Un Au­ver­gnat di­rige le mu­sée de l’Homme

Ori­gi­naire du Can­tal, An­dré Del­puech a pris au prin­temps, la tête du cé­lèbre site pa­ri­sien

La Montagne (Vichy) - - Portrait - Yann Bays­sat

« J’ai tou­jours été au­tant en­tre­pre­neur que scien­ti­fique »

L’aven­tu­rier in­tré­pide ori­gi­naire du Can­tal a bien tour­né. Après plu­sieurs vies, An­dré Del­puech pré­side au­jourd’hui à Pa­ris aux des­ti­nées du mu­sée de l’Homme.

C’est à Sé­riers, un pe­tit village du Can­tal, que tout a com­men­cé il y a quelques dé­cen­nies. À deux pas de cette mai­son, où sa mère te­nait le bar­ta­bac, seul com­merce du bourg, et où son père avait son ate­lier de me­nui­se­rie.

C’est ici, sur le par­vis de l’église, alors qu’il avait une di­zaine d’an­nées, qu’An­dré Del­peuch me­na ses pre­mières fouilles. Avec une bande de co­pains, il creu­sa, creu­sa… « J’avais l’im­pres­sion d’avoir creu­sé à plu­sieurs mètres de pro­fon­deur alors qu’en réa­li­té j’avais dû pio­cher, je pense, de quelques cen­ti­mètres », sou­rit cet Au­ver­gnat qui a de­puis sa­cré­ment creu­sé son sillon.

« J’ai tou­jours été au­tant en­tre­pre­neur que scien­ti­fique, ex­plique An­dré Del­puech. Je ne sais pas si c’est un ha­sard, mais je me suis tou­jours re­trou­vé à lan­cer des pro­jets, et c’est ce qui me pas­sionne. » Ain­si, l’ar­chéo­logue de for­ma­tion, après des pre­mières re­cherches dans la val­lée de l’Ala­gnon, se re­trouve à di­ri­ger les pre­mières fouilles de pré­ser­va­tion. « C’était dans les an­nées 1980, l’époque des grands chan­tiers au­to­rou­tiers. J’ai no­tam­ment tra­vaillé sur l’A5, entre la ré­ gion pa­ri­sienne et Troyes, c’était im­mense. »

Dans les an­nées 1990, il par­ti­cipe à l’éclo­sion de l’ar­chéo­lo­gie en Gua­de­loupe. Avant de prendre la tête de la col­lec­tion Amé­riques du mu­sée du Quai Bran­ly, un an avant sa créa­tion, jus­qu’au dé­but de cette an­née. Là, il pos­tule à la di­rec­tion du mu­sée de l’Homme. Pour par­ti­ci­per cette fois à une re­nais­sance.

Car « la vé­né­rable ins­ti­tu­tion » comme il l’ap­pelle af­fec­tueu­se­ment, doit au­jourd’hui se ré­in­ven­ter. « C’est un mu­sée à part, dé­taille­t­il. Quand Paul Ri­vet l’a créé en 1937, c’était dans une lo­gique mi­li­tante an­ti­ra­ciste, an­ti­fas­ciste. Les pre­miers ré­seaux de ré­sis­tance pa­ri­siens se­ront d’ailleurs abri­tés dans ces murs. Après guerre, le mu­sée pour­suit cette mis­sion, et ac­quière une au­ra in­ter­na­tio­nale, no­tam­ment sous la di­rec­tion de Claude Lé­vi­Strauss. Avant de pé­ri­ cli­ter, à cause de guerres in­tes­tines, quand il se­ra dé­ci­dé que cha­cune de ses trois ailes au­ra un di­rec­teur, sans su­pé­rieur. » Car au mu­sée de l’Homme, on y par­lait pré­his­toire comme an­thro­po­lo­gie et eth­no­lo­gie.

Ti­raillé, le site se­ra même dé­pe­cé : « 80 % des arts exo­tiques sont par­tis suite aux créa­tions du Quai Bran­ly et du mu­sée de la Mé­di­ter­ra­née à Mar­seille. C’est d’ailleurs as­sez iro­nique que moi, ve­nant du quai Bran­ly, sou­vent per­çu comme l’en­ne­mi à l’époque, je me re­trouve ici. » Un temps, la fer­me­ture du mu­sée est en­vi­sa­gée… mais l’in­verse se pro­duit : plus de 100 mil­lions d’eu­ros sont in­jec­tés pour sa ré­no­va­tion. Et, après six ans de tra­vaux, le mu­sée rouvre en 2015. Sans di­rec­teur, jus­qu’à la no­mi­na­tion d’An­dré Del­peuch au prin­temps. « Pour une fois, j’ar­rive quand tout est fait, c’est confor­table » sou­rit­il.

Comme pour éva­cuer l’énorme pres­sion qui pèse sur ses épaules.

Car le voi­là à la tête de près de soixante per­sonnes, sur un site abri­tant quelque 150 cher­cheurs, qui doit se ré­in­ven­ter. Et, ne le ca­chons pas, faire du chiffre. « L’an der­nier, il y a eu 300.000 vi­si­teurs et ce n’est pas as­sez, on me l’a ex­pli­qué. Il faut donc ré­flé­chir à ce que doit être ce mu­sée au­jourd’hui. Sans tom­ber dans la fa­ci­li­té. Parce qu’on sait comment at­ti­rer du monde : on met Pi­cas­so, les im­pres­sion­nistes ou les Mayas dans le titre d’une ex­po­si­tion et il y a la queue, même s’il n’y a pas grand­chose à pré­sen­ter. »

De multiples pro­jets en tête

Alors, dans quelles di­rec­tions par­tir ? Ce puits de science in­ta­ris­sable, aus­si di­sert sur les vieilles pierres de Sé­riers que prompt à com­pa­rer les routes de l’agri­cul­ture pré­his­to­rique à celles qu’em­pruntent ac­tuel­le­ment les ré­fu­giés, a maintes idées, comme son mu­sée a maintes iden­ti­tés. Des par­te­na­riats avec des mu­sées étran­gers jus­qu’à la vente d’ex­po­si­tions en for­mats dif­fé­rents. D’une ex­po­si­tion sur l’homme aug­men­té, à l’oc­ca­sion des pro­chains Jeux Olym­piques, à l’or­ga­ni­sa­tion d’un évé­ne­ment pour l’an­ni­ver­saire de la Dé­cla­ra­tion des droits de l’homme. Ou à un tra­vail sur la scé­no­gra­phie, sans ja­mais ou­blier la sub­stance hu­ma­niste des lieux.

De vastes pro­jets « que je ne m’ima­gi­nais pas me­ner quand je fré­quen­tais l’en­droit comme étu­diant. » En­core moins quand, après quelques coups de pioche à cô­té de l’église de Sé­riers, il se fai­sait gron­der par le pre­mier ad­joint.

ORI­GINE. C’est ici, au pied de l’église de Sé­riers, dans le Can­tal, qu’An­dré Del­puech a com­men­cé sa vie de cher­cheur.

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