une grande cage à claire­voie, en par­tie cou­verte d’un linge dans la cour de l’école », se sou­vient avec pré­ci­sion l’an­cienne élève de M. Bru­net. Quand le maître sou­lève le linge, « nous dé­cou­vrons deux re­nar­deaux ter­ri­fiés : ils sont ir­ré­sis­tibles, par leur grâce, leur per­fec­tion, leur élé­gance ». Le cercle d’une quin­zaine de ga­mins com­prend que la mère est morte, et que le maître a re­cueilli les deux re­nar­deaux.

À la fin de la ré­créa­tion, tout le monde re­tourne en classe, mais ce n’est pas un jour comme les autres : « l’am­biance est re­cueillie, presque re­li­gieuse », ob­serve Ma­rie­Hé­lène La­fon.

Puis, cha­cun rentre chez soi en fin de jour­née. Le len­de­main, re­tour à l’école : la cage est bien là, mais… vide. Le maître dit que quel­qu’un est ve­nu dans la nuit pour li­bé­rer les re­nar­deaux. Et ex­plique à ses élèves que ce geste pro­met­tait les ani­maux à une mort cer­taine, car ils étaient trop jeunes pour se dé­brouiller dans la na­ture sans leur mère.

Le sou­ve­nir très pré­cis d’une jour­née de classe in­ha­bi­tuelle. MA­RIE-HÉ­LÈNE LA­FON

ÉCOLE. Le bâ­ti­ment abrite au­jourd’hui la mai­rie de Saint-Sa­tur­nin (Can­tal).

Newspapers in French

Newspapers from France

© PressReader. All rights reserved.