Sur­saut po­li­tique pour le lac Baï­kal

La Montagne (Vichy) - - France & Monde Actualités - Kath­leen Franck kath­leen.franck@gmail.com

Le lac Baï­kal, en Si­bé­rie, contient 20 % des ré­serves d’eau douce non ge­lées de la pla­nète. Plus grande ré­serve na­tu­relle sur Terre, il abrite aus­si de nom­breuses es­pèces vé­gé­tales et ani­males. Clas­sé en 1996 par l’Unes­co au pa­tri­moine mon­dial de l’hu­ma­ni­té, ce lac est l’un des plus an­ciens au monde – d’une lar­geur de 600 km et pro­fond jus­qu’à 1.630 mètres – et sa pré­ser­va­tion est ré­cem­ment de­ve­nue une prio­ri­té pour le gou­ver­ne­ment russe.

Vla­di­mir Pou­tine s’est lui-même ren­du sur le lac, le 4 août der­nier, pour dé­non­cer l’am­pleur de la pol­lu­tion. Il a de­man­dé la mise en oeuvre en ur­gence de me­sures afin de ré­pa­rer le pré­ju­dice écologique in­fli­gé à cette ré­serve, char­geant la jus­tice d’en­quê­ter sur les ac­ti­vi­tés « illé­gales et nui­sibles à l’en­vi­ron­ne­ment » sur tout le ter­ri­toire du Baï­kal.

Pour comprendre cet en­ga­ge­ment po­li­tique, il faut re­mon­ter en 2013. Une fa­brique de cel­lu­lose vient d’être fer­mée car son ac­ti­vi­té se si­tue aux abords du lac si­bé­rien. Bi­lan ca­tas­tro­phique : elle est res­pon­sable de 90 % de sa pol­lu­tion, se­lon Ma­ri­na Eri­kh­va­no­va, pré­ si­dente de l’as­so­cia­tion « La vague du Baï­kal ». Sa fer­me­ture il y a quatre ans a permis d’en­rayer la conta­mi­na­tion du lac, mais des per­tur­ba­tions de la faune et de la flore au sein de son éco­sys­tème conti­nuent d’être dé­ce­lées. Des crevettes peu­plant les fonds ma­rins du lac et res­pon­sables d’une bonne par­tie de son net­toyage, migrent de plus en plus en pro­fon­deur et se re­pro­duisent moins. Consé­quences du ré­chauf­fe­ment cli­ma­tique et sur­tout de la pol­lu­tion, des algues pro­li­fèrent au nord du lac.

Ma­ri­na Eri­kh­va­no­va, à l’époque en charge de lut­ter pour la fer­me­ture de l’usine de cel­lu­lose, pré­ve­nait en 2013 que l’eau du lac était en­tiè­re­ment re­nou­ve­lée tous les 300 ans et que toute trace de pol­lu­tion pro­vo­que­rait des sé­quelles à long terme. Elle aler­tait aus­si en ex­pli­quant qu’une tâche de pol­lu­tion com­pre­nant 300 types dif­fé­rents de com­po­sants chi­miques stag­nait au fond du lac. Trop pro­fonde pour être étu­diée, elle contien­drait du chlore, du phé­nol et du souffre, in­gé­rés par les or­ga­nismes vi­vants du lac.

Cette usine fonc­tion­nait de­puis les an­nées 1960, mar­quant des dé­cen­nies de pol­lu­tion. Mais les an­nées 2000 et le ren­for­ce­ment de la conscience écologique ont frei­né les pro­jets des hommes d’af­faires qui voyaient dans la construction d’un oléo­duc le long des rives du lac Baï­kal – aux abords de l’usine – un fac­teur de crois­sance éco­no­mique.

Une forte mo­bi­li­sa­tion d’ONG et de scien­ti­fiques avait alors émer­gé. Jus­qu’à ce qu’en 2006 le pro­jet d’oléo­duc soit re­je­té par Vla­di­mir Pou­tine. L’état du lac était à l’époque cri­tique, tant les eaux usées liées à la pro­duc­tion de cel­lu­lose et de pâtes à pa­pier y avaient été re­je­tées. Le mou­ve­ment éco­lo­giste a été re­lé­gué au se­cond plan dans les an­nées 2000 en Rus­sie. Les dé­lais pour fer­mer pu­re­ment et sim­ple­ment l’en­tre­prise ont été longs. Au même mo­ment, le mi­nis­tère russe char­gé de l’en­vi­ron­ne­ment a été sup­pri­mé, ses fonc­tions étant trans­fé­rées à un autre mi­nis­tère, dé­mon­trant bien une dé­so­li­da­ri­sa­tion du gou­ver­ne­ment russe sur les ques­tions en­vi­ron­ne­men­tales à cette époque. Pour l’ins­tant, les crevettes du lac Baï­kal servent de baromètre pour me­su­rer sa san­té. En 2013, il était ques­tion de créer un centre de sto­ckage et de trai­te­ment de don­nées à la place de l’usine. Mais rien n’a été of­fi­cia­li­sé.

AFP

DÉ­CHETS. Soixante ans de pol­lu­tion in­dus­trielle ont été dé­non­cés par Pou­tine.

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