Ren­for­cer les cri­tères de sé­cu­ri­té

Après Puis­se­guin, en 2015, des ex­perts re­com­mandent de dur­cir les normes des vé­hi­cules

La Montagne (Vichy) - - France & Monde Actualités -

Dé­non­çant la pré­sence de ma­té­riaux toxiques, de dis­po­si­tifs de sé­cu­ri­té mal adap­tés et d’un ré­ser­voir de ga­zole non ho­mo­lo­gué pour ex­pli­quer le lourd bi­lan de l’ac­ci­dent d’au­to­car de Puis­se­guin (Gi­ronde), des ex­perts ont ap­pe­lé, hier, à ren­for­cer les normes de construction des vé­hi­cules.

Le bu­reau d’en­quêtes sur les ac­ci­dents de trans­port ter­restre (BEA­TT) a pu­blié un rap­port dé­taillant les cir­cons­tances et les en­sei­gne­ments à ti­rer de l’ac­ci­dent qui a fait 43 morts, le 23 oc­tobre 2015, le plus meur­trier im­pli­quant un au­to­car en France de­puis ce­lui de Beaune, en 1982.

Ce rap­port note que la cause di­recte de l’ac­ci­dent est une perte de contrôle du poids lourd en­tré en col­li­sion avec l’au­to­car dans un vi­rage : « Un violent in­cen­die s’est dé­cla­ré im­mé­dia­te­ment après la col­li­sion. L’au­to­car a été très ra­pi­de­ment en­va­hi par une fu­mée noire toxique et at­ta­qué par les flammes. »

Pour les en­quê­teurs, « plu­sieurs fac­teurs » ont joué un rôle dans le bi­lan. Par­mi eux, « la pré­sence d’un ré­ser­voir ad­di­tion­nel de ga­zole ins­tal­lé au dos de la ca­bine du trac­teur rou­tier non con­forme à la

ré­gle­men­ta­tion », un élé­ment dé­jà mis en évi­dence par une en­quête de gen­dar­me­rie, cou­rant juillet 2016.

Les consé­quences de l’ac­ci­dent ont éga­le­ment été ag­gra­vées par « la na­ture des ma­té­riaux uti­li­sés pour l’aménagement intérieur de l’au­to­car, leur te­nue au feu et la toxi­ci­té des gaz dé­ga­gés par leur com­bus­tion », ain­si que par « la dif­fi­cul­té pour les pas­sa­gers d’ac­tion­ner les dis­po­si­tifs de désen­fu­mage équi­pant l’au­to­car ».

« Chan­ger les choses »

Les en­quê­teurs ont aus­si re­le­vé « la dif­fi­cul­té pour les pas­sa­gers d’uti­li­ser les deux ac­cès et les sor­ties de se­cours de l’au­to­car et l’ab­sence d’éclai­rage à l’intérieur de l’au­to­car après la col­li­sion ».

« On n’avait ja­mais eu d’in­for­ma­tion sur la fa­çon dont ce­la avait pu se pas­ser : pour­quoi ce feu si ra­pi­de­ment, pour­quoi ces fu­mées si im­por­tantes et si toxiques. C’étaient les vé­ri­tables ques­tions », a dé­cla­ré Me Ma­rie Mes­cam.

Se­lon l’avo­cate – qui re­pré­sente plus de 300 des quelque 350 vic­times di­rectes ou in­di­rectes de l’ac­ci­dent – « la plus grosse dé­cou­verte pour les vic­times, ce sont les normes an­ti­feu dans le bus qui sont ex­trê­me­ment basses et ont peu évo­lué ».

Me Mes­cam a ap­pe­lé à la mo­bi­li­sa­tion des au­to­ri­tés et de l’opi­nion pu­blique pour « chan­ger les choses » : « Il y a à peu près un bus par mois qui s’em­brase en France. Au moins que cette ca­tas­trophe nous fasse avan­cer, que la sé­cu­ri­té à la­quelle on est en droit de s’at­tendre dans les bus soit la même que dans les avions, les trains, les ba­teaux », a­t­elle plai­dé.

Lé­gis­la­tion

En conclu­sion, le BEATT pré­co­nise de mo­di­fier la lé­gis­la­tion en ma­tière de « contrôle de l’ins­tal­la­tion de ré­ser­voirs ad­di­tion­nels sur les vé­hi­cules », mais aus­si de construction des au­to­cars.

Il est né­ces­saire, se­lon les en­quê­teurs, de ren­for­cer « la te­nue au feu des ma­té­riaux uti­li­sés dans la construction des vé­hi­cules et sur l’in­tro­duc­tion de nou­velles exi­gences en ma­tière de toxi­ci­té des gaz dé­ga­gés par la com­bus­tion de ces ma­té­riaux ».

Le BEA­TT sou­haite aus­si « un ren­for­ce­ment des mé­ca­nismes d’ou­ver­ture des dis­po­si­tifs de désen­fu­mage afin d’en fa­ci­li­ter l’uti­li­sa­tion et l’ajout d’une porte de se­cours po­si­tion­née sur la par­tie ar­rière du vé­hi­cule », ou à dé­faut que les fe­nêtres d’éva­cua­tion soient ren­dues « ma­noeu­vrables ins­tan­ta­né­ment ».

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