Sen­ti­nelle re­mis en ques­tion

L’homme soup­çon­né de s’en être pris à des mi­li­taires est tou­jours hos­pi­ta­li­sé

La Montagne (Vichy) - - France & Monde Actualités -

Le sus­pect de l’at­taque contre des mi­li­taires à Le­val­lois-Per­ret (Hauts-de-Seine), bles­sé par balles, était tou­jours hos­pi­ta­li­sé hier, à Lille, alors que le dé­bat s’am­pli­fie sur l’opé­ra­tion Sen­ti­nelle et les risques en­cou­rus par les sol­dats dans la lutte an­ti­ter­ro­riste.

Ha­mou B., un Al­gé­rien de 36 ans soup­çon­né d’avoir ren­ver­sé six mi­li­taires dans une rue pié­tonne de Le­val­loisPer­ret, tou­ché par cinq balles lors de son in­ter­pel­la­tion mer­cre­di sur une au­to­route du Pasde­Ca­lais et dont les en­quê­teurs tentent de cer­ner le pro­fil et le par­cours, « n’est pas en­core au­dible », a dé­cla­ré une source po­li­cière.

« Les pre­miers élé­ments mettent en évi­dence un pro­fil plu­tôt so­li­taire », se­lon une source proche de l’en­quête. Il n’y a pas eu d’in­ter­pel­la­tions, seule­ment des au­di­tions libres de proches.

Cette sixième at­taque contre des sol­dats de Sen­ti­nelle a re­lan­cé le dé­bat sur l’opé­ra­tion, qui mo­bi­lise 7.000 sol­dats en per­ma­nence en France. Pour des ex­perts, ces mi­li­taires sont dé­sor­mais sur­tout des « cibles ». Le 14 juillet, Em­ma­nuel Ma­cron a an­non­cé que le dis­po­si­tif al­lait être re­vu « en pro­fon­deur ».

« Ce n’est pas l’opé­ra­tion la plus op­por­tune car la plu­part des in­ter­ven­tions visent (pour les mi­li­taires, N.D.L.R.) à se pro­té­ger soi­même », a dé­cla­ré la dé­pu­tée de La France in­sou­mise Clé­men­tine Au­tain sur Fran­cein­fo. « Le dis­po­si­tif est évi­dem­ment à re­mettre à plat », a es­ti­mé le dé­pu­té LR Da­niel Fas­quelle. Les mi­li­taires « ne sont pas for­més » pour ce genre de mis­sion, a­t­il ajou­té sur RMC.

« Il faut avant tout an­nu­ler la baisse du bud­get de l’ar­mée », a af­fir­mé Flo­rian Phi­lip­pot, vi­ce­pré­sident du FN, en ré­fé­rence aux coupes contro­ver­sées de 850 mil­lions d’eu­ros dans les cré­dits de la dé­fense en 2017. L’eu­ro­dé­pu­té, in­ter­ro­gé sur Eu­rope 1, a avan­cé l’idée d’« une mis­sion de po­lice et de gen­dar­me­rie » en rem­pla­ce­ment de Sen­ti­nelle. « Le pro­blème c’est que vous avez à la fois une po­lice à l’os en France, une gen­dar­me­rie à l’os, et une ar­mée à l’os », a­t­il accusé.

Sen­ti­nelle « montre la contri­ bu­tion de l’ar­mée française, de l’ar­mée de terre à la sé­cu­ri­té du pays », a ré­tor­qué sur RFI le pré­sident de l’As­sem­blée na­tio­nale Fran­çois de Ru­gy (REM). « La dé­fense du ter­ri­toire na­tio­nal fait par­tie des mis­sions de l’ar­mée. »

« Re­di­men­sion­ne­ment de la mis­sion »

Le dé­pu­té PS Sté­phane Le Foll a ré­cla­mé sur France In­ter de la « co­hé­rence » concer­nant ces mi­li­taires dé­ployés dans les rues : « Dire du jour au len­de­main qu’on les fe­rait dis­pa­raître, ce n’est pas la so­lu­tion. »

La com­mis­sion d’en­quête par­le­men­taire sur les at­ten­tats de 2015, dans ses conclu­sions ren­dues en juillet 2016, s’in­ter­ro­geait dé­jà sur l’ef­fi­ca­ci­té du dis­po­si­tif et pro­po­sait de « re­voir à la baisse le vo­lume des ef­fec­tifs en­ga­gés » en se concen­trant sur « la seule pro­tec­tion de cer­tains points stra­té­giques ».

De­vant la com­mis­sion dé­fense de l’As­sem­blée il y a trois se­maines, le chef d’état­ma­jor de l’ar­mée de Terre, le gé­né­ral Jean­Pierre Bos­ser, s’est dit fa­vo­rable à un re­di­men­sion­ne­ment de la mis­sion à « 3.000 hommes ré­par­tis sur des points clés », plus « 3.000 autres en ré­serve » et « 3.000 autres » qui se consa­cre­raient à « l’an­ti­ci­pa­tion », soit la pré­pa­ra­tion de scé­na­rios in­édits de crise.

PHO­TO AFP

LE DÉ­BAT EST RE­LAN­CÉ. Pour des ex­perts, les mi­li­taires du dis­po­si­tif Sen­ti­nelle sont sur­tout des « cibles ».

Newspapers in French

Newspapers from France

© PressReader. All rights reserved.