Mal­veillance ou né­gli­gence ?

Dans le Sud­Est et en Corse, la po­lice scien­ti­fique mène l’en­quête

La Montagne (Vichy) - - Jeux -

De­puis juillet, le Sud-Est de la France et la Corse su­bissent des in­cen­dies qui ont ra­va­gé 7.000 hec­tares de vé­gé­ta­tion. Pour les se­cou­ristes, la ré­pé­ti­tion de feux en Corse laisse pré­sa­ger une « ori­gine cri­mi­nelle » (in­for­ma­tion non confir­mée par le pro­cu­reur de la Ré­pu­blique à Ajac­cio). La po­lice scien­ti­fique cherche à dé­ter­mi­ner la cause de ces in­cen­dies.

Quand une vaste zone dé­vas­tée par un in­cen­die de fo­rêt de­vient un ter­rain d’en­quête, le tra­vail de la po­lice re­vient à « cher­cher une ai­guille dans une botte de foin », té­moigne Luc Ra­mon. Cet in­gé­nieur de po­lice tech­nique et scien­ti­fique et ex­pert « in­cen­dies et ex­plo­sions au la­bo­ra­toire » de l’INPS à Mar­seille ne cache pas l’âpre­té de la tâche, lorsque son ser­vice est sai­si par la jus­tice.

« On n’est pas sol­li­ci­té sys­té­ma­ti­que­ment. On in­ter­vient sur les causes les plus dif­fi­ciles », ex­plique Luc Ra­mon, dont les 20 an­nées d’ex­pé­rience ne sont pas de trop pour ré­soudre ces en­quêtes en ap­pui des cel­lules RCCI (re­cherche des causes et cir­cons­tances d’in­cen­die) pour la po­lice ou leurs équi­va­lentes, « Vul­cain », pour les gen­darmes.

« Re­cen­trer une zone »

« On s’ap­puie sur les com­pé­tences des pom­piers et de l’ONF (Of­fice na­tio­nal des fo­rêts) pour voir les condi­tions de pro­pa­ga­tion du feu, sa­voir son orien­ta­tion et es­sayer de re­ve­nir à la zone de dé­part ou des dé­parts de feu », dé­taille l’ex­pert.

« Nous es­sayons de re­cen­trer une zone. C’est très dé­li­cat mais nous ar­ri­vons tou­jours à lo­ca­li­ser une zone de pré­lè­ve­ment d’en­vi­ron une cen­taine de m2 », ajoute­t­il. « Dans cette zone­là, on fait une ex­ploi­ta­tion des traces pour es­sayer de mettre en évi­dence un sys­tème de mise à feu », com­plète Luc Ra­mon. L’ex­pé­rience prime mais « le feu va dé­truire les in­dices qui en sont l’ori­gine » et compte te­nu de la sé­che­resse de ces ré­gions en été, un simple bri­quet suf­fit à mettre le feu.

Le rôle de la po­lice tech­nique et scien­ti­fique ne s’ar­rête pas au ter­rain stric­to sen­su. Elle réa­lise éga­le­ment des pré­lè­ve­ments sur les éven­tuels mis en cause pour, par exemple, ana­ly­ser leurs vê­te­ments, ce qui per­met de les confondre ou de les in­no­cen­ter.

Les feux d’ori­gine mal­veillante sont loin d’être ma­jo­ri­taires, constate ce­pen­dant l’ex­pert. « Bien sou­vent, les feux re­lèvent de l’im­pru­dence, ce sont des ac­ci­dents liés à l’ac­ti­vi­té do­mes­tique, un coup de foudre, des pots ca­ta­ly­tiques au contact de la vé­gé­ta­tion, des tra­vaux fo­res­tiers, des bar­be­cues… »

1.878 feux ont été ré­per­to­riés en 2016 sur les 15 dé­par­te­ments du grand Sud de la France. 1.550 fai­saient moins d’un hec­tare. « On s’aper­çoit qu’il y a un grand nombre de dé­parts de feu mais qu’ils res­tent res­treints, car les pom­piers ont des tech­niques d’in­ter­ven­tion beau­coup plus ef­fi­caces qu’avant », com­mente Luc Ra­mon. En 2017, 1.013 feux ont dé­jà été ré­per­to­riés.

PHO­TO AFP

FO­RÊT EN FEU. Ici à Ri­gaud, au nord de Nice.

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