Pierre-Am­broise Bosse ou la ré­vé­la­tion du 800 m

Le Fran­çais a rem­por­té, mar­di soir, le titre de cham­pion du monde à la sur­prise gé­né­rale

La Montagne (Vichy) - - Sports L'actu Nationale -

« Le 800 m, c’est une par­tie de ma vie qui m’aide à com­prendre qui je suis réel­le­ment », ex­pli­quait Pierre-Am­broise Bosse, avant de dé­cro­cher le titre mon­dial, mar­di, sur la dis­tance la plus dif­fi­cile à in­ter­pré­ter.

« Je suis un joueur, j’aime al­ler au ca­si­no. Et au­jourd’hui j’ai joué en met­tant tout sur le rouge, même mon der­nier eu­ro. Je n’avais pas de plan, croyez­moi, je l’ai fait au fee­ling. » Bosse a sur­pris ses ad­ver­saires par une franche ac­cé­lé­ra­tion à 200 m de la ligne d’ar­ri­vée, dans l’en­ceinte olym­pique de Londres.

Il avait joué, et per­du, en re­vanche, l’an der­nier aux Jeux de Rio, ter­mi­nant au pied du po­dium après avoir tout mi­sé sur l’or, trop tôt : « Le 800 m, c’est une belle ren­contre, comme un coup de foudre. On peut consi­dé­rer que c’est une belle femme que j’ai ren­con­trée », avait­il alors confié.

Pour­tant, comme toute pas­sion, le double tour de piste l’a dé­vo­ré au dé­but. « J’avais tou­jours peur quand je me re­trou­vais de­vant la ligne de dé­part. Je le voyais comme une souf­france. Le 800 m, c’est la der­nière course dont le dé­part est en cou­loir mais, ra­pi­de­ment, tu es dans la ba­garre, la meute. Le 400 m et le 800 m, c’est là où l’acide lac­tique re­monte. Et puis, un jour, il y a eu un dé­clic, le mee­ting de Do­ha je crois en 2012. J’étais content de cou­rir, et ce n’est que du plai­sir de­puis. »

À la fron­tière du sprint et de la ré­sis­tance, le 800 m, « c’est tel­le­ment dif­fi­cile comme dis­ci­pline, il faut tel­le­ment t’y consa­crer en­tiè­re­ment que, du coup, j’ai dû skip­per pas mal de choses dans ma vie », rap­pelle Bos­ se, Nan­tais de nais­sance et Gi­ron­din d’adop­tion.

Par sa na­ture, le 800 m est aus­si un car­re­four de vie, de ren­contres. En l’ab­sence des trois mé­daillés des Jeux de Rio, dont le Ke­nyan Da­vid Ru­di­sha, re­cord­man du monde, les huit fi­na­listes mar­di étaient tous de na­tio­na­li­tés dif­fé­rentes.

Confré­rie

Dans cette confré­rie de « fê­tards et bu­veurs de bière » (sic), « où il n’y a pas place pour l’ani­mo­si­té », Bosse a trou­vé sa place.

« Des qua­li­tés phy­siques, j’en ai. Mais, au dé­but, je me suis dit “je fais tout avec ma tête”. Kszc­zot (le Po­lo­nais Adam Kszc­zot, deuxième mar­di comme dé­jà aux Mon­diaux 2015, ndlr), c’est le plus in­tel­li­gent. Le moins doué qui ren­ta­bi­lise le plus sa car­rière, meilleur rap­port qua­li­tés/mé­dailles. Il a com­pris com­ment battre un mec qui est plus fort que lui en cham­pion­nat. C’est un mec qui sent le 800 m plus que moi je l’ai sen­ti, et je com­mence à le sen­tir comme il le sent et je me consi­dère comme plus doué que lui », ajoute Bosse sans fausse mo­des­tie.

« J’ai en­core le temps de me rat­tra­per », avait conclu le Fran­çais, avant son sacre. Comme une pré­mo­ni­tion.

Âgé de 25 ans, l’ath­lète tri­co­lore était ar­ri­vé dans la ca­pi­tale bri­tan­nique avec une pré­pa­ra­tion per­tur­bée par une bles­sure chro­nique à un is­chio­jam­bier, et peu de courses dans le coffre. Mais le 800 m à l’art de vous rap­pe­ler qui vous êtes.

EN OR. Bosse après sa vic­toire.

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