Du boo­gie­woo­gie à jouer en ter­rasse

La Montagne (Vichy) - - Estivités - Pierre Cham­baud pierre.cham­baud@cen­tre­france.com

Chaque an­née, le boo­gie woo­gie prend ses aises à La­ro­que­brou, vil­lage de 850 ha­bi­tants en Châ­tai­gne­raie can­ta­lienne. Pro­gram­ma­tion lé­chée, mu­si­ciens re­con­nus : un pu­blic de pas­sion­né se dé­place du monde en­tier pour écou­ter les concerts. Mais à la qua­li­té du in s’ajoute la spon­ta­néi­té du off. Les ca­fe­tiers jouent le jeu et les boeufs s’en­chaînent jus­qu’au bout de la nuit, dans les bars du vil­lage.

La fête s’an­nonce de loin. Dé­jà, la rue prin­ci­pale de La­ro­que­brou est blo­quée par les pas­sants, de­vant trois des quatre ca­fés du vil­lage ali­gnés le long de la route.

La musique vient en­suite. Au cla­vier d’un pia­no ins­tal­lé pour l’oc­ca­sion, Ni­rek Mo­kar, jeune pro­dige du boo­gie in­vi­té en pro­gram­ma­tion of­fi­cielle, enchaîne deux mor­ceaux avant de lais­ser sa place. Car­re­lage en da­mier blanc et noir, bruit de la ti­reuse à bière, le Jo­ker est un bar can­ta­lien… 51 se­maines par an. À la mi­août, cette an­née comme tous les ans de­puis près de 20 ans, il se dé­lo­ca­lise, di­rec­tion les États­Unis. Le fes­ti­val de boo­gie woo­gie est re­ve­nu en ville.

La danse comme cri­tique

« Le pia­no est ar­ri­vé mar­di, ex­plique Na­tha­lie Rey, la gé­rante de l’éta­blis­se­ment. Avant son ar­ri­vée, les mu­si­ciens l’at­tendent au­tour d’un ca­fé. Dès qu’il est ac­cor­dé, ils se mettent à jouer des­sus. » « Les bars sont vrai­ment très im­por­tants. C’est de là que le boo­gie­woo­gie peut s’éle­ver » sou­rit Ju­lian Phil­lips. L’an­glais fai­sait par­ti, mar­di, de ces mu­si­ciens im­pa­tients. Pia­

niste re­con­nu dans cet uni­vers, il a dé­cou­vert La­ro­que­brou il y a une quin­zaine d’an­née, in­vi­té par Jean­Paul Amou­roux, di­rec­teur ar­tis­tique du fes­ti­val, pour la pro­gram­ma­tion of­fi­cielle. De­puis, il re­vient chaque an­née, no­tam­ment pour cette am­biance au­tour des boeufs. « Il faut juste se lais­ser al­ler, en pro­fi­ter. C’est de l’im­pro­vi­sa­tion, pour faire dan­ser les gens, conti­nuet­il. La danse aide la musique, les deux sont en har­mo­nies. »

De fait, à La­ro­que­brou, la cri­tique mu­si­cale se fait en quelques pas. Dès que le mor­ceau s’em­balle, les dan­seurs suivent. D’autres ins­tru­ments, plus ou moins lou­foques, de simples cuillères en bois, une corde ten­due sur une bas­sine qui imite le son de la contre­basse, viennent par­fois s’ajou­ter. « Le boo­gie­woo­gie a com­men­cé avec un pia­no. Mais à la fin, il n’y a plus vrai­ment eu de li­mite. Cer­tains le jouent même à la harpe ! », s’amuse l’an­glais, qui peut tro­quer le pia­no contre l’ac­cor­déon si le rythme et l’am­biance l’y in­vite.

Jean­Paul Amou­roux, ins­ti­ga­teur can­ta­lien du fes­ti­val, n’est pas fâ­ché de voir ses ar­tistes pro­gram­més de la pro­gram­ma­tion of­fi­cielle jouer dans les bars. Rien de plus na­tu­rel : « Je re­crute pour le in, il y a une belle scène, des écrans géants, un vrai par­quet pour les dan­seurs. Mais ils ne sont pas em­ployés de banque ! C’est le même plai­sir de jouer, et c’est l’es­sen­tiel ! »

Au 107, juste à cô­té du Jo­ker, là en­core un pia­no. La pe­tite So­leil­Chand­ni ne fait pas par­tie de la pro­gram­ma­tion of­fi­cielle. Elle a dix ans, et elle s’est as­sise au pia­no, sous le re­gard amu­sée de sa ma­man. Cette der­nière ex­plique en an­glais, que la fillette joue du jazz, mais a dé­cou­vert le boo­gie à La­ro­que­brou, l’an pas­sé. Quelques mi­nutes avant, Ju­lian Phil­lips ac­ti­vaient les touches du même ins­tru­ment, dans un fes­ti­val où pros et ama­teurs se par­tagent la musique. Le pu­blic en ter­rasse pro­fite sim­ple­ment de la musique, es­quisse quelques pas de danses.

« C’est Noël en été »

Der­rière le comp­toir, Ede­line Bur­ner s’est « ha­bi­tuée » au fait de voir des mu­si­ciens pas­ser, s’ar­rê­ter, se mettre à jouer dans le bar. Pas de chiffres, mais le fes­ti­val re­pré­sente évi­dem­ment une hausse de l’ac­ti­vi­té pour l’éta­blis­se­ment. Pro­gram­mé juste après la fête du vil­lage, il at­tire « un pu­blic dif­fé­rent, plus in­ter­na­tio­nal ». De même au Jo­ker : « Le bar est plein toute la jour­née. Il n’y a pas de pause dans l’ac­ti­vi­té, ex­plique Na­tha­lie Rey. C’est une am­biance ex­tra­or­di­naire. Si l’on ne connaît pas, on ne peut pas ju­ger. On se re­trouve tous en­semble une fois l’an, et c’est comme si nous nous étions ja­mais quit­tés. » Elle ré­flé­chit… « C’est un peu Noël en été. Comme les en­fants, dès le mois de juin, on com­mence à faire le dé­compte des jours… »

LU­CIE PAULUS

MUSIQUE. C’est dans les bars de La­ro­que­brou que le boo­gie-woo­gie peut s’éle­ver.

Newspapers in French

Newspapers from France

© PressReader. All rights reserved.