LE FEUILLE­TON

La Montagne (Vichy) - - Annonces Classées -

Sur le che­min du re­tour aux Bruyères, Éli­na ne put re­te­nir ses larmes. Elle avait tant es­pé­ré que les maîtres de Luc sau­raient leur in­di­quer un moyen d’as­sa­gir son fils.

« Ne per­dons pas cou­rage, la ras­su­ra dou­ce­ment Ma­thias. Comme l’a dit le di­rec­teur, il n’a même pas neuf ans, il peut en­core chan­ger d’au­tant qu’il est in­tel­li­gent, tu l’as en­ten­du comme moi.

– Pour­quoi n’est-il pas comme Sa­rah ? Qu’avons-nous fait ou pas, nous, ses pa­rents ? J’ai pour­tant tou­jours eu le sen­ti­ment que nous l’édu­quions exac­te­ment comme sa soeur…

– Ne te tourmente pas ain­si, ré­pon­dit Ma­thias en ar­rê­tant la voi­ture pour at­ti­rer sa femme contre lui et l’em­bras­ser. Ce n’est pas notre faute, j’en suis cer­tain, et nous ne de­vons pas culpa­bi­li­ser. Je vais ten­ter l’im­pos­sible pour l’ama­douer, j’ignore com­ment mais je fi­ni­rai par trou­ver, c’est pro­mis. »

Lors Sa­rah se re­trou­va sé­pa­rée de ses ca­ma­rades des classes pri­maires. Les trois en­fants par­tis en même temps qu’elle de l’école du bourg fré­quen­taient à pré­sent un col­lège pri­vé ; seuls les tra­jets en car, deux fois par se­maine, leur per­met­taient de se re­trou­ver un mo­ment.

Pas du tout ti­mide et même liante – elle te­nait en ce­la de sa mère et sans doute aus­si de Rachel –, l’ado­les­cente se prit très vite d’ami­tié pour deux filles de sa classe. Au fil des se­maines, l’une d’elles se fit de nou­velles ca­ma­rades, dé­lais­sant Sa­rah et Vé­ro­nique. Alors ces deux der­nières de­vinrent in­sé­pa­rables, « comme des soeurs », af­fir­maien­telles en riant.

Bien avant la fin de l’an­née sco­laire, elles s’étaient fait tel­le­ment de con­fi­dences qu’il n’y avait plus entre elles au­cun se­cret. Comme Sa­rah, Vé­ro­nique avait un frère, Ju­lien, plus jeune de dix-sept mois seule­ment. D’après l’ado­les­cente, c’était la crème des gar­çons et, la se­maine du­rant, il lui man­quait beau­coup. Le sa­me­di et le di­manche, ils se re­trou­vaient avec bon­heur chez leur mère.

« Dans deux ans, Ju­lien vien­dra lui aus­si au col­lège, nous se­rons alors en qua­trième et je compte sur toi pour que nous l’ai­dions à s’adap­ter. Nous ne se­rons pas trop de deux anges gar­diens, crois-moi, il est tel­le­ment ti­mide et doux… »

Sa­rah sou­pi­ra en ho­chant la tête.

« Tu ne connais pas ta chance d’avoir un tel frère, si seule­ment le mien lui res­sem­blait ! – Quel âge a-t-il ? – Presque trois ans de moins que moi.

– Oh ! Il est jeune, en gran­dis­sant il va chan­ger, tu ver­ras.

– C’est bien ce qu’es­père toute la fa­mille, hé­las, per­sonne n’y croit vrai­ment. Quand on connaît Luc… »

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