Li­li, plus d’un de­mi-siècle de comptoir

Fé­li­cie De­chartre tient le der­nier com­merce du vil­lage de 200 ha­bi­tants, le tout à 88 ans

La Montagne (Vichy) - - Le Portrait - Florent Ley­bros

« Je conti­nue­rai tant que ma san­té le per­met­tra »

En­fant du pays, Fé­li­cie De­chartre est à la tête du bar­ta­bac « Chez Li­li », et s’at­tache à faire vivre son vil­lage de Saint-Fargeol, de­puis plus d’un de­mi-siècle.

L’am­biance est des plus calme lorsque l’on tra­verse le bourg de Saint­Fargeol, vé­ri­table car­re­four entre l’Al­lier, la Creuse et le Puy­de­Dôme. Le vil­lage de 200 ha­bi­tants a comme la plu­part de ses voi­sins, été sé­vè­re­ment tou­ché par l’exode ru­ral et a vu le temps d’une gé­né­ra­tion à peine, ses com­merces bais­ser ri­deau. Pour­tant, un éta­blis­se­ment fait en­core fi­gure d’ex­cep­tion. Les ir­ré­duc­tibles De­chartre, font vivre de­puis quatre gé­né­ra­tions un com­merce au­tre­fois bar­ta­bac épi­ce­rie, avec une re­nom­mée qui al­lait au­de­là même du dé­par­te­ment, grâce à la confec­tion de mas­se­pains, sorte de ma­ca­rons dont seul Jean De­chartre en avait le se­cret.

« Ça m’a ai­dé à re­par­tir »

Au­jourd’hui, c’est sa femme Fé­li­cie, dit « Li­li », qui est der­rière le comptoir et gère éga­le­ment le pe­tit dé­pôt de ta­bac at­te­nant, le tout à 88 ans. « Je n’ai pas de se­cret par­ti­cu­lier, je ne fais pas de ré­gime. Mes clients et leurs pe­tites his­toires me permettent de te­nir le coup », concède­t­elle. Mal­gré le dé­cès de son ma­ri en 1994 qui était agri­cul­teur de pro­fes­sion, Li­li a te­nu à pour­suivre l’ac­ti­vi­té. « J’ai dû dé­mé­na­ger chez ma fille Ma­rie­Fran­çoise, mais je suis quand même re­ve­nue ou­vrir la porte du com­merce, ça m’a ai­dé à re­par­tir. Ma fille me dé­pose chaque ma­tin quand elle part tra­vailler à Pion­ sat. Quand je n’ai plus de client, je l’ap­pelle et elle re­vient me cher­cher ». Une rou­tine bien hui­lée lui per­met­tant d’ac­cueillir tous les jours de l’an­née, une clien­tèle for­mée es­sen­tiel­le­ment « de gens du coin, qui sont contents de se re­trou­ver pour dis­cu­ter après le bou­lot. Même s’ils sont moins nom­breux qu’avant ».

Un temps que re­grette Fé­li­cie, un brin nos­tal­gique. « Il y avait plus d’ac­ti­vi­té, les gens vi­vaient beau­coup mieux alors qu’ils n’avaient pas plus d’ar­gent que main­te­nant. À Saint­Fargeol on avait trois épi­ce­ries avec cha­cune sa spé­cia­li­té, deux­trois ca­fés, une école et de nom­breux pay­sans. Les clients ve­naient uti­li­ser notre ca­bine té­lé­pho­nique pour ap­pe­ler le doc­teur ou le vé­té­ri­naire de Mont­lu­çon. Je fai­sais mes com­ mandes sur pa­pier et on les en­voyait par té­lé­grammes. Au­jourd’hui, c’est les pia­nos (les or­di­na­teurs) qui ont pris le re­lais. Pa­reil pour le ta­bac, avec les pa­quets neutres on ne re­con­naît plus les marques. Pour trou­ver les Wins­ton par exemple c’est plus

com­pli­qué. C’est vrai­ment toute une autre vie ». Pour que la fi­gure du com­merce lo­cal s’y re­trouve dans ses pa­quets, sa fille lui a concoc­té des éti­quettes qu’elle a dé­po­sées sur les éta­gères de la vi­trine, de fa­çon à clas­ser et re­con­naître cha­cun d’entre eux. Autre pro­blème, autre so­lu­tion. Puisque pour la par­tie ad­mi­nis­tra­tive et nou­velles tech­no­lo­gies, c’est Ber­nard, le gendre qui s’y colle et passe ses com­mandes.

Une en­traide et un es­prit fa­mi­lial à l’image des ha­bi­tués du bar, qui n’hé­sitent pas à pas­ser der­rière le comptoir si be­soin. « Ici on réunit les gens de l’Al­lier, mais aus­si du Puy­deDôme et de la Creuse, dé­cla­rait un groupe de fi­dèles clients au­tour d’un verre de 51. Chez la Li­li, on rit et on pleure, ça met de l’ani­ma­tion au vil­lage, sans ça il n’y au­rait plus rien. La Li­li est très sym­pa, c’est une per­sonne hy­per brave. On sou­haite qu’elle tienne en­core 100 ans ! »

Et cer­tai­ne­ment que Fé­li­cie, aus­si. « Des fois je pour­rais me dire que je ne viens pas ser­vir. Mais ce n’est pas dans mon tem­pé­ra­ment. Je conti­nue­rai tant que ma san­té le per­met­tra. En­suite j’es­père au moins que la mai­son res­te­ra dans la fa­mille », conclut­elle. En at­ten­dant, une chose est sûre, les verres conti­nue­ront de trin­quer à Saint­Fargeol. « À ta san­té » Li­li.

PHO­TO CÉ­CILE CHAMPAGNAT

AU COMPTOIR. Fé­li­cie De­chartre, sur­nom­mée Li­li, tient le bar-ta­bac de Saint-Fargeol de­puis plus de 50 ans.

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