L’apé­ri­tif s’était ache­vé dans le sang

Dix mois de pri­son pour avoir por­té des coups de cou­teau

La Montagne (Vichy) - - Région Faits Divers - Ch­ris­tian Le­fèvre

Un jeune homme de 27 ans a été condam­né, hier, à dix-huit mois de pri­son, dont huit avec sur­sis et mise à l’épreuve pen­dant deux ans et main­te­nu en dé­ten­tion (*). Il avait as­sé­né au moins trois coups de cou­teau à un autre consom­ma­teur, le 30 juillet, dans un bar d’Aul­nat.

Dans la salle d’au­dience du tri­bu­nal cor­rec­tion­nel de Cler­mont­Fer­rand, un homme a du mal à gar­der son calme. Au bout de son bras droit main­te­nu en écharpe, sa main dis­pa­raît sous un im­pres­sion­nant ban­dage. Il cache les ter­ribles bles­sures in­fli­gées par un cou­teau de chasse, le di­manche 30 juillet, dans un bar d’Aul­nat (notre édi­tion du 3 août). Elles lui valent ac­tuel­le­ment une ITT (in­ca­pa­ci­té to­tale de tra­vail) de 45 jours. Et privent pour le mo­ment ce sou­deur de pro­fes­sion, âgé de 37 ans, de l’usage de son ou­til de tra­vail.

Des ver­sions à géo­mé­trie va­riable

De l’autre cô­té de la salle, dans le box des pré­ve­nus, un jeune homme de 27 ans, ju­gé en com­pa­ru­tion im­mé­diate. C’est lui qui a sor­ti son arme blan­ che et frap­pé, ce di­manche, peu avant 20 heures. Si le jeune homme re­con­naît être l’au­teur de ces vio­lences, il a tou­te­fois une ex­pli­ca­tion à ce­la : « Il (la vic­time, NDLR) m’a me­na­cé, in­sul­té et frap­pé. Il di­sait des trucs bi­zarres. Toute la soi­rée, il a em­bê­té tout le monde, il était bour­ré. Et puis j’ai pris peur et j’ai frap­pé… Mais je ne pen­sais pas l’avoir bles­sé. Et lui, il en ra­joute, beau­coup, beau­coup ». Le pro­blème, c’est que per­ sonne, par­mi les clients pré­sents ce soir­là, n’a confir­mé sa ver­sion. Ou plu­tôt ses ver­sions, qui n’ont ces­sé de va­rier. Et sur­tout pas la vic­time. Ap­pe­lé à la barre, le tren­te­naire contient mal sa co­lère : « Je n’ai ja­mais me­na­cé, ni frap­pé per­sonne, in­siste­t­il. C’est la­men­table d’en­tendre ça. La vic­time, c’est bien moi. C’est moi qui ai pris des coups de cou­teau pour rien ! ».

Der­rière la vitre de son box, le pré­ve­nu, qui confirme avoir bu « une dou­zaine de bières » ce jour­là, dit « re­gret­ter vi­ve­ment » son geste. Mais sans convaincre l’avo­cate de la par­tie ci­vile, Me Hus­sar. « Ce jeune homme ne cherche qu’une chose : à mi­ni­mi­ser son acte, qui au­rait pu lui va­loir la cour d’as­sises », plaide­t­elle, avant de sol­li­ci­ter une ex­per­tise mé­di­cale.

« Ce qui est avé­ré et in­dis­cu­table dans ce dos­sier, ce sont bien les coups de cou­teau et les bles­sures dé­fen­sives de la vic­time, a pour­sui­vi le re­pré­sen­tant du mi­nis­tère pu­blic, Loïc Ey­ri­gnac. Lors­qu’il boit, le com­por­te­ment du pré­ve­nu de­vient in­to­lé­rable et ir­res­pon­sable ».

L’avo­cat du jeune homme, Me Kha­ni­far, a dé­plo­ré « le dé­fi­cit de vé­ri­té dont souffre ce dos­sier ». « C’est une que­relle de bis­trot, ab­surde et dé­so­lante. Ne le condam­nez pas trop vite, ni trop sé­vè­re­ment ».

(*) Conforme aux ré­qui­si­tions du par­quet, cette peine est as­sor­tie d’obli­ga­tions de soins, de tra­vail et d’in­dem­ni­ser la vic­time, mais aus­si de plu­sieurs in­ter­dic­tions : de dé­te­nir une arme, d’en­trer en contact avec la vic­time et de fré­quen­ter les bars.

PHOTO D’AR­CHIVES FRAN­CIS CAMPAGNONI

BLES­SURES. No­tam­ment tou­chée à la main droite, la vic­time, sou­deur de pro­fes­sion, fait ac­tuel­le­ment l’ob­jet d’une ITT de 45 jours.

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